Alors que le LIV Golf traverse une crise financière majeure et que plusieurs joueurs s’apprêtent à quitter la ligue, Rory McIlroy se dit favorable à leur retour sur le PGA Tour et le DP World Tour. Une ouverture guidée autant par l’intérêt du jeu que par celui des circuits.
N.C.
Un « oui » sans ambiguïté. Rory McIlroy n’a pas hésité lorsqu’on lui a demandé s’il voterait en faveur du retour des joueurs partis sur le LIV Golf. En déplacement à New Delhi, où il dispute cette semaine le DP World India Championship, le Nord-Irlandais s’est exprimé lors du Bloomberg New Economy Forum, consacré notamment aux liens entre sport et économie.
« Oui, je le ferais. Je pense que la marée montante fait monter tous les bateaux, et que le retour de certains de ces joueurs serait absolument bénéfique pour l’activité économique des circuits », a-t-il déclaré. Une position notable de la part de celui qui fut l’un des opposants les plus virulents à la création du LIV Golf, la ligue financée pendant plusieurs années par le fonds souverain saoudien.
Le contexte a radicalement changé. Après le retrait du soutien financier du Public Investment Fund (PIF), le LIV Golf a engagé en septembre une procédure de restructuration sous le régime américain du Chapter 11. La ligue doit désormais convaincre ses joueurs de poursuivre l’aventure. Jon Rahm a annoncé qu’il ne participerait pas au nouveau projet dans les conditions proposées, tandis que plusieurs autres joueurs envisagent de partir. L’avenir de certaines figures du circuit reste incertain.
De l’argent mal dépensé
Pour McIlroy, cette situation illustre les limites d’une stratégie qui disposait pourtant de moyens considérables. « Le LIV avait probablement une demie bonne idée, mais elle a été très mal exécutée, estime-t-il. Ils avaient énormément de capitaux, mais je pense qu’une grande partie a été gaspillée, d’une certaine manière. Ils auraient pu utiliser cet argent de façon beaucoup plus stratégique. »
Selon le quadruple vainqueur du Masters, le LIV aurait pu chercher à nouer des partenariats avec les instances qui gouvernent le golf plutôt que de concentrer ses investissements sur les rémunérations des joueurs. « Ils auraient pu faire des choses bien plus utiles avec cet argent, au lieu de simplement enrichir des professionnels qui gagnaient déjà beaucoup d’argent. »
Une fracture sportive, mais aussi personnelle
Au début de la crise, McIlroy et Tiger Woods s’étaient imposés comme les principales voix de la résistance au projet saoudien. Le Nord-Irlandais reconnaît aujourd’hui que leur position était aussi liée à leur statut au sein du PGA Tour. « Tiger et moi étions certainement les deux plus virulents contre le LIV lorsque tout cela a commencé, en 2022. Mais nous étions probablement aussi ceux qui avaient le plus à perdre, compte tenu de notre place au sein du PGA Tour. »
Tous deux craignaient une fragmentation durable du golf professionnel. Le lancement du LIV a également contrarié leurs ambitions autour de la TGL, la ligue de golf en salle créée sous l’impulsion de McIlroy et Woods. À l’époque, participer à cette compétition impliquait d’être membre du PGA Tour et plusieurs joueurs partis sur le LIV ne pouvaient donc plus être recrutés.
Il y a des joueurs avec lesquels j’ai disputé des Ryder Cups et dont je ne suis plus aussi proche aujourd’hui
Rory McIlroy
La rupture a dépassé le terrain. McIlroy admet avoir perdu de sa proximité avec certains anciens coéquipiers européens de Ryder Cup. « Il y a des joueurs avec lesquels j’ai disputé des Ryder Cups et dont je ne suis plus aussi proche aujourd’hui. Oui, nous avions des opinions différentes sur l’avenir du golf, mais je ne pense pas que ce soit une raison de perdre des amis. »
« Yes, there is certainly people that i’ve played with on European Ryder cup teams that i’m not as close with anymore… » Six-time major champion and career Grand Slam winner @McIlroyRory talks with @MishalHusain about how LIV Golf has affected his relationships with fellow professional golfers. #BloombergNewEconomy ⏯️ https://t.co/GUt8VY4dI1
— Bloomberg New Economy (@BBGNewEconomy) October 13, 2026
Les calendriers distincts, l’inéligibilité à certaines compétitions et l’éloignement progressif ont fini par distendre ces relations. « Nous ne nous retrouvions plus dans les mêmes tournois, ils n’étaient plus éligibles à la Ryder Cup et ne se qualifiaient plus pour les Majeurs. On ne vit plus aux mêmes endroits, et l’on finit par perdre le contact. »
Un retour, mais à quelles conditions ?
Reste à transformer cette ouverture en politique concrète. McIlroy sait que son avis ne sera pas nécessairement partagé par ceux qui ont refusé les offres financières du LIV pour rester fidèles au PGA Tour ou au DP World Tour. Pour certains à l’instar de Joost Luiten, permettre un retour immédiat reviendrait à effacer les conséquences de leur choix sans tenir compte de ceux qui sont restés.
« Il faut comprendre que le PGA Tour et le DP World Tour sont des organisations dirigées par leurs membres. Leurs dirigeants doivent donc consulter ces derniers et leur demander : “Qu’aimeriez-vous voir ?” », rappelle le Nord-Irlandais.
L’équilibre est délicat. « D’un côté, certains membres restés loyaux pourraient avoir le sentiment d’avoir été lésés si ces joueurs pouvaient simplement revenir comme si de rien n’était. Mais, de l’autre, retrouver ces joueurs sur les circuits serait très bon pour les affaires. Cela pourrait augmenter les revenus, et tout le monde pourrait en bénéficier. »
“On the one hand, I’m sure some members who stay loyal would feel hard done by if these guys could just walk straight back in. But then, on the other hand, having these players back on your tour is very good for business.” Six-time major champion and career Grand Slam winner @McIlroyRory discusses the business dynamics surrounding the PGA Tour and the DP World Tour. #BloombergNewEconomy @MishalHusain ⏯️ https://t.co/GUt8VY3FSt
— Bloomberg New Economy (@BBGNewEconomy) October 13, 2026
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