Avec une avance de six coups après 36 trous, Rory McIlroy possède le plus grand écart jamais réalisé dans l’histoire du Masters depuis sa création en 1934. Avant lui, six joueurs s’étaient retrouvés au mieux avec cinq coups d’avance au départ du 3e tour. Un seul d’entre eux n’est pas parvenu à l’emporter.
L.V.
On le sait, le Masters, c’est une longue histoire truffée d’anecdotes, de statistiques, de faits plus ou moins marquants, de déroutes (très souvent dans le secteur de l’Amen Corner) et surtout de triomphes.
Avec deux cartes de 67 (-5) et 65 (-7), Rory McIlroy trône tout en haut du leaderboard ce samedi matin avec un score total de -12. Soit six coups d’avance sur ses premiers « dauphins », Sam Burns et Patrick Reed. Tenant du titre, on n’a jamais senti le Nord-Irlandais aussi serein devant les micros des journalistes à l’issue de ces deux premiers tours quasi parfaits avec trois bogeys concédés. Craint-il quelque chose durant ce week-end où tout peut encore arriver ? Il a lui-même payé pour le savoir en 2011 quand il s’était présenté au tee du 1 le dimanche avec quatre coups d’avance sur la meute. Avant de s’écrouler entre les trous 10 et 13 et de signer un terrible 80 (+8).
« La grande leçon apprise entre le Masters 2011 et la victoire dans l’U.S. open 2011 fut de ne pas essayer de protéger mon avance. Jouer librement sans penser à l’écart que je possède sur mes rivaux », souligne ainsi l’actuel n°2 mondial, histoire d’exorciser quelque part un possible scénario catastrophe.
Harry Cooper, coiffé sur le fil
A vrai dire, quand on consulte le grand livre d’Histoire que représente le Masters, pourtant le plus jeune des quatre tournois Majeurs, tous ceux qui affichaient cinq coups d’avance après 36 trous l’ont emporté le dimanche suivant. Tous sauf un. L’Anglais Harry Cooper va en effet s’écrouler dans ce dernier tour du 6 avril 1936 (les 3e et 4e tours se sont disputés le lundi en raison d’une météo exécrable) avec un ultime 76 (+4) et un score de 286 (-2), laissant la victoire à Horton Smith à -3 (285) avec un par (72) salvateur. Cet épisode est ici l’exception qui confirme la règle.
Car par la suite, aucun retour de derrière n’a été possible. En 1946, pour le premier Masters d’après-guerre, l’Américain Herman Keiser gagne à -6 (282), un coup devant Ben Hogan (-5). Pour la petite histoire, les deux hommes ont concédé un trois putts chacun sur le 72e et dernier trou de l’Augusta National.
La démonstration de Ray Floyd en 1976
En 1975, Jack Nicklaus décroche sa 5e veste verte (un record alors à Augusta) en jouant 73 (+1) et 68 (-4) le week-end pour une victoire à -12 (276), un coup devant Johnny Miller et Tom Weiskopf. L’année suivante, Raymond Floyd offre un véritable récital en claquant 65 (-7) et 66 (-6) jeudi et vendredi avant de se contenter de deux 70 (-2) samedi et dimanche. Il n’a jamais quitté la première place du leaderboard et égale en même temps le record de Nicklaus établi en 1965 : -17 (271). Ben Crenshaw, seul 2e, est huit coups derrière. C’était il y a 50 ans déjà. A ce titre, ce scénario ressemble fort à celui qu’est en train d’écrire cette semaine Rory McIlroy.
Spieth, injouable en 2015
Pour son 2e Masters seulement, Jordan Spieth, alors âgé de 21 ans, créé pour sa part l’événement en 2015, d’abord en égalant le record du score le plus bas sur quatre tours, -18 (270), propriété jusque-là exclusive de Tiger Woods depuis 1997, et en signant pas moins de 28 birdies en 72 trous. Phil Mickelson et Justin Rose sont relégués à quatre longueurs (-14). L’année suivante, le Texan est en route pour le doublé. Alors qu’il possède encore cinq coups d’avance après avoir bouclé son aller le dimanche, il craque totalement avec un quadruple bogey au 12 et une carte finale de 73 (+1) offrant la victoire à l’Anglais Danny Willett, vainqueur à -5 (283) avec un dernier 67, trois coups devant l’infortuné Spieth (qui lui remettra la veste verte dans la Butler Cabin) et Lee Westwood.
Dernier exemple en date, celui de Scottie Scheffler, leader après 36 trous en 2022 avec deux cartes de 69 et 67 avant de gérer ses coups d’avance avec deux 71 le week-end pour un -10 (278) final. Rory McIlroy, seul deuxième, termine à -7 avec pourtant un magnifique 64 (-8) le dimanche. Tiens, tiens…
Photo : Masters Tournament













