À quelques kilomètres de Comporta, le Troia Golf Club s’apprête à retrouver les golfeurs. Fermé pour une rénovation d’envergure, le parcours signé Robert Trent Jones Sr. doit rouvrir en mars 2027. Une renaissance qui intervient au moment où cette spectaculaire péninsule devient l’un des nouveaux territoires forts du golf portugais.
Frédéric PLISSON, à Troia
Il y a des parcours que l’on découvre. Et puis il y a ceux que l’on retrouve avec le sentiment de retrouver une vieille connaissance. Le Troia Golf Club appartient à cette deuxième catégorie.
Sur cette longue langue de sable posée entre l’Atlantique et l’estuaire du Sado (au sud de Lisbonne), ce golf possède une identité immédiatement reconnaissable. Les pins maritimes, les dunes, le sable omniprésent et les fairways qui semblent parfois se frayer un chemin au milieu de la végétation, composent un décor très différent de celui des grands resorts traditionnels.
Ici, la nature est partout. Et elle fait partie du jeu…
La signature d’un maître
Ouvert en 1980, Troia porte la signature de Robert Trent Jones Sr., l’un des architectes les plus influents de l’histoire du golf.
Près d’un demi-siècle plus tard, son dessin conserve cette capacité à surprendre. Les fairways offrent parfois suffisamment d’espace pour libérer le swing, mais les attaques de greens réclament davantage de précision. Les bunkers, les arbres et les greens défendus rappellent constamment au joueur qu’un bon score se construit autant avec la stratégie qu’avec la puissance.
Le parcours possède surtout cette qualité rare : une véritable personnalité. Et c’est précisément cette personnalité que le projet de rénovation veut préserver.
La rénovation ne doit pas remettre en cause ces fondamentaux. Le projet est présenté comme une rénovation complète destinée à « élever » les conditions de jeu et les infrastructures, mais avec la volonté explicite de conserver le design iconique et l’héritage de Robert Trent Jones Sr.
Pour le joueur, l’enjeu sera donc moins de découvrir un nouveau tracé que de redécouvrir un parcours historique dans des conditions modernisées.
La gestion de l’eau au cœur du projet
Dans cet environnement côtier, la question de l’eau constitue un autre volet particulièrement intéressant de la transformation.
Troia Resort développe en parallèle un projet visant à introduire une technologie permettant de réutiliser les effluents traités de la station d’épuration de Troia pour l’irrigation du golf et des espaces publics. Le projet représente un coût de 6,25 millions d’euros.
Cette évolution est particulièrement cohérente avec l’histoire environnementale du site. Le Troia Golf Club avait obtenu en 2019 la certification GEO, qui prend notamment en compte la gestion des ressources et les pratiques environnementales dans les installations golfiques.
La rénovation doit ainsi répondre à une équation devenue incontournable pour les parcours modernes : maintenir des surfaces de jeu performantes tout en réduisant la pression exercée sur la ressource en eau.
Des infrastructures entièrement repensées
Le chantier ne se limite d’ailleurs pas au parcours. Le clubhouse est lui aussi entièrement transformé. Le futur bâtiment doit intégrer une nouvelle réception, un lounge, un bar, une terrasse et un pro-shop, avec une architecture davantage tournée vers le paysage et l’océan.
Les installations d’entraînement conserveront également leur place dans l’expérience du Troia Golf Club : deux putting-greens, un chipping-green et une zone d’entraînement permettant de travailler des coups jusqu’à 70 mètres sont actuellement annoncés.
Un parcours qui devra rester exigeant
C’est probablement sur ce point que les joueurs porteront le regard lors de la réouverture. Ce parcours possède déjà une identité technique très forte. Ses bunkers, ses greens surélevés et ses séquences de doglegs obligent à construire les trous plutôt qu’à simplement rechercher la distance. Sur un terrain où le sable et les pins constituent des éléments naturels omniprésents, la précision du placement depuis le tee reste essentielle pour se donner les bons angles vers les greens.
La réussite de la rénovation se mesurera donc aussi à sa capacité à retrouver la qualité des surfaces de jeu sans gommer les contraintes stratégiques du dessin originel.
Le triangle magique
Car Troia ne vit plus seul… Depuis quelques années, le secteur connaît une véritable accélération. Plus au sud, le Dunas, dessiné par David McLay-Kidd, a apporté une nouvelle dimension à l’offre golfique. Et Torre, signé Sergio Garcia, vient encore renforcer cette impression de nouvelle frontière du golf portugais.
Trois parcours, trois identités, trois générations de golf. Et surtout, un territoire où la nature reste le fil conducteur.
Troia apporte l’histoire et l’héritage de Robert Trent Jones Sr. Le Dunas incarne une approche contemporaine et minimaliste. Le Torre ajoute une nouvelle signature architecturale à cet ensemble. Le résultat pourrait être particulièrement séduisant pour les amateurs de golf à la recherche d’une destination différente des classiques de l’Algarve.
Une destination qui change de dimension
Depuis Lisbonne, il suffit de s’éloigner de la capitale et de traverser le Tage pour progressivement changer d’univers. La densité urbaine disparaît, les pins prennent possession du paysage et l’océan Atlantique devient omniprésent. C’est cette sensation d’espace qui constitue peut-être le véritable luxe de la région.
Et dans ce décor, le retour de Troia au premier plan arrive au meilleur moment. Lorsque ses fairways rouvriront en mars prochain, le parcours ne sera plus seulement l’un des sites historiques du golf portugais. Il deviendra l’une des pièces essentielles d’une destination en pleine mutation. Troia n’a donc pas besoin de devenir un autre parcours. Il lui suffit de redevenir pleinement lui-même.
Et c’est peut-être là que réside tout l’intérêt de cette renaissance : permettre à un grand nom du golf portugais de retrouver son éclat sans perdre ce qui, depuis 1980, fait son charme.
Le sable, les pins, l’océan Atlantique… et la signature de Robert Trent Jones Sr.


















