« Never up, never in » (« Un putt qui n’atteint pas le trou ne peut pas rentrer ») : cette maxime bien connue des golfeurs résiste-t-elle à l’analyse statistique ? Un passionné de données s’est penché sur cinq saisons de putting sur le PGA Tour. Son étude révèle que même les meilleurs putters du monde laissent près de la moitié de leurs longues tentatives trop courtes. Mais surtout, que leur véritable supériorité réside dans la maîtrise de la distance.
« Never up, never in. » Qui n’a jamais entendu cette phrase sur un parcours de golf, généralement après avoir laissé un putt dans la ligne, mais quelques centimètres trop court ?
L’idée est simple : pour avoir une chance de rentrer, la balle doit au moins atteindre le trou. Mais les meilleurs joueurs du monde appliquent-ils réellement ce principe à chaque tentative ?
Pour en avoir le coeur net, Lou Stagner un passionné de statistiques a analysé cinq saisons de données de putting du PGA Tour, en comparant notamment les 20 meilleurs putters au classement du Strokes Gained Putting aux joueurs classés au-delà de la 160e place.
Et les résultats sont particulièrement intéressants.
À partir de 14 mètres (45 feet), près d’un putt sur deux reste court
La première observation concerne la proportion de putts qui s’arrêtent avant le trou.
À moins de trois mètres, le phénomène est presque inexistant : 3,4 % des putts au maximum restent courts.
Mais à mesure que la distance augmente, les chiffres évoluent rapidement.
- Entre 6 et 7,3 mètres : 26 % des putts restent courts.
- Entre 9,1 et 10,4 mètres : 40 %.
- Entre 13,7 et 14,9 mètres : 49 %.
- Au-delà de 21,3 mètres : 59 %.
Autrement dit, à partir d’environ 14 mètres, même les joueurs du PGA Tour laissent près d’une tentative sur deux avant le trou.
Un résultat qui peut sembler surprenant lorsqu’on imagine les professionnels chercher systématiquement à dépasser légèrement le trou.
Pourtant, cette statistique illustre surtout la difficulté de maîtriser parfaitement la vitesse sur les longues distances.
Les meilleurs putters laissent eux aussi des balles courtes
L’étude permet également de comparer les joueurs les plus performants au putting avec ceux qui figurent en queue de classement.
À une distance comprise entre 4,6 et 4,9 mètres, 11 % des putts des 20 meilleurs restent courts, contre 15 % pour les joueurs classés au-delà de la 160e place.
L’écart se réduit ensuite à mesure que la distance augmente.
Entre 9,1 et 10,4 mètres, les meilleurs putters laissent 38 % de leurs tentatives trop courtes, contre 40 % pour les moins performants.
Entre 15,2 et 16,5 mètres, les proportions atteignent respectivement 50 % et 51 %.
Ces chiffres suggèrent qu’à courte distance, donner à la balle suffisamment de vitesse pour atteindre le trou contribue à distinguer les meilleurs putters.
En revanche, sur les longues distances, la capacité à dépasser le trou ne constitue plus, à elle seule, un indicateur pertinent de performance.
La véritable différence se fait sur le contrôle de la vitesse
C’est le deuxième volet de cette étude qui apporte sans doute l’enseignement le plus intéressant.
Il ne s’agit plus simplement de savoir si la balle s’arrête avant ou après le trou, mais de mesurer la dispersion des distances auxquelles terminent les putts manqués.
Stagner se concentre sur 68 % des putts manqués, soit une moyenne à laquelle on ajoute et retranche un écart-type.
Plus cette plage est courte, plus le joueur maîtrise la vitesse de sa balle.
Et dans cet exercice, les meilleurs putters se distinguent nettement.
À une distance de 15 mètres, environ 68 % des putts manqués par les 20 meilleurs putters du PGA Tour terminent dans une plage de 2,53 mètres, soit approximativement entre 1,26 mètre avant ou 1,26 mètre après le trou.
Pour les joueurs classés au-delà de la 160e place au Strokes Gained Putting, cette plage atteint près de 3 mètres (1,5m avant ou après le trou ).
À plus de 21 mètres, les écarts se creusent encore : 2,10 mètres du trou en moyenne (avant ou après) pour les meilleurs putters, contre 2,5 mètres chez les moins performants.
Moins de trois-putts, plutôt que davantage de putts dépassant le trou
C’est probablement la principale leçon à retenir de cette analyse.
Sur un putt de cinq mètres, laisser sa balle courte peut représenter une occasion de birdie manquée. La volonté de lui donner suffisamment de vitesse pour atteindre le trou conserve donc tout son sens.
Mais sur un putt de quinze ou vingt mètres, l’objectif change.
La probabilité de rentrer directement devient faible et la priorité consiste à se laisser un deuxième putt aussi court que possible.
Un putt qui dépasse le trou de trois mètres n’est pas nécessairement meilleur qu’un putt qui s’arrête cinquante centimètres avant.
Les meilleurs joueurs semblent ainsi privilégier la régularité de leur dosage plutôt qu’une application systématique du célèbre « Never up, never in ».













