Six heures de route depuis la Bretagne, des applaudissements à chaque bon coup, une partie partagée avec un autre Français, Julien Sale… Et, surtout, cette sensation nouvelle de découvrir de l’intérieur un tournoi qu’il connaissait jusque-là autrement. À 16 ans, Tao Pemerika, l’un des quatre amateurs français du champ, vient de vivre son premier Open de France. Le cut lui a échappé, mais pas l’expérience engrangée.
Frédéric PLISSON, Golf National
Il est encore adolescent. Il le revendique presque avec amusement. Mais pendant deux jours, sur l’Albatros, Tao Pemerika a découvert ce que signifie évoluer au milieu des « stars » du DP World Tour, devant un public nombreux et avec une pression bien différente de celle de ses compétitions amateurs. On passera rapidement sur ses deux carte de 73 (+2) et de 77 (+6), car là n’est pas l’essentiel. L’important est avant tout cette première plongée dans le monde professionnel qu’il rêve un jour d’intégrer.
« C’était quand même mon premier Open de France. Je n’ai que 16 ans », rappelle-t-il. Une première qu’il a eu la chance de vivre aux côtés de Julien Sale. « J’étais content de pouvoir jouer ces deux premiers tours avec un Français parce que, mine de rien, c’est quand même mon premier Open de France. Julien sait ce que c’est de jouer en Open de France en tant qu’amateur. Il a été cool avec moi. Je pense que ça m’a appris pas mal de choses. »
Six heures de route pour être là
Dans cette découverte du « monde des grands », il y a eu le public. Beaucoup de public pour ces deux premiers jours. Et une émotion forcément particulière pour un jeune Français qui évolue à domicile. Le soutien était là, perceptible. Tao les a entendus, appréciés, mais il a su aussi les mettre à distance quand il le fallait.
« Quand je faisais de bons