
Au bout d’une grosse bataille avec Matt Wallace, Thriston Lawrence a remporté pour la deuxième fois l’Omega European Masters. Un succès qu’il a bâti en parvenant à se relever d’un terrible début de partie sanctionné par trois bogeys et dont il avoue être très fier.
Propos recueillis par Nathan CARDET, à Crans-Montana
GOLF PLANÈTE : Que représente le fait de revenir ici et de vous imposer pour la seconde fois ?
Thriston LAWRENCE : Venir ici pour la première fois en 2022, c’était déjà un honneur en soi. Et ensuite décrocher cette victoire, c’était tellement spécial. Ce n’est peut-être pas le tournoi le plus iconique du monde, mais il est très iconique à sa manière. Partager mon nom à côté de gars comme Ernie Els (vainqueur en 2003), c’est un immense honneur. Gagner ce tournoi à nouveau, c’est juste incroyable. J’adore cet endroit. J’adore les gens, la ville, tout ce qui entoure ce lieu.
G.P. : Qu’est-ce qui vous est passé par la tête au début de partie ?
T.L. : Ce n’était pas un départ idéal. C’est très facile de devenir négatif et je l’étais un peu. Je ne me suis pas rabaissé mais j’ai eu des pensées terribles. Et je me suis dit : “Écoute, ça s’est déjà produit, pas seulement pour moi mais pour beaucoup de champions.” Alors je me suis répété d’être patient. Je savais que j’avais déjà fait de belles choses sur ce parcours. Hier, j’ai très bien joué sur le retour, et la veille aussi. Donc je me suis dit qu’il y avait encore beaucoup d’occasions à saisir. Tout le monde pouvait faire des erreurs sur le retour. J’ai réussi à rester patient, à faire pas mal de birdies, et à aller chercher la victoire.
Ça faisait vraiment penser à la série d’Adrien, ce n’était pas drôle dans ma tête
G.P. : Avez-vous pensé à la série noire d’Adrien Saddier de la veille ?
T.L. : Oui. Hier j’ai joué avec lui, et il avait commencé par 5 bogeys de suite. Ce n’est jamais agréable à voir. Alors quand j’ai fait bogey au 1er, ça m’a ramené de mauvais souvenirs, de mauvaises images de ce qui pouvait arriver. Puis j’ai fait bogey au 2, ça se rapprochait des 5. Et encore bogey au 3… Là ça faisait vraiment penser à la série d’Adrien, ce n’était pas drôle dans ma tête. Mais je me suis rappelé qu’il avait réussi à finir fort hier, qu’il avait tenu. Alors je me suis dit que je pouvais faire pareil, que je devais faire pareil. Je ne pouvais pas laisser trois trous gâcher mon tournoi. Je me suis répété de rester patient, que je pouvais le faire.
G.P. : Comment expliquez-vous votre aisance ici, comme celle des anciens vainqueurs (quatre dans le top 5) ?
T.L. : Étant Sud-Africain, venant de la région de Johannesburg, c’est presque la même altitude. Ici il fait peut-être un peu plus frais donc la balle vole un peu moins, mais c’est très similaire, je m’y sens à l’aise. Je pense aussi que quand tu gagnes dans un endroit, tu y es toujours plus à l’aise ensuite. Ce n’est pas seulement le parcours, c’est aussi le soutien des fans, tout ce qui entoure le tournoi. Bien sûr, il faut quand même bien jouer. Et puis aujourd’hui c’était super de jouer avec deux anciens champions. Si ça n’avait été que des gars qui n’avaient jamais gagné, je me serais senti plus tranquille. Ça m’a rendu plus conscient de la situation. Mais je savais que je l’avais déjà fait et que je pouvais le refaire.
Ça ne m’a fait gagner qu’un coup, mais ça m’a donné une énorme confiance
G.P. : Pouvez-vous nous parler de ce drive incroyable au 6 ?
T.L. : Clairement le plus beau de la journée, ça a été aussi un tournant. J’avais dit à mon caddie en début de semaine : “Ce n’est jamais un drive ici, c’est lay-up.” Mais après ce début de partie difficile, j’étais deux coups derrière, je devais tenter quelque chose, mettre la pression. Bien sûr, ça aurait pu mal tourner, j’aurais pu l’envoyer hors limites, faire double bogey et sortir du tournoi. Mais je me suis dit : “Engage-toi, ton driver est ton meilleur club, tu peux le faire.” Et j’ai réussi. Je suis un joueur agressif. Ça ne m’a fait gagner qu’un coup, mais ça m’a donné une énorme confiance.
G.P. : Vous avez évoqué la présence de votre copine, d’amis, de votre famille cette semaine. Qu’est-ce que ça a représenté pour vous de gagner devant eux ?
T.L. : On doit beaucoup sacrifier en étant loin de chez nous. Alors avoir du soutien, c’est incroyable. Vivre seul, ce n’est déjà pas évident. Mais gagner seul, c’est encore pire. Tu veux partager ces souvenirs avec des gens que tu aimes et qui tiennent à toi. Alors avoir mon caddie, qui est un proche ami cette semaine, ma copine aussi… Avoir une belle petite équipe autour de moi, c’est tellement spécial. Ça compte encore plus que le trophée en lui-même.
G.P. : Ce lundi, Luke Donald annoncera ses choix pour la prochaine Ryder Cup. À sa place, prendriez-vous vos deux partenaires de partie Matt Wallace et Matthew Fitzpatrick ?
T.L. : Heureusement ce n’est pas à moi de décider. Les deux ont été incroyables. Matt Wallace est un super joueur. Matthew Fitzpatrick aussi, il a déjà été dans l’équipe, donc je pense que Luke Donald le prendra pour son expérience. Mais Matt serait un vrai plus aussi. Idéalement, j’aimerais voir les deux dans l’équipe.
©Deprez Photo – Omega European Masters