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Matthieu Pavon : « Cette année est passée à une vitesse folle… »

20 janvier 2025

La Ryder Cup à Bethpage, son année phare sur le PGA Tour, sa victoire à Torrey Pines mais aussi son changement de coach et la vie aux Etats-Unis, Matthieu Pavon nous raconte 2024 et se projette sereinement sur 2025. Entretien sans langue de bois.

Propos recueillis par Lionel VELLA

C’est depuis San Diego (Californie) où il se prépare pour remettre son titre en jeu dès ce mercredi au Farmers Insurance Open, à Torrey Pines, que Matthieu Pavon nous a accordé un peu de son temps. Le Français, qui enchaîne les gros décalages horaires (Hawaï-Abu Dhabi puis Abu Dhabi-San Diego), a abordé tous les sujets qui font son actualité. Et notamment son excellente Team Cup à Abou Dhabi où il a indéniablement marqué des points auprès de Luke Donald et de la Team Europe dans l’optique de la Ryder Cup à Bethpage (New York) en septembre prochain…

GOLF PLANETE : Avez-vous pris connaissance des déclarations de Paul McGinley en ce qui vous concerne juste après la Team Cup à Abou Dhabi ?
Matthieu PAVON : Oui, on m’en a parlé… C’est très flatteur. Paul et moi avons de très bonnes relations. Il m’avait notamment félicité maintes fois lorsque j’avais gagné l’an passé au Farmers (Insurance Open). J’avais fait un plateau TV à Pebble Beach la semaine suivante avec lui, et il avait été vraiment adorable. C’est quelqu’un que j’estime et que j’apprécie énormément. C’est flatteur, je le répète, mais la Ryder Cup, c’est dans huit mois. Quoi qu’il arrive, il faudra jouer une très bonne saison pour avoir une petite chance de faire partie de cette équipe.

G.P. : Etes-vous néanmoins conscient d’avoir marqué de précieux points dans cette course à la qualification ?
M.P. : Bien sûr que c’est très bien d’avoir fait une bonne performance mais il ne faut pas oublier que sur le papier, j’étais l’un des meilleurs joueurs au classement mondial présents dans cette Team Cup. Il fallait déjà tenir entre guillemets ce rang (Ndlr, Matthieu Pavon était alors 31e mondial avant de reculer au 33e rang la semaine du 12 janvier 2025). Pour les points, encore une fois, si je ne fais pas une bonne saison, je ne serai pas à la Ryder Cup. Je ne pense pas que cela se joue sur quatre matches à Abu Dhabi, huit mois avant l’échéance.

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G.P. : Quelles sont les chances que vous vous donnez désormais pour être à Bethpage ?
M.P. : Honnêtement, je n’en ai aucune idée. C’est très bien d’avoir pu aller jouer là-bas, d’avoir pu jouer des formats de doubles, chose que nous n’avons pas trop l’habitude de faire, et d’avoir gagné quelques matches. C’est très positif.

G.P. : Pouvez-vous nous raconter l’ambiance dans le vestiaire durant notamment les prises de parole des anciens comme par exemple José Maria Olazabal, Sam Torrance ou encore Andrew Coltart qui est revenu, lui, sur l’ambiance délétère de Brookline en 1999 ?
M.P. : Ils viennent partager leur expérience avec nous, avec les joueurs présents à la Team Cup. C’était à huis clos. Ce sont des expériences de vie, ce qu’ils ont ressenti durant ces Ryder Cups, ce qui à leurs yeux leur parait important. C’était un super moment d’échanges. Le but du jeu de cette rencontre, c’est surtout de nous mettre dans des situations un peu plus inconfortables que d’habitude. On sait que le climat sera hostile aux Etats-Unis, avec ce public New-Yorkais. On sait que ce sera difficile. Ils ont essayé de faire au mieux pour nous donner un avant-goût de ce que pourrait être une Ryder Cup aux Etats-Unis.

G.P. : La Ryder Cup, c’est l’un de vos objectifs principaux cette année ?
M.P. : Oui, bien sûr, c’est un de mes objectifs. Mais ce n’est pas le principal. J’ai une belle saison du PGA Tour à jouer. Il va y avoir quatre chances en Majeurs, de très beaux tournois aussi… Encore une fois, il faudra faire au moins un top 50 de la FedEx Cup pour rejouer ces Signature Events (20 millions de dollars de dotation chacun). Avant d’arriver à la Ryder Cup, il y a donc beaucoup de choses à faire.

J’avais besoin de corriger des problématiques que je rencontrais dans mon swing, dans ma frappe de balle. Il (Mark Blackburn) a su répondre aux questions que je me posais de façon pragmatique. Et c’est ça que j’ai beaucoup apprécié.

G.P. : Nous sommes, à quelques jours près, un an après votre victoire à Torrey Pines. Que vous reste-t-il encore aujourd’hui de ce magnifique moment ?
M.P. : (Il rit) Pas grand-chose ! Il me reste des souvenirs mais l’année dernière est passée à une vitesse folle. J’ai l’impression que cela fait des années que cette victoire est arrivée. Il a fallu très vite penser à autre chose, à se projeter et en même temps se concentrer sur l’instant présent. Au final, cette victoire me parait loin aujourd’hui.

