Ryder Cup

Ce que les USA doivent changer pour la prochaine Ryder Cup

8 octobre 2023
Team USA RYDER CUP Photo by Patrick Smith/Getty Images

Même si l’équipe européenne a été extrêmement brillante à Rome, cette Ryder Cup 2023 est aussi celle de l’échec de l’équipe américaine, très décevante à bien des égards. Pour regagner le trophée dans deux ans, et plus encore pour parvenir à stopper une série de défaites assez incroyable sur le Vieux continent, les USA doivent se remettre en question.

 

Par G.B.

La fin des copains d’abord

Le choix des six picks de Zach Johnson est évidemment critiquable après coup. Au moment de l’annonce de ses choix, personne n’a pourtant crié au scandale. Mais Keegan Bradley surtout, et peut-être aussi Lucas Glover, Cameron Young et Tony Finau pouvaient s’estimer lésés d’avoir été oubliés. En choisissant Rickie Fowler, Jordan Spieth et Justin Thomas, le skipper américain a clairement opté pour des joueurs plus expérimentés mais aussi très amis. Or, si l’option « les copains d’abord » a le mérite de consolider l’ambiance du vestiaire, elle a ses limites.

Les « buddies » ont d’ailleurs été très décevants à Rome, voir catastrophiques pour Fowler (peut-être touché par un virus, mais qui, bizarrement, a été lancé dès la première session) et Spieth. Deux points et demi à eux trois en trois jours de compétition pour une seule victoire (Justin Thomas en simple face à Sepp Straka, 2up) !

Lorsque la règle des six wild-cards avaient été mise en place par la PGA of America, certaines voix s’étaient élevées pour juger que cela donnait trop de latitude au capitaine et que cela pouvait léser des joueurs placés tout près de la « qualif » ou sur une pente ascendante.

L’attitude désinvolte de Koepka… 

Steve Stricker, le capitaine victorieux à Whistling Straits il y a deux ans, avait choisi l’adage « privilégions des joueurs qui arrivent en forme ». Zach Johnson a pris une autre route. Elle n’a pas fonctionné.

Même le choix de Brooks Koepka, intermittent du spectacle sur le LIV Golf, peut être remis en question. Son attitude désinvolte, notamment lors des fourballs de vendredi en compagnie de Scottie Scheffler, a été pointée du doigt par de nombreux observateurs sur place.

D’autres « LIVers » comme Dustin Johnson ou Bryson DeChambeau auraient-ils été plus impliqués ? On ne le saura jamais mais il est difficile d’imaginer que ces deux-là auraient apprivoisé les particularités du Marco Simone Golf & Country Club, qui ne favorisait guère les gros frappeurs. Comme au Golf National d’ailleurs… Il n’empêche, DJ avait inscrit 5 points en 5 matches à Whistling Straits. Son absence à Rome a peut-être pesé.

Quant à la décision d’associer trois fois en double Spieth et Thomas, dont une fois en foursomes, alors que le premier nommé était à côté de ses pompes, on ne peut que penser qu’il s’est agi avant tout d’une histoire de copinage…


 

Mettre fin aux non-dits

Plusieurs sujets ont émergé à Rome sans que l’on ait pu vraiment démêler le faux du vrai. Certes, le secret d’un vestiaire est précieux, mais l’opacité de communication de Zach Johnson (parfois pétrifié devant le micro) a laissé les journalistes souvent pantois. Après la déroute du premier jour, le capitaine a laissé entendre qu’un mystérieux virus avait touché son équipe. On n’a pas pu en savoir plus, mais certaines sources proches de l’équipe ont démenti cette situation.

Et puis, bien sûr, il y a eu l’affaire de la casquette de Patrick Cantlay. Le journaliste anglais de Sky Sports Jamie Weir a été le premier à sortir « l’information” selon laquelle Cantlay aurait refusé de porter la casquette de son équipe car les joueurs ne sont pas rétribués pour leur participation à la compétition biennale.

Payés en Presidents Cup, pas en Ryder Cup…

Alors que les fans européens se sont emparés du sujet pour chambrer le californien, l’équipe, elle, a plutôt fait bloc autour de son joueur qui a d’ailleurs réagi de la plus belle des façons en arrachant une victoire improbable en quatre balles (avec Wyndham Clark) par la grâce de son putter (1up face à la paire Fitzpatrick-McIlroy). Passons vite sur la maladresse de Joe LaCava. Passons aussi sur le démenti du joueur qui a assuré que la casquette ne lui allait pas…

Des sources concordantes confirment bien que plusieurs joueurs (Cantlay, mais aussi Xander Schauffele) sont mécontents de jouer « gratuitement » la Ryder Cup (ils se voient chacun attribuer une somme de 200 000 dollars qu’ils doivent reverser à une œuvre caritative alors qu’ils sont payés en Presidents Cup).

On peut estimer que l’appât du gain des joueurs américains est assez malaisant, compte tenu de leur statut de « déjà très riches ». C’est davantage, selon nous, le fait que le problème ne soit pas ouvertement abordé entre la PGA of America, ses dirigeants et le « Team USA » qui pose question. Année après année.

Choisir un capitaine à poigne

Zach Johnson, le gentil (trop ?) Zach Johnson, a semblé un peu dépassé par le poids de l’événement, notamment dans sa communication. Les USA ont peut-être abordé cette édition avec trop de confiance. Surtout après la raclée (19-9) infligée dans le Wisconsin à une Team Europe totalement dépassée. Nombreux sont ceux qui avaient alors prophétisé une équipe américaine « rajeunie et talentueuse » comme ultra dominatrice pour les dix prochaines années, au moins, en Ryder Cup.

Lors des parties de reconnaissance en amont de la Ryder Cup, rappelons aussi que l’équipe n’était pas au complet, pour diverses raisons (Cantlay et Schauffele absents, Spieth auprès de sa femme qui venait d’accoucher).

Après le Tour Championship, la finale des playoffs de la FedEx Cup, plusieurs joueurs ont observé une pause de cinq semaines, ce qui est assez énorme. Le calendrier du PGA Tour n’est pas la responsabilité du capitaine, comme l’a dit lui-même ZJ, mais il y avait sûrement mieux à faire pour mobiliser les troupes plus tôt en amont de la compétition.

Les USA ont besoin d’un capitaine qui va donner la chair de poule à ses joueurs. Un capitaine qui dégage une autorité et une aura naturelle. Evidemment, un nom se dégage pour Bethpage dans deux ans. Tiger Woods. Certains anciens joueurs américains ont même estimé que le Tigre (capitaine-joueur victorieux en Presidents Cup 2019 en Australie) devrait doubler le capitanat jusqu’à 2027, à Adore Manor en Irlande. Car le grand défi qui attend les Américains est de gagner sur le Vieux continent. Cela fait trente ans qu’ils n’y sont plus parvenus.

« Je ne veux pas lui mettre la pression, mais on a besoin de lui, a estimé Davis Love III sur Golf Channel. Il est le choix logique. C’est à lui de décider… »

Trouver des joueurs talisman, penser au collectif

Evidemment, quand vous perdez 8 des 11 dernières éditions, il est difficile de trouver des joueurs symboles sur lesquels vous pouvez vous appuyer, pour apporter des points d’abord, mais aussi pour générer le feu de la passion dans l’équipe et pour intégrer au mieux les rookies. Severiano Ballesteros a été le premier en Europe. Nick Faldo (en tant que joueur), Colin Montgomerie, Sergio Garcia pour ne citer que les principaux, ont aussi été ceux-là. Aujourd’hui, Rory McIlroy, et à un degré moindre, Jon Rahm, ont repris ce rôle dans une équipe Bleue et Jaune très rajeunie.

Qui pourrait être le joueur iconique des USA ? Les « stats » de Rickie Fowler sont catastrophiques, celles de Scottie Scheffler (très marqué par sa défaite record 9&7 en foursomes), Brooks Koepka ou Jordan Spieth peu reluisantes.

On pense évidemment à Justin Thomas, un peu plombé dans sa performance globale à Rome par son partenaire de double. JT a la fibre USA, la fibre Ryder Cup. Mais la difficulté, c’est l’individualisme forcené de la majorité des joueurs américains. C’est presque une culture locale. Les « nice guys » Max Homa et Tony Finau pourraient peut-être, dans le futur, obtenir un peu plus de responsabilités dans cette équipe toujours divisée, comme elle l’était du temps de Phil Mickelson et de Tiger Woods.

Et puis l’Europe a aussi toujours eu une culture d’intégration des caddies à la performance de l’équipe. Cela compte dans un vestiaire. Dans son discours d’ouverture, Zach Johnson a cité les femmes des joueurs, mais à peine évoqué les caddies. Luke Donald, lui, les a très souvent mis en avant. Esprit d’équipe quand tu nous tiens…

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Penser au présent, anticiper l’avenir

Rasmus Højgaard ne s’est pas qualifié pour cette Ryder Cup 2023 pour laquelle il a bataillé pendant deux ans, mais il a accouru à Rome quand Luke Donald lui a proposé de venir jouer un rôle d’assistant. Et pas seulement pour venir encourager son frère Nicolaï.

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Souvent, l’Europe a choisi d’intégrer des jeunes joueurs dans le staff pour qu’ils puissent découvrir le décorum de la Ryder Cup avant même d’y participer. La gabegie individualiste du capitanat de Nick Faldo à Valhalla est depuis longtemps oubliée.

Et surtout, les Etats-Unis, eux, n’ont jamais retenu les leçons du passé.

Les futurs joueurs américains qui pourraient un jour intégrer l’équipe ne sont pourtant pas difficiles à identifier. Faire venir Will Zalatoris, Sahith Theegala, ou même Cameron Young est-il si difficile à concevoir ? Pour l’Europe, la victoire à Rome ne s’est pas faite en trois jours. Pour les Etats-Unis, elle doit débuter au plus vite.

Photo : Patrick Smith/Getty Images

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