L’arrêt promis par l’application de la loi Labbé de l’utilisation des produits phytosanitaires de synthèse sur les terrains sportifs engazonnés, et donc les parcours de golf dont principalement les greens, va-t-il entraîner une diminution de la qualité des surfaces de jeu ? C’est malheureusement envisageable puisque les instances dirigeantes du golf (et des autres sports de gazon comme le football ou l’équitation notamment) se battent pour obtenir des dérogations d’utilisation de certains produits, dont les équivalents biologiques ne sont pas suffisamment efficaces, auprès des autorités gouvernementales compétentes. Le joueur, quel que soit son niveau, est-il capable d’accepter une éventuelle dégradation des surfaces de jeu (principalement les greens) pour des raisons écologiques ? Et si l’exigence des golfeurs était une des clés de la complexe équation entre le jeu et l’écologie ?
David Charpenet,
Les joueurs de golf sont peut-être la principale solution et le principal problème concernant l’application de la loi Labbé et la fin de l’utilisation des produits phytosanitaires de synthèse sur les greens (le reste du parcours est très rarement traité). Pourquoi un golf doit-il proposer des greens parfaits (ou presque), ce qui implique l’utilisation d’anti-fongiques de synthèse en cas d’attaque principalement de dollar sport, tant que les produits de biocontrôle n’ont pas démontré leur efficacité ? À l’image de la Fédération Française de football ou de la filière hippique, la FFG veut fort logiquement proposer le meilleur outil possible à ses membres. La Fédération française de golf met également en avant le besoin des joueurs de haut niveau de s’entraîner sur des parcours de championnat et ainsi pouvoir rivaliser avec leurs homologues internationaux.
Mais les joueurs modestes sont bien plus nombreux que les joueurs de haut niveau de par le monde. Si on propose aux membres ou aux joueurs de passage un green abîmé par une attaque parasitaire, ils pourraient aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte. On peut certes imaginer que les maladies sur un parcours ont de fortes chances de se retrouver sur les parcours voisins. Mais le golfeur est encore plus volatile que les molécules de produits phytosanitaires de synthèse. La pression est donc importante sur les personnels de terrain qui savent qu’un parcours dégradé peut avoir un fort impact économique sur leur activité. On peut néanmoins imaginer que les greens immaculés de ces dernières années risquent de se faire plus rares lorsque la loi Labbé sera pleinement appliquée (on parle d’horizon 2030, mais la dérogation sera discutée… en juin 2026, comme nous l’avions rappelé dans un article précédent).
Idéalement, il faudrait jouer sur des greens très secs et très fermes. Ça éviterait les marques de pitchs et une grande partie des maladies
Pascal Grizot
«Historiquement, le golf s’est joué en Écosse sur des links qui se trouvaient entre la plage et les terres arables, rappelait Pascal Grizot, Président de la fédération française de golf. Le sous-sol était donc sablonneux et il drainait parfaitement bien. Avec le développement du golf, on a commencé à construire des parcours sur des sols qui n’étaient pas forcément adaptés, notamment à cause de leur trop grande humidité. Les greens humides tombent plus facilement malades. Ne pas trop arroser les greens permet d’ailleurs un léger stress hydrique de la plante qui va mieux s’enraciner et être plus forte, à l’image de la vigne. Idéalement, il faudrait jouer sur des greens secs et fermes. Ça éviterait les marques de pitchs et une grande partie des maladies liées à l’humidité comme les champignons. Mais le joueur moyen préfère des greens très verts et très mous qui pitchent plus facilement.»
Les techniciens et les gestionnaires font ce qu’ils peuvent pour le bien du parcours et des joueurs, dans le respect du cadre réglementaireRémy Dorbeau
«C’est peut-être notre plus grand défi. Éduquer les golfeurs pour qu’ils comprennent que ça va être plus compliqué d’avoir des parcours nickels toute l’année, relevait fataliste Rémy Dorbeau. Il faudra certainement parfois accepter de jouer sur des surfaces dégradées. Les techniciens et les gestionnaires font ce qu’ils peuvent pour le bien du parcours et des joueurs, dans le respect du cadre réglementaire.» Certains produits nécessitent également une fermeture totale du parcours pendant 48h. Un crève-coeur… et un véritable casse-tête économique ! On imagine que cette équation entre l’application de produits phytosanitaires de synthèse pour conserver la qualité des greeens, l’obligation de fermeture qui en découle, et l’équilibre économique d’un golf reste un périlleux exercice pour les gestionnaires de golf.
«On dispose de nombreux produits de bio contrôle pour traiter de manière préventive que l’on peut appliquer le soir sans compromettre l’ouverture le lendemain matin. Mais certains produits nécessitent qu’on ferme un parcours un ou deux jours, ou qu’on passe en greens d’hiver. C’est très compliqué à digérer pour tout le monde. Mais il faut que les joueurs comprennent et respectent les gestionnaires de golf qui appliquent la loi, notamment pour préserver la santé des joueurs. Si un gestionnaire préfère privilégier une compétition et retarder d’un jour l’application d’un produit nécessaire, malgré une forte pression parasitaire, ça peut compromettre l’exploitation du golf pendant de nombreux mois. C’est important de bien expliquer aux joueurs que c’est pour le bien du parcours à long terme. Mais il est évident que c’est un paramètre d’autant plus compliqué à accepter pour les gestionnaires de golfs saisonniers qui sont complets pendant leur période restreinte d’exploitation.»
Le golf comme milieu prairial favorisant la biodiversité
Toute la filière a un rôle à jouer dans l’implication des joueurs pour qu’ils comprennent les enjeux et qu’ils fassent partie de la solution. Souvent au contact des joueurs, les pros enseignants doivent pouvoir répondre aux questions sur l’entretien du parcours et offrir les bases techniques aux joueurs pour qu’ils puissent s’adapter à tous les types de parcours. Au contact du terrain, les greenkeepers sont en première ligne. «Si certains joueurs peuvent éventuellement s’offusquer de la présence de pâquerettes ou de trèfle sur les départs, on peut se poser la question à savoir si c’est réellement un souci qui nécessite de traiter la zone, questionnait Emmanuel Céra, greenkeeper du Golf municipal de Cesson-Sévigné. De la même manière, laisser un arbre mort le long du parcours, ça peut donner une image négligée, alors que c’est un lieu qui favorise la biodiversité. Avant, on avait souvent des dizaines de mètres d’herbes hautes entre le départ et la début du fairway. Ça permettait de favoriser là aussi la biodiversité. Mais les joueurs se plaignaient de perdre des balles. Et sur les greens, on peut parfois avoir des dégradations purement visuelles comme des zébrures, des tâches, ou des zones plus ou moins foncées. Mais si ce n’est pas un souci pour la roule de la balle, il n’y a pas de raison de traiter pour de l’esthétisme pur. Il faut peut-être changer les mentalités.»
respecter un jour de fermeture pour pouvoir bien s’occuper du terrain
et pratiquer des actions préventivesRémy Dorbeau
La pression économique est forte sur les parcours de golf qui sont nombreux à connaître des difficultés financières. Une journée de fermeture suite à l’application d’un produit potentiellement dangereux pour la santé peut parfois se prévoir quelques dizaines d’heures à l’avance et on peut facilement imaginer la gêne occasionnée. Le jour de fermeture hebdomadaire récurrent peut être une solution plus adaptée. Ça n’empêchera pas toutes les attaques parasitaires fourbes, mais ça permet sans aucun doute de pratiquer des actions préventives bénéfiques. «Les golfs devraient peut-être respecter un jour de fermeture pour pouvoir bien s’occuper du terrain et pratiquer des actions préventives et ainsi limiter les risques d’utilisation de produits curatifs. Ou bien encore des actions mécaniques sur les greens. Ou l’application de produits de bio stimulation préventifs, préconisait Rémy Dorbeau. Ce jour de fermeture est d’autant plus important dans un contexte de transition écologique. L’idéal serait de réussir à créer des partenariats entre les golfs voisins pour qu’ils ferment un jour chacun leur tour et ainsi permettre aux joueurs de pouvoir jouer tous les jours, même si leur golf habituel est fermé pour des opérations d’entretien. La multiplication des pass régionaux ou des abonnements multisites va dans ce sens.»
Un jour de fermeture que le président de la FFG plébiscite également, tout en reconnaissant la problématique économique d’une telle fermeture. «C’est aussi le rôle des personnels des golfs d’expliquer aux membres que le confort de jeu n’est pas la seule contrainte, concluait Pascal Grizot. il faut aussi penser à la qualité du parcours sur le long terme. Historiquement, il y avait toujours une journée de fermeture des golfs. Aujourd’hui, avec la pression économique, les golfs sont souvent ouverts sept jours sur sept. J’ai quand même l’impression qu’on fait un peu marche arrière, pour respecter les conditions de travail et d’entretien. Il faut expliquer et éduquer les joueurs pour qu’ils comprennent pourquoi on doit faire des actions sur le parcours et pourquoi on doit éventuellement fermer une journée. La pédagogie est fondamentale pour qu’on y arrive.»
La fédération souhaite que les parcours (et notamment les greens) soient aussi proches que possible des plus hauts standards internationaux, pour permettre aux très bons jeunes joueurs de s’entraîner comme des pros, en espérant voir naître de futurs champions, voire en permettant aux champions déjà confirmés de s’entraîner sur des parcours français au lieu de s’expatrier.