G.P. : Qu’est-ce que cette année riche en 2024 a changé en vous ? Vous sentez-vous encore plus mature ? Encore plus fort mentalement ?
M.P. : Cela m’a aidé à voir où était mon jeu, et ses limites. C’est pour cela que j’ai aussi changé de coach. Jamie (Gough) m’avait amené jusqu’à cette victoire sur le PGA Tour mais j’ai vu qu’il y avait encore de l’irrégularité, que j’avais galéré sur des parcours très difficiles comme Quail Hollow ou Bay Hill… Cela m’a permis de bien jauger mon niveau, mes points forts et mes faiblesses, et essayer de mettre en place des choses différentes pour progresser.

G.P. : Et c’est donc pour cela que vous avez choisi de collaborer avec Mark Blackburn…
M.P. : C’est le coach n°1 aux Etats-Unis en ce moment… J’avais besoin de corriger des problématiques que je rencontrais dans mon swing, dans ma frappe de balle. Il a su répondre aux questions que je me posais de façon pragmatique. Et c’est ça que j’ai beaucoup apprécié.

Ce n’est pas parce qu’il y a un ou deux tournois où ça se passe moins bien qu’il faut tout changer, tout jeter à la poubelle, qu’il faut paniquer… Non, on a le temps. Et ça, c’est un luxe.

G.P. : Vous avez entamé au Sentry le 2 janvier votre seconde saison pleine sur le PGA Tour. Doit-elle être celle de la confirmation ?
M.P. : Étant exempté jusqu’en 2026, je n’ai rien à perdre en 2025. Mon but est de progresser encore. C’est très bien d’avoir une année comme celle-ci, où je peux faire évoluer mon jeu au mieux, essayer certains points et voir ce que cela peut apporter. Chose qu’on n’a pas forcément la chance d’avoir quand on n’est pas exempté justement. Ce changement de coach arrive à point nommé car je vais avoir du temps pour bien travailler, et essayer d’être encore meilleur. Je suis un compétiteur, l’année n’est donc jamais confortable mais la seule différence, c’est qu’on peut prendre le temps de construire, il n’y a pas le feu au lac… Ce n’est pas parce qu’il y a un ou deux tournois où ça se passe moins bien qu’il faut tout changer, tout jeter à la poubelle, qu’il faut paniquer… Non, on a le temps. Et ça, c’est un luxe.

G.P. : Et puis vous allez avoir cet atout de connaitre tous les parcours du PGA Tour, chose qui n’était pas le cas en 2024…
M.P. : Ce qui est important aujourd’hui, c’est de ne pas être surpris de tomber face à des monstres. Je sais que ce seront des semaines difficiles, je sais à quoi m’attendre. Je sais sur quel aspect de mon jeu je dois mettre l’accent, c’est donc un peu de temps de gagné par rapport à l’année dernière.

G.P. : Avez-vous apporté des changements dans votre sac ?
M.P. : J’ai changé le putter du Farmers il y a longtemps déjà… J’ai eu aussi un armlock pendant quelques semaines… Et depuis le Memorial (Ndlr, début du mois de juin 2024), je suis avec le même putter. Et puis je joue les nouveaux bois Ping sur le bois 3 et l’hybride. Mais c’est tout.

C’est un pays qui aime travailler, qui aime se dépasser, qui cultive le positif, où rien n’est impossible.

G.P. : Comment vous sentez-vous perçu aux Etats-Unis depuis un an ? Les gens vous reconnaissent-ils plus facilement, viennent-ils plus souvent vous demander des autographes ?
M.P. : Oui, je pense que les gens me connaissent. Je me fais interpeller à l’aéroport ou dans des lieux publics. Les gens ont une reconnaissance envers moi, ils semblent avoir apprécié la saison que j’ai pu produire l’année dernière. C’est très flatteur. C’est bien de se sentir accepté dans ce nouveau pays, dans ce nouveau circuit…

G.P. : Qu’est-ce que vous appréciez dans le mode de vie américain ?
M.P. : La culture du positif et de la performance ! C’est un pays qui aime travailler, qui aime se dépasser, qui cultive le positif, où rien n’est impossible. Donc voilà, ce sont des valeurs qui sont très fortes et importantes. D’autant plus dans la carrière d’un sportif professionnel.

G.P. : La France vous manque-t-elle parfois, malgré tout ?
M.P. : Bien sûr. Ce sont mes racines. J’y ai ma famille, mes amis… C’est le pays dont je suis originaire, et j’en suis très fier. Après, je sens qu’en tant que personne, je suis plus épanoui aux Etats-Unis car cela correspond un peu plus à ma mentalité. Celle-ci est plus américanisée que française. Mais je suis très fier de représenter mon pays outre-Atlantique !

G.P. : Vous avez disputé 19 tournois du PGA Tour en 2024. Pensez-vous en jouer autant, si ce n’est plus, en 2025 ?
M.P. : Je n’en ai aucune idée. Je ne les ai pas comptés… Vous verrez mon calendrier évoluer de semaine en semaine. Cela dépendra de comment je me sens physiquement, de comment je travaille aussi… Les Signature (Events) et les Majeurs sont ma priorité cette année. On verra ce que l’on vient coller petit à petit comme tournois autour de ça. Trois-quatre semaines d’affilée de tournois, ce n’est pas un problème, j’ai toujours fait comme ça. Mais c’est sûr qu’on reste sur un rythme basique, comme les autres années. Ce qui est certain, c’est que je ne retournerai pas sur le DP World Tour avant le British Open.

Photo : Andrew Redington / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP

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