Gaëtan Mourgue d’Algue vient de s’éteindre entouré par sa famille près de Bordeaux à l’âge de 87 ans. Rarement une personnalité aura autant marqué le monde du golf : pendant une quarantaine d’années, et après une brillante carrière sportive (26 titres de champion de France), il aura partagé sa vie entre l’organisation de tournois, la création de parcours ainsi que la presse et l’édition.
RdM
« Un amour fou du golf en perpétuelle adaptation mêlé à un respect du fond primordial de cette discipline… lui permit de faire bouger davantage le golf français que quiconque… » écrivait André-Jean Lafaurie dans son Dictionnaire amoureux du golf.
La liste est longue, très longue, pour résumer toutes les réalisations de cet homme entrepreneur passionné, visionnaire, élégant, refusant les projecteurs à la mode pour privilégier les discussions entre amis et experts.
Le golf, il le vécut d’abord en champion : dès l’âge de 15 ans, Gaëtan Mourgue d’Algue représenta la France dans de nombreuses compétitions internationales. Il fut champion de France en 1967 et 1968 et remporta de nombreux titres nationaux et internationaux.
Une famille à 105 titres
Il partagea cette passion avec son épouse, Cécilia Mourgue d’Algue, l’une des plus grandes championnes du golf amateur français avec 45 titres nationaux, individuel et par équipe. Puis avec ses enfants : la famille a ainsi collectionné 105 titres à eux tous !
En 1963, avec son père, il participa à l’accueil à Saint-Nom-la-Bretèche de la Canada Cup, ancêtre de la Coupe du monde professionnelle par équipes. Jack Nicklaus et Arnold Palmer y remportèrent la victoire devant un public français qui découvrait pour la première fois les plus grands champions mondiaux. Cette compétition contribua à faire entrer le golf français dans une nouvelle dimension internationale.
À la fin des années 1960, il présida l’Association pour la promotion du golf. Son objectif dépassait déjà le seul golf de compétition. En janvier 1970, l’association annonçait ainsi la création future de centres d’initiation et de parcours ouverts au public à des tarifs accessibles, avec la volonté revendiquée d’élargir le nombre de pratiquants d’un sport encore largement réservé à une minorité.
Cette conviction — le golf devait se développer et toucher de nouveaux publics — restera le fil conducteur de toute son action.
La même année, avec son ami et associé de la première heure, Dominique Motte, il créa à Saint-Nom-la-Bretèche le Trophée Lancôme. Pendant plus de trente ans, le tournoi accueillit les plus grands joueurs du monde, d’Arnold Palmer et Gary Player à Severiano Ballesteros, Bernhard Langer, Nick Faldo, Lee Trevino ou encore David Duval. Le Trophée Lancôme contribua de manière décisive à mettre la France sur la carte du golf professionnel international et à rapprocher le public français des champions qu’il ne pouvait jusque-là voir évoluer qu’à l’étranger.
Il fait taper Arnold Palmer depuis le 2e étage de la Tour Eiffel
Original dans la promotion du golf auprès du grand public, Gaëtan Mourgue d’Algue n’hésita pas à imaginer des opérations inédites lors du Trophée Lancôme. En 1976 puis en 1977, Arnold Palmer, la grande star populaire de l’époque, tapa des drives depuis le deuxième étage de la Tour Eiffel en direction du Champ-de-Mars. Ces images firent le tour du monde.
Dans le même esprit, Gaëtan Mourgue d’Algue participa activement à l’émergence du golf professionnel en Europe continentale, alors largement dominé par la Grande-Bretagne et l’Irlande. Son action, menée notamment avec Mark McCormack et IMG, accompagna les débuts de ce qui allait devenir le grand circuit professionnel européen.
Membre à vie du Royal & Ancient
Son engagement dépassa rapidement les frontières françaises. Membre à vie du Royal & Ancient de St Andrews, il contribua au développement de grandes compétitions en Europe continentale et à la création du circuit professionnel d’Amérique du Sud. Au Maroc, il comprit l’importance du tourisme golfique et créa le Trophée Hassan II, devenu l’une des grandes manifestations golfiques du continent africain.
Passionné, il porta également une attention particulière aux jeunes joueurs et aux talents émergents. À travers des compétitions qui leur étaient consacrées, comme l’Open Cacharel, premier championnat du Monde professionnel des moins de 25 ans, qui révéla entre autres le talent immense de Greg Norman, José Maria Olazabal, Nick Faldo et de Bernhard Langer, vainqueur en 1979, et de Ian Woosnam en 1982.
Promouvoir aussi le golf féminin
Précurseur, il voulut de la même manière contribuer à la visibilité et au développement du golf féminin, en organisant des compétitions permettant aux meilleures joueuses professionnelles de se produire en France tel que la Hennessy Cup en 1985. Pour Gaëtan Mourgue d’Algue, promouvoir le golf signifiait en montrer toutes les facettes et s’adresser à tous ses publics.
Avec son associé, Dominique Motte, il racheta en 1970 la revue Tennis et Golf pour en faire Golf Européen, la plus grande revue de golf en France et en Europe continentale. Faire découvrir les parcours était également au cœur de son activité éditoriale. Sur une idée de Dominique Motte, il lança en 1995 le premier véritable guide des golfs européens, le Peugeot Golf Guide. Il alla encore plus loin en 2010 avec la création très ambitieuse du Rolex Golf Guide, avec une sélection des 1 000 meilleurs golfs du monde sur les 35 000 existants. Cette œuvre éditoriale répondait là encore à la même volonté : transmettre une connaissance du golf et donner envie aux joueurs de découvrir de nouveaux parcours.
A l’origine des Golfs d’Arcangues, Limère, Joyenval…
Éclectique, sa vision passa aussi par la construction de parcours de golf et leur architecture. Il créa plusieurs golfs en France, notamment Arcangues, Limère et Joyenval, faisant travailler de grands architectes internationaux tels que Ronald Fream, Cabell Robinson ou Robert Trent Jones Sr. À travers ces projets, son ambition était toujours de proposer aux golfeurs français des parcours de grande qualité et de faire progresser la culture golfique en France.
Sa passion se transmit naturellement à la génération suivante. Avec ses fils Fabian et André, ils persuadèrent en 2011 l’architecte américain Tom Doak, star de l’architecture contemporaine, de réaliser au Grand Saint-Émilionnais son premier parcours en Europe continentale, désormais classé 3e meilleur golf de France par Golf Digest. Avec sa fille Kristel, 9 fois championne de France amateur, vainqueur du NCAA en 1995, ancienne joueuse du circuit professionnel européen et consultante pour Canal +, il lui donna le goût de raconter, de transmettre et de faire découvrir le golf.
Au-delà des titres, des tournois et des parcours qu’il laisse derrière lui, son héritage tient peut-être avant tout dans cette conviction qui guida toute sa vie : le golf devait être connu, partagé, transmis et accessible au plus grand nombre, sans jamais perdre les valeurs d’intégrité, de respect, d’humilité, de persévérance et de fair-play qui en font la particularité.
Laissons le dernier mot à Gaëtan Mourgue d’Algue qui aimait répéter : « l’amateurisme, c’est mon plaisir, le professionnalisme, c’est mon travail, le golf, c’est ma vie ». Et qui avec beaucoup d’humour était aussi l’auteur de quelques aphorismes tels :
– Tiger Woods n’est rien sans une balle de golf
– Le défi du golf, c’est d’accepter d’être imparfait
– La cornemuse et le golf prouvent que les Écossais sont passés maitres dans l’art d’exaspérer…
À son épouse Cecilia, à ses enfants Fabian, André et Kristel, toute l’équipe de Golf Planète présente ses condoléances attristées et son soutien respectueux en ce moment difficile.
Photos : D.R.
















