Très ému après avoir conservé son titre à Augusta, Rory McIlroy est revenu en détails sur ce dernier tour presque aussi riche en rebondissements de celui de l’an passé. Pour lui, sa séance de practice, samedi soir, a sans doute été décisive. Et sa bonne étoile qui l’a sauvé d’une catastrophe au trou n°15… Il a aussi apprécié avoir pu gagner en présence de ses parents, contrairement à l’an passé.
De notre envoyé spécial à Augusta
GOLF PLANETE : Rory, quel est le premier sentiment qui vous habite avec cette deuxième victoire de suite, ici à Augusta ?
RORY McILROY : Ce que je peux dire, c’est que l’année dernière, j’ai pu mesurer à quel point c’était dur d’aller chercher le Grand Chelem, le dernier majeur qui me manquait. Cette année, j’ai pu mesurer tout simplement à quel point c’est dur de gagner le Masters.
On perd plus souvent qu’on ne gagne à ce sport. Je vais donc savourer cette victoire comme il se doit. Gagner le Masters, c’était un rêve de gamin. Un rêve qui s’est accompli deux fois.
G.P. : Racontez-nous ce birdie du 12, où la partie a semblé basculer pour vous…
R. M. : Le vent venait de la gauche, vers la droite. J’ai attendu le bon moment. C’est une leçon que j’ai retenue de l’une de mes toutes premières parties d’entraînement ici. J’avais joué une partie d’entraînement avec Tom Watson en 2009, et il m’avait dit au départ du 12 qu’il attendait toujours de ressentir d’où le vent devait venir, puis qu’il frappait immédiatement. Juste frapper dès que possible.
J’ai été patient, j’ai attendu de ressentir d’où le vent venait réellement, et j’ai su que c’était un coup parfait avec un fer 9 aux trois quarts.
J’ai visé le milieu du bunker. Je ne pensais pas que la balle dévierait autant vers la droite. C’est pour ça qu’on se laisse toujours une petite marge d’erreur. Faire un birdie a été un bonus, on ne cherche pas le birdie ici. Oui, ça a été un coup absolument énorme dans le tournoi.
Je crois que c’est un coup que j’aurais manqué hier (samedi). Je ratais à gauche, je faisais trop de draw. J’ai eu une longue séance de practice très importante après mon 73. J’ai su faire quelques ajustements. Ils ont été importants aujourd’hui. J’ai beaucoup mieux frappé la balle.
Samedi, je faisais trop de draw. La longue séance de practice samedi soir a été décisive.
G. P. : Et ce troisième coup au trou n°15 ? Vous avez frôlé l’obstacle d’eau…
R. M. : Je voulais me placer plus en retrait pour pouvoir mettre suffisamment d’effet dans la balle. On joue depuis une pente descendante vers un green très, très ferme, et je pensais que si je me laissais une distance trop courte, un coup de wedge risquait de traverser le green, surtout avec le vent dans le dos.
Donc je me suis placé à une distance où j’avais environ 107 ou 108 mètres jusqu’au drapeau, en essayant de faire atterrir la balle vers 100 mètres. C’est un coup parfait de lob wedge aux trois quarts pour moi, avec ce petit coup de pouce du vent.
Mais je pense que parfois, quand on joue depuis une pente descendante, dans une sorte de petite cuvette, et surtout avec les wedges, au lieu que le vent porte la balle, il la fait plutôt retomber. Elle n’a donc pas parcouru la distance souhaitée. Heureusement, elle a rebondi sur le green et s’est arrêtée, elle n’a pas réculé. Elle n’était pas loin de revenir dans l’eau… Merci à ma bonne étoile.
— The Masters (@TheMasters) April 12, 2026
G. P. : Quel a été le moment le plus stressant pour vous aujourd’hui, le moment décisif aussi ?
R. M. : J’étais très stressé de ne pas savoir où était ma balle au 18 après mon drive… Mais je crois que ce qui a commencé à faire tourner les choses dans le bon sens pour moi, c’est le putt de 2 mètres pour sauver le par au 11. Il était vraiment important pour mon élan, ma confiance. Je suis aussi très content d’avoir sauvé le par au 16 et au 17 par la qualité de mon petit jeu. Ça a été mon point forme le petit jeu cette semaine.
G. P. : Rory, vous rejoignez seulement trois champions du Masters qui ont réussi à défendre leur titre : Jack Nicklaus, Sir Nick Faldo et Tiger Woods. Qu’est-ce qui rend cette victoire si spéciale ?
R. M. : Je n’arrive pas à croire que j’ai attendu 17 ans pour obtenir une veste verte, et que j’en gagne deux de suite. C’est juste… je ne sais pas. Je pense que toute ma persévérance dans ce tournoi au fil des années commence vraiment à porter ses fruits. C’était un week-end difficile. J’ai fait le plus gros du travail jeudi et vendredi. Mais je suis tellement heureux d’avoir tenu bon et d’avoir réussi.
G. P. : Était-ce spécial cette année que vos parents étaient là pour assister à cela, alors qu’ils n’étaient pas là l’année dernière ?
R. M. : C’est incroyable. C’est le deuxième tournoi majeur auquel ma mère assiste, et la deuxième victoire en majeur. Elle était à l’Open britannique à Hoylake en 2014. Ils hésitaient à venir cette année parce qu’ils pensaient : « On n’est pas venus l’an dernier, peut-être que c’est pour ça qu’il a gagné. » Mais je suis tellement heureux qu’ils aient pu vivre ça aujourd’hui. On va tous passer une excellente soirée.
Je ne fais pas les choses facilement…
G. P. : Vous aviez deux coups de retard au cœur de ce quatrième tour, après avoir eu six coups d’avance vendredi soir. On ne s’ennuie jamais avec vous…
R. M. : Oui, je ne fais pas les choses facilement. Je les faisais plus facilement au début de ma vingtaine, quand je remportais ces tournois avec huit coups d’avance.
C’est difficile de gagner des tournois de golf. Oui, surtout ici. Il y a peut-être eu quelques vainqueurs nets au fil des années, mais cela se termine souvent de manière très serrée sur ce parcours. Je pense que c’est la nature du parcours, et la nature de ce qui est en jeu.
G. P. : Pouvez-vous comparer le scénario de la victoire de l’an dernier et celle de cette année ?
R. M. : C’était assez similaire. Mais je me sentais beaucoup plus en contrôle sur les derniers trous. J’ai fait de très bons swings, de bons coups de départ, j’ai touché le fairway du 17 pour la première fois de la semaine, ce dont j’avais besoin.
Une fois que j’ai réussi ce sauvetage au 16, je me suis dit sur le départ du 17 : « Il ne me reste que quatre bons swings à faire ». J’en ai fait un (rires). Un seul. Mais d’une manière ou d’une autre, j’ai réussi.
G. P. : Vous avez dit vouloir être considéré comme le meilleur Européen de tous les temps. Qu’est-ce que cela vous fait d’être l’égal de Nick Faldo avec six titres en majeur ?
R. M. : Aujourd’hui je rejoins Nick… C’est un beau débat. J’ai mis 10 ans pour gagner mon cinquième Majeur, et mon sixième est arrivé assez vite après. Je ne mets pas de chiffres, mais je ne veux certainement pas m’arrêter là.
Photo Jared C. Tilton / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP














