C’est le succès d’un mec bien ! D’un homme discret, humble qui nous renvoie ce plaisir simple de jouer et de gagner. Aaron Rai est sorti des griffes d’un Aronimik qui a bousculé le champ tout long de la semaine. Son premier succès en Majeur est l’aboutissement du rêve d’un gamin de Wolverhampton, issu d’une famille modeste, qui a tapé ses premiers coups à l’âge de quatre ans dans un jardin public.
F.P.
La planète golf le reconnaît entre tous grâce à ses deux gants, mais c’est le bonheur simple inscrit sur son visage que l’on retiendra désormais. Un visage presque apaisé alors qu’Aaron Rai est en train de vivre le plus grand moment de sa carrière, de sa vie d’homme … et ce poing timidement serré… Il vient tout simplement de sceller le sort de ce 108e PGA Championship en rentrant une ficelle de près de 21 mètres sur le green du 17.
Puis il y eu ces yeux fermés sur le green du 18, comme si le gamin de Wolverhampton ne voulait pas voir ce qui allait suivre. L’émotion certes, et cette accolade presque discrète avec son caddie Jason Timmis, celle un peu plus appuyée avec son épouse Gaurika Bishnoi (vidéo), joueuse professionnelle indienne (numéro 1 en 2017 et en 2019 du Ladies European Tour).
Mais toute cette foule, les médias et ces sollicitations qui incombent à un vainqueur de Majeur, ça c’est bien plus compliqué pour ce garçon de 31 ans, discret, presque effacé. C’est ça le paradoxe Arron Rai… A la bagarre sur le parcours et tellement réservé en dehors.
A well-earned hug for Aaron Rai. 🤗#PGAChamp pic.twitter.com/TjIev8UQXd
— PGA Championship (@PGAChampionship) May 17, 2026
Sans trop réaliser, oui il est bien devenu ce dimanche un vainqueur de Majeur, lui qui n’avait jusque là pas fait mieux que trois top 19 (The Open 2021, U.S. Open 2024 et PGA Championship 2025).
Mon père payait mes clubs, mon adhésion, alors que nous n’étions pas très aisés
Aaron Rai
Lui, le petit gars des Midlands, en plein centre de l’Angleterre, où chaque penny comptait. Berceau de la classe ouvrière, le « black country » n’a pas oublié ses geules noires qui descendaient jadis à la mine chaque jour que Dieu faisait.« J’ai grandi dans une famille ouvrière et le golf a toujours été un sport extrêmement cher, confiait Aaron Rai en mars dernier. J’ai commencé à jouer au golf à l’âge de quatre ans. Mon père payait mes clubs, mon adhésion et mes frais d’inscription, alors que nous n’étions pas très aisés. »
C’est à Wolverhampton, dans un jardin public, que le petit Aaron commença à taper ses premiers coups.. à moindre coût. Son père, Amrik, d’origine indienne, et le reste de la famille ne s’étaient jamais vraiment intéressé au golf. C’est d’ailleurs avec la canne de hockey sur gazon de sa mère qu’il frappa ses premières balles.
Et puis il y eu le fameux jour de son septième anniversaire… Son père lui offrit une série de fers, des Titleist, si chers (près de 1 200€). « Je les chérissais. Chaque fois que j’allais m’entraîner, mon père nettoyait mes clubs et les frottait avec de l’huile pour bébé. Il me faisait aussi mettre des couvre-fers pour les protéger. C’est quelque chose que je continue de faire pour lui montrer ma gratitude. »
On vous l’a dit, un homme vrai, normal, attachant et dont la joie mesurée en ce début de soirée en Pennsylvanie fut un peu la nôtre.
Le golf vous apprend beaucoup de choses sur vous, sur les hommes, sur la discipline
Aaron Rai
Il fallait le voir Aaron, s’approchant délicatement des officiels et soulevant précautionneusement le Wanamaker Trophy. Et un large sourire non contenu, enfin ! Et puis une prise de parole avec une voix douce, presque effacée… « Le golf est un jeu incroyable. Ça vous apprend beaucoup de choses sur nous, sur les hommes, sur la discipline. Le golf vous apporte beaucoup de choses pour bien évoluer dans votre vie. »
A walk worth the wait for Aaron Rai! 🏆#PGAChamp pic.twitter.com/cbbSfAHEZT
— PGA Championship (@PGAChampionship) May 17, 2026
Le désormais 15e joueur mondial, celui dont ceux qui le côtoient au quotidien disent de lui qu’il n’ont jamais croisé un être humain aussi exceptionnel, a presque plus parlé d’humanité, d’amitié, de valeurs… que de jeu. Même s’il a tenu à revenir rapidement sur de longs mois où les pépins physiques se sont accumulés. « C’est irréel ! Ça a été une saison frustrante avec ces blessures. Franchement je ne pensait pas pouvoir gagner. J’ai été très régulier. Depuis que je peux de nouveau m’entraîner je me sens bien. »
On connaissait depuis de nombreuses années son jeu de fer chirurgical… mais cette semaine sur un Aronimink qui a malmené l’ensemble des 156 joueurs, Aaron Rai a tout maîtrisé du tee au green.
Passé pro en 2012, il a féraillé sur le Challenge Tour (désormais HotelPlanner Tour) avec la récompense de trois succès en 2017, dont celle au Vaudreuil Golf Challenge. Et puis une montée immédiate sur le DP World Tour et une victoire en 2018 au Honma Hong Kong Open presented by Amundi. En 2020, Aaron Rai s’imposera en play-off face à Tommy Fleetwood à l’Aberdeen Standard Investments Scottish Open. Il triomphera de nouveau face à son compatriote en novembre dernier à l’Abu Dhabi HSBC Championship.
Son premier et unique succès sur le PGA Tour date lui de la fin 2024 et ce titre au Wyndham Championship.
Un rêve ? La Ryder Cup
Promis, il ne changera pas Aaron Rai, malgré la gloire, malgré ce prize money record de 3 millions 690 000 dollars. Ses valeurs fortes ne lui feront jamais oublier d’où il vient.
Aaron Rai est seulement le deuxième golfeur anglais à être sacré champion du PGA Championship, plus d’un siècle après le tout premier vainqueur, Jim Barnes, qui avait remporté le titre en 1916 et en 1919.
L’un de ses grands rêves est de porter un jour les couleurs de Team Europe en Ryder Cup. Rendez-vous est donc pris pour le mois de septembre 2027 en Irlande à l’Adare Manor…
Photo : JAMIE SQUIRE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP












