Les têtes de clubs ont changé de physionomie, ces dernières années, mais ce n’est pas un hasard si de très nombreux pros ont adopté des fers à cavité. Explications de te(x)te…
« Quand il s’est imposé pour la première fois sur le circuit européen, en 1999 à Estoril, Jean-François Remesy avait des TA-5 de Cleveland dans son sac. Pas des TA-3 », se souvient Yan Massonnat, qui a été « clubmaker » pour la marque sur le circuit européen.
Aujourd’hui encore et malgré la précision qui les caractérise, les joueurs professionnels ne jouent pas tous des lames. Même si l’expérience de Rory McIlroy a été de courte durée, un très grand nombre d’entre eux leur préfèrent des fers à cavité. Nous n’allons pas essayer de vous faire croire qu’ils jouent des fers oversize avec semelles hyper larges et offset prononcé, mais ils adoptent souvent au moins quelques longs fers pourvus de cavité.
Kevin Na explains why blades are « too difficult » to play. https://t.co/j7JhYZCPgX pic.twitter.com/SUs76v9C1S
— GOLF.com (@GOLF_com) April 13, 2020
Forgé et moulé, même combat
Pas forcément forgés non plus : même si Yan Massonnat insiste sur leur énorme avantage – on peut facilement modifier leur loft et leur lie – et travaille avec la marque suisse Gimar, filiale de Forging Technologies, des études montrent que certains clubs moulés procurent autant, voire plus de sensations que certains fers forgés.
« Il y a tellement peu de différence maintenant par rapport aux moulés que ce n’est plus vraiment un critère, poursuit-il. Il faut être sensible au toucher, même si on ne l’est pas tellement quand on est débutant il faut y venir car cela procure un retour supérieur d’informations sur la qualité des coups donc c’est pour tout le monde. »
La lame est une erreur pour un amateur de club en-dessous de 5 d’Index, sauf peut-être à l’entraînement.
Yan Massonnat
Et il existe aujourd’hui de plus en plus de clubs à cavité forgés, des marques comme Ping ou Callaway s’y étant mises… À l’inverse, le grand spécialiste des fers forgés, Mizuno, fabrique maintenant des clubs moulés. Tous les fabricants proposent des clubs censés satisfaire la demande, quels que soient le niveau et les exigences.
Mais la lame pure reste réservée aux très bons joueurs. « La lame est une erreur pour un amateur de club en-dessous de 5 d’Index, sauf peut-être à l’entraînement, estime Yan Massonnat. Dès que l’on n’est pas dans le « sweet spot », cela engendre une perte de puissance et de précision, et 3 à 4 coups sur la carte. Quand on décentre, on sent mieux ce qui se passe avec une lame mais il vaut mieux avoir un fer à cavité. Et puis dans l’apprentissage, je ne vais jamais vers un outil plus difficile, pour moi c’est un piège. »
Some 📷 of the irons Phil Mickelson, Henrik Stenson, Soren Kjeldsen and Keegan Bradley have in play at @TheOpen. pic.twitter.com/Wdpl5rb9M3
— Jonathan Wall (@jonathanrwall) July 15, 2016
Plus de formes pour plus de tolérance
Les têtes de clubs ont subi un véritable chamboulement, physiquement et technologiquement parlant. Après les King Cobra, première série de fers oversize sur le marché, les Baffler, précurseurs des hybrides, et les premiers bois en acier TaylorMade ont fait leur apparition.
Et si les modèles à COR important ont engendré la limitation de celui-ci par les instances dirigeantes du golf, les fabricants se sont tournés vers le MOI et la répartition périphérique du poids, synonymes de tolérance et de facilité. Cela a été transposé dans les fers ces dernières années.
C’est beaucoup plus facile de mettre une balle en l’air aujourd’hui.
Yan Massonnat
La tendance est de rechercher la jouabilité découverte avec les hybrides. Ce n’est donc pas un hasard si les semelles se sont élargies, si le centre de gravité a été abaissé et reculé, les cavités musclées à coups d’inserts… « C’est beaucoup plus facile de mettre une balle en l’air aujourd’hui », constate Yan Massonnat. Parfois trop facile, certains clubs pour débutants produisant des balles beaucoup trop hautes pour des bons joueurs et résultant en une perte sensible de distance.
Mais il faut penser au bien-être général, et à cet égard le pro au Golf d’Henri Chapelle (Belgique) continue de croire en l’intérêt des hybrides et des séries « combo » composées de lames et de fers à cavité ou « utility », voire uniquement d’hybrides comme la HiBore de Cleveland. Pour la concevoir, cette marque a d’ailleurs appliqué aux fers la technologie de la couronne inversée, développée sur… des drivers !
Cette année, un fer 6 enverra la balle aussi loin que votre vieux fer 5 parce que, si en vous mesurez l’ouverture, vous constaterez que C’EST un fer 5 – ou que c’était un fer 5.
Tom Wishon
Les hybrides et autres « utility » sont devenus essentiels pour le commun des mortels : d’après Tom Wishon, éminent spécialiste du sur-mesure, nous croyons que les clubs de golf modernes vont plus loin que ceux créés il y a que quelques années à cause d’une astuce marketing qu’il appelle le virus du loft décroissant.
« Chaque année, dans le but de dire que leurs clubs portent la balle plus loin, les fabricants en réduisent discrètement le loft et augmentent la longueur de leurs manches, écrit-il dans ses livres. Cette année, un fer 6 enverra la balle aussi loin que votre vieux fer 5 parce que, si en vous mesurez l’ouverture, vous constaterez que C’EST un fer 5 – ou que c’était un fer 5. »
Suivez l’exemple, enfin presque
Même s’il y a des exceptions, force est de constater que globalement, Tom Wishon a raison : plus les fers deviennent faciles, plus les fabricants en réduisent l’ouverture, de façon plus ou moins ouverte. Cela ne dérange pas les pros, mais malheureusement, ce qui est bon pour les meilleurs joueurs au monde ne l’est pas pour Monsieur tout le monde.
La plupart des amateurs ont aujourd’hui beaucoup de mal à tirer la quintessence de leurs longs fers, comme le montre un test mené par Wilson auprès d’un large panel de golfeurs de niveaux différents avant d’élaborer les FYbrid. Plus les clubs étaient fermés, plus ils avaient du mal à produire de la longueur. Même les joueurs aux swings très rapides n’arrivaient pas à obtenir plus de distance avec leur fer 3 qu’avec leur fer 4, jouabilité du club oblige…
These irons in Phil’s bag would benefit a mid-handicap golfer. https://t.co/Mc7GI2PqgT pic.twitter.com/8bVKLfzYDH
— GOLF.com (@GOLF_com) May 24, 2020
Jouez-là comme Mickelson
La réponse de Wilson, en l’occurrence, a été de proposer des hybrides correspondant aux fers 5 et 4, et un hybride produisant plus de distance qu’un fer 3. Car seuls les hybrides ou les petits bois, plus faciles à jouer par définition, vont permettre à la plupart des joueurs de combler le trou en distance avec leurs bois.
D’où l’apparition de séries sans fer 3 ou même 4 puis d’autres, forcément plus chères, composées de fers et d’hybrides. Il y a d’ailleurs des exemples de pros qui remplacent leurs longs fers par des hybrides. Pendant un temps, la série de Phil Mickelson commençait au fer 5. Y.E. Yang, vainqueur du PGA Championship 2009, utilise quatre hybrides en permanence…
Photo © Waleed Zein / Anadolu via AFP












