Sa naturalisation avait déjà été actée en début d’année, mais la famille du golf a tenu à offrir à Lev Grinberg une cérémonie officielle ce jeudi à Levallois-Perret (92), siège de la Fédération française de golf. En présence notamment de Pascal Grizot, le président de la FFG, de ses copains de l’équipe de France amateur (photo) et de Morgan Caillaux, celui qui l’a accueilli au golf de Mérignies (59) alors qu’il n’avait que 14 ans, Lev s’est paré avec une vraie émotion de sa première veste frappée du coq. Des nouvelles couleurs qu’il portera pour la première fois dans deux semaines à Cadiz à l’occasion de la Nations Cup.
Frédéric PLISSON
Une fois n’est pas coutume, on n’a pas parlé que de golf ce jeudi soir au siège de la Fédération française de golf (FFG). Car on s’est longuement attardé sur le sel du sport, l’humain. Les « frères d’arme », les amis, la famille… l’amitié, l’amour même. Surtout à l’encontre d’un papa absent ce jeudi mais si présent au quotidien. « Je ne le remercierai jamais assez pour l’attention qu’il me porte et cet amour qu’il m’a donné ».
Lev Grinberg a donc choisi la France et la France l’accueille bras ouverts. Une histoire rare et sincère. Une histoire narrée ce jeudi soir devant une assistance bercée par l’émotion.
Né à Kiev (Ukraine) en novembre 2007, c’est à l’âge de 5 ans que Lev a découvert le golf. « En passant à vélo avec mon père devant un parcours de golf, j’ai vu des gens taper des balles et ça m’a plu. Cinq ans après, je faisais ma première compétition et je la gagnais. »
S’en suit un départ pour la Belgique. Lev a 10 ans et devient rapidement l’un des meilleurs espoirs du golf européen. A 14 ans, il franchit le cut à Rinkven en Belgique, à l’occasion du Soudal Open, sur le DP World Tour.
Morgan Caillaux, un second papa
C’est quelques jours après cette précoce expérience sur le Tour européen que Morgan Caillaux, pro au golf de Mérignies dans le département du Nord, entre en scène…
« Un mois après le Soudal, on organisait le Grand Prix de Mérignies, pour la première fois ouvert au prize money. Sur la liste des inscrits, je découvre le nom le Lev. Bien sûr, je le connaissais. J’ai contacté son père en lui proposant de les accueillir chez moi quelques jours avant le tournoi. Je vis sur le golf, et je lui ai proposé de lui faire découvrir le parcours. Ils sont arrivés trois jours avant. C’est le début de cette belle aventure ».
A l’issue du tournoi, Morgan Caillaux et le père de Lev restent en contact. « Son père m’a dit une phrase qui résonne encore : » Si Lev avait pu naître français, ça nous aurait changé la vie ! « . Dans la foulée, j’ai envoyé un message à Pascal Grizot. C’était un soir à 23h. Il m’a répondu dans les dix minutes. Et l’histoire était en marche. »
Morgan Caillaux, l’homme donc sans qui rien ne serait arrivé. « Morgan, c’est comme un second papa. Nous nous appelons tout le temps. » Lev est d’ailleurs toujours domicilié chez son « mentor ». « Il fait partie de la famille, clame Morgan. J’ai trois filles et donc un fils d’adoption. Je reçois son courrier. Il y a quelques semaines, j’ai réceptionné sa carte d’électeur, non sans émotion. »
Lev a choisi la France et la France l’a choisi
Antoine Delon (capitaine de l’équipe de France amateur messieurs)
Lev Grinberg mesure aujourd’hui ce si long chemin parcouru. « Je vous remercie de m’avoir accordé votre confiance, d’être tous présents. Même Valentina, ma prof de français, est là. Je remercie la France. Je suis si fier aujourd’hui d’être Français ».
Pascal Grizot, qui l’a accompagné dans cette longue démarche, notamment auprès des autorités (présentes ce jeudi soir), a parlé d’un « long chemin compliqué ». « Devenir Français, ça se mérite, et Lev a prouvé qu’il en était digne ».
Antoine Delon, le capitaine de l’équipe de France amateur messieurs, résume, lui, à merveille cette histoire hors norme. « Lev a choisi la France et la France l’a choisi ».
Bon à vrai dire, on a tout de même un peu parlé golf ce jeudi à Levallois-Perret . Et surtout on a rappelé l’arrivée de l’actuel 107e joueur mondial amateur au Centre national de performance du Golf National (78). Rappelé également qu’au FedEx Open de France 2024, il avait ainsi pris la 37e place, finissant meilleur amateur, avec notamment un premier tour bouclé en 66 (-5).
Sélectionné à plusieurs reprises dans les équipes européennes amateurs, Lev a participé l’an passé au Jacques Léglise Trophy ainsi qu’à la Junior Ryder Cup à Bethpage (après Rome en 2023). Médaillé d’argent à la coupe d’Europe des clubs avec Saint-Nom-la-Bretèche, il devient donc avec cette naturalisation un élément essentiel des équipes de France.
Je rêve de décrocher l’or olympique pour la FranceLev Grinberg
Celui qui rejoindra à la rentrée prochaine l’université d’Arkansas rêve déjà du PGA Tour. « Je vais partir aux Etats-Unis pour quatre ans. L’été, je reviendrai jouer pour la France. Bien sûr que l’objectif c’est le PGA Tour. Et dans un coin de ma tête, il y a un grand rêve : décrocher l’or olympique… pour la France. »
Avant ces objectifs ultimes, Lev Grinberg portera pour la première fois les couleurs tricolores dans deux semaines à Cadix (Real Golf Club de Sotogrande) pour la Nations Cup (15-18 avril), un mini championnat d’Europe (par équipes de 4) qui réunit les meilleurs pays européens. En compagnie de ses amis Oscar Couilleau, Callixte Alzas et Hugo Le Goff, il rêve déjà de son premier succès français.
Lev Grinberg est donc devenu officiellement Français, mais l’Ukraine restera à jamais dans son cœur. Avec émotion, il évoque ce grand-père qui vit toujours à Kiev. « Je l’appelle toutes les semaines. J’ai besoin de l’entendre. Il va bien, malgré la guerre ». La famille toujours au centre de tout. Une famille désormais multiple qui, on l’espère, portera le jeune Français vers les sommets du golf mondial.
Photo : Arnaud Blanc (pour la FFG)













