Parmi les parcours mythiques du golf, Augusta National occupe une place à part. Créé dans les années 1930 par Alister MacKenzie et Bobby Jones, il incarne l’équilibre parfait entre exigence technique et plaisir de jeu. Quatre-vingts ans plus tard, le parcours continue de façonner les fins de tournoi spectaculaires qui font la légende du Masters.
Plus de quatre-vingts ans après sa création, Augusta National continue d’impressionner les amateurs de golf, par sa beauté, sa légende et par la capacité que le tracé conduit à des fins de tournoi spectaculaires et à des retournements de situation. Pour comprendre pleinement Augusta National, et mieux appréhender son mythe, il faut revenir à ses origines et à la vision de ses concepteurs, Alister MacKenzie et Bobby Jones.
Contrairement à d’autres parcours célèbres de son époque, Augusta National n’a jamais cherché à punir le golfeur moyen. MacKenzie, architecte écossais de renom, et Jones, légende américaine du golf, s’inspirèrent du Old Course de St Andrews, le parcours berceau du golf. MacKenzie et Jones partageaient une philosophie claire : un parcours de golf doit être exigeant pour les meilleurs joueurs tout en restant accessible aux amateurs.
Bobby Jones disait à l’époque : « Nous voulons faire en sorte que les bogeys soient faciles si l’on joue correctement, que les pars soient atteignables par un jeu standard, et que les birdies, sauf sur les par 5, soient durement gagnés. » Cette vision contrastait avec celle d’autres parcours américains qui voyaient le jour au début du XXe siècle, comme Oakmont, où chaque erreur pouvait être sévèrement punie.
Des bogeys faciles, des birdies durement gagnés.
Un siècle plus tard, malgré les aléas de l’histoire, malgré l’évolution du matériel, malgré des rénovations apportées au parcours, malgré la grandeur du tournoi, le vœu du grand champion est toujours d’actualité.
Pourtant, Augusta National n’a jamais été figé. Clifford Roberts, président historique du club, considérait le parcours comme « une œuvre en évolution ». Chaque année, greens, tees et obstacles sont ajustés, de nouveaux arbres plantés et des murets remodelés. Même des changements mineurs, comme l’ordre des neuf trous, ont été étudiés pour la fluidité du jeu et la dramaturgie du Masters.
S’il fallait un exemple pour démontrer que l’Augusta National reste un parcours d’exception pour créer du suspense et des rebondissements, il suffit de se souvenir du finish de l’an passé, et des coups d’éclat autant que des incroyables bévues du champion Rory McIlroy.
Le final du Masters est unique. Jones écrivait dans les années 1950 : « Le caractère décisif de nombreux trous de notre deuxième neuf est largement responsable des nombreuses fins dramatiques dont profitent nos spectateurs. C’est un neuf trous qui peut se jouer dans les bas trente ou dans les milieux de quarante. »
L’Amen Corner et les neuf trous du retour fait pour la dramaturgie
Ces trous offrent des opportunités spectaculaires : un joueur en retard peut revenir au score, tandis qu’un leader peut s’effondrer sous pression. L’exemple le plus célèbre reste Greg Norman en 1996, qui perdit six coups d’avance lors du dernier tour face à Sir Nick Faldo, illustrant parfaitement la philosophie du parcours : la difficulté est intégrée, elle n’est pas artificielle.
L’Amen Corner (popularisé par Herbert Warren Wind, célèbre journaliste de golf, dans un article publié en 1958 pour le magazine Sports Illustrated) de l’Augusta National Golf Club est l’un des passages les plus emblématiques du golf mondial. Situé sur les trous 11, 12 et 13, il combine défi technique et pression psychologique. Chaque trou possède sa propre identité : le 11 exige précision sur un long par 4, le 12 est un court par 3 souvent balayé par le vent, et le 13, un dogleg gauche sinueux, teste la stratégie et la patience (ou l’audace, c’est selon).
Le concept de l’Amen Corner symbolise le moment décisif du Masters où les leaders peuvent gagner ou perdre leur tournoi, mêlant beauté du parcours et tension extrême.
Mais aussi compliqués soient ces trous, Augusta National est aussi considéré généreux avec les amateurs. Ses fairways sont larges, les arbres espacés, les bunkers peu nombreux et le rough court permet aux joueurs moyens de réussir de beaux coups.
L’idée voulu par les membres éminents du club est que même le golfeur moyen peut vivre une bonne journée sur le parcours (même si bien sûr, ils sont peu à avoir le privilège de le jouer). Tandis que le professionnel doit maîtriser tous les détails.
Une atmosphère naturelle et travaillée
Pour les meilleurs joueurs du monde, le défi est précis et exigeant : la fermeté et l’ondulation des greens nécessitent contrôle et finesse. Ce mélange unique de difficulté et de possibilités fait du Masters un tournoi à part.
La charme du parcours, sa fluidité et ses panoramas verdoyants complètent l’expérience, donnant à Augusta National une atmosphère à la fois naturelle et travaillée.
« S’il y a quelque chose dans notre sport, et dans le sport en général, qui définit la classe et l’élégance, c’est le Masters », déclarait Zach Johnson, vainqueur du Masters 2007, à propos de ces lieux.
Augusta National n’est pas seulement un parcours : c’est un laboratoire de créativité, de stratégie et de beauté. Conçu pour être exigeant mais juste, évolutif mais cohérent, il reste fidèle à l’esprit de ses créateurs.
« Un bon trou de golf doit offrir une solution correcte au joueur moyen, tout en mettant à l’épreuve l’expert », résumait Bobby Jones.
Chaque année, le Masters rappelle cette philosophie : un parcours vivant, exigeant, mais juste, où chaque swing, chaque putt et chaque décision comptent.
Quelques trous du retour iconiques
Trou n°10, Camellia – par 4 de 452 mètres
Le green a été légèrement remodelé dans les années 2000 pour améliorer les approches et les pentes de réception. Bubba Watson y a frappé un coup de génie lors de sa victoire en 2012.
Trou n°11, White Dogwood – par 4 de 476 mètres
Le trou a été allongé progressivement (notamment vers 1999 et 2002) pour contrer la distance accrue des drives modernes. Extrêmement difficile, il a consacré Larry Mize qui a rentré un chip tout à la fois improbable et décisif pour battre Greg Norman en play-off en 1987.
Trou n°12, Golden Bell – par 3 de 142 mètres
Peut-être le trou le plus célèbre d’Augusta. Un joyau d’esthétisme entre beauté et danger. Davantage que des exploits sur ce trou dangereux, on retient des désastres historiques, comme le quadruple bogey de Jordan Spieth en 2016, alors qu’il était en tête…
Trou n°13, Azalea – par 5 de 499 mètres
Le dernier trou de l’Amen Corner, qui conduit à un choix stratégique d’importance. Le risque peut être payant, comme lors de l’eagle de Phil Mickelson dans le dernier tour lors de sa victoire en 2010. Il a failli aussi coûter très cher à Rory McIlroy l’an passé…
Trou n°15, Firethorn – par 5 de 500 mètres
Le fairway se rétrécit progressivement mais il est assez généreux. La zone d’approche vers le green est protégée par un bunker à droite et surtout un cours d’eau devant. La pente ramène souvent les balles dans l’obstacle. Rory McIlroy y a frappé un coup d’exception l’an passé. Sergio Garcia avait aussi réussi un eagle décisif en 2017. Avant de vivre un véritable enfer l’année suivante au même endroit avec… cinq balles envoyées dans l’eau pour signer un horrible 13 lors du premier tour !
Sans le moindre doute, le 15 est un trou bien souvent décisif dans l’histoire du tournoi.
©The Masters


















