Il a longtemps tout compté. Ses coups, ses erreurs, ses progrès, ses mauvais choix. Matt Fitzpatrick est de ces joueurs qui ont besoin de comprendre pour avancer. À Sheffield, dans le nord de l’Angleterre, le golf est devenu très tôt une affaire de travail, de méthode et de répétition. Ce dimanche, au Golf National, cette philosophie l’a conduit jusqu’au sommet du FedEx Open de France.
Frédéric PLISSON, au Golf National
À 32 ans, Matt Fitzpatrick s’est donc imposé comme le nouveau roi de l’Albatros. Une expression qu’il trouve lui-même un peu excessive. L’aîné des Fitzpatrick n’est en effet pas homme à s’enflammer. Il préfère les faits : une carte finale de 70 (-1) maîtrisée, un total record de -20 et un succès en patron.
Mais derrière cette victoire, il y a surtout l’histoire d’un joueur qui a construit sa carrière à coups de détails.
Tout noter, tout comprendre…
Chez les Fitzpatrick, le golf n’a jamais été seulement une question de talent. Son père, Russ, ancien banquier, a commencé à noter les performances de son fils alors que Matt n’était qu’un jeune adolescent. Chaque partie, chaque coup, chaque erreur pouvait devenir une précieuse information. Bien avant que les datas ne prennent une place aussi importante, le jeune Matt avait déjà pris l’habitude d’analyser son jeu sous forme de statistiques en tout genre. Et cette culture du détail ne l’a jamais quitté.
Cela explique en partie le fantastique joueur qu’il est devenu : méticuleux, réfléchi, capable de passer du temps à analyser un mouvement, une trajectoire ou une décision à prendre. Même lorsqu’il est devenu l’un des meilleurs joueurs du monde (il actuellement quatrième au ranking mondial), l’Anglais a conservé cette volonté de comprendre pourquoi un coup fonctionne ou pourquoi il ne fonctionne pas. Son parcours n’a d’ailleurs rien d’un long fleuve tranquille…
L’enfant de Sheffield…
Né à Sheffield un 1er septembre 1994, Matt a grandi avec le golf, mais aussi avec le football. Supporter de Sheffield United, il conserve de cette enfance anglaise un attachement très fort à sa ville et à ses racines. Mais il n’a pas tardé pas à se faire un nom dans le golf amateur.
En 2013, à 18 ans, il remporte le prestigieux U.S. Amateur à Brookline. Un premier grand moment qui, neuf ans plus tard, va prendre une dimension presque prophétique. Car en 2022, il y revient… Mais il ne joue plus pour devenir le meilleur amateur du monde. Il joue pour gagner l’U.S. Open. Et il s’impose ! Il devient alors le deuxième joueur de l’histoire, après Jack Nicklaus, à remporter l’U.S. Open et l’U.S. Amateur sur le même parcours. Ce jour-là, à Brookline, il entre dans une nouvelle dimension.
Malgré ce succès majeur, le personnage reste le même… Fitzpatrick reste Fitzpatrick : discret, appliqué, peu attiré par le bruit médiatique. Son golf, lui, continue de monter en puissance.
Les victoires se sont accumulées des deux côtés de l’Atlantique. Neuf succès sur le DP World Tour (et un dixième ici cette semaine à Guyancourt), deux Ryder Cup avec Team Europe (en 2023 à Rome et en 2025 à Bethpage), quatre titres sur le PGA Tour, dont trois cette année. Avec notamment celui remporté fin avril au Zurich Classic of New Orleans, aux côtés de son jeune frère Alex, offrant au passage à ce dernier un ticket sur le PGA Tour.
Son cadet est d’ailleurs une pièce importante de l’histoire de Matt. Longtemps, Alex a vécu dans l’ombre de son frère aîné. Il a notamment pu l’accompagner comme caddie lors de certaines étapes de sa carrière amateur. Aujourd’hui, les deux hommes évoluent donc ensemble sur le circuit américain. Et Matt porte un regard particulièrement attentif sur le parcours de son jeune frère.
L’heure des retrouvailles
Cette semaine, au Golf National, Matt Fitzpatrick retrouvait donc l’Albatros, un parcours sur lequel il avait vécu un épisode difficile lors des Jeux olympiques de Paris 2024 : un abandon après le troisième tour joué en 81 (+10), et un au pouce droit douloureux. Le Golf National était donc devenu une anomalie dans son parcours.
L’heure de la revanche avait donc sonnée. Et elle est spectaculaire. Une démonstration ! Surtout, Matt a donné l’impression tout au long de la semaine d’avoir lu l’Albatros comme rarement auparavant. Il ne l’a pas martyrisé. Il l’a compris !
Le dernier tour, comme une leçon de maîtrise
Lors de ce dernier tour, son jeu long a certes été moins flamboyant. Mais son petit jeu a pris le relais. Magique ! Et son putting lui a permis de maintenir les « chasseurs » à distance… témoins ses 27 putts ce dimanche.
Parti avec cinq coups d’avance sur un très solide Tom Vaillant, il n’avait aucunement besoin de flamber de nouveau. Pas question de multiplier les attaques de drapeaux. Pas question de donner gratuitement des occasions à ses poursuivants. L’Albatros n’a pas réussi à lui faire perdre patience, comme il l’a souvent fait avec certains.
Dans son dernier groupe, Fitzpatrick avait pourtant devant lui un élément que les statistiques ne peuvent pas mesurer : le public français. Tom Vaillant a partagé pour la toute première fois une dernière partie d’un tournoi d’une telle dimension. Et Matt a semblé apprécier cette atmosphère particulière. Les encouragements pour le jeune Français n’ont jamais semblé l’irriter. Bien au contraire…
Lorsque son dernier putt est tombé sur le 18, il n’a pas donné l’impression de vouloir transformer son triomphe en spectacle. Il a simplement savouré. C’est sans doute ce qui résume le mieux le personnage.
Un Albatros enfin apprivoisé
Celui qui travaillait chaque détail avec son père quand il était plus jeune est devenu l’un des meilleurs joueurs du monde. Celui qui avait échoué à trouver les clés de l’Albatros est finalement venu y signer une performance XXL.
Son discours reste pourtant mesuré. Et quand on lui a demandé, au sortir du recording, s’il est ok pour endosser avec cette victoire le costume de roi de France, il a répondu : « Non, je n’irai pas aussi loin… Mais c’est super de gagner cette semaine après avoir joué aussi bien. Je suis sur une belle saison et c’est une belle manière de continuer en gagnant ici. C’est toujours quelque chose d’important de gagner où que ce soit. Il y a eu de grands noms vainqueurs de cet Open de France, comme Nick Faldo ou Severiano Ballesteros, et c’est super d’ajouter mon nom à ce palmarès. »
Matt Fitzpatrick repart donc du Golf National avec un dixième titre sur le DP World Tour. Mais il emporte surtout quelque chose de plus fort : la certitude d’avoir enfin apprivoisé l’Albatros. Car cette fois, le compte est bon : un total de -20, 264 coups distillés durant ces quatre tours… et une couronne française.
Photo : STUART FRANKLIN / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP













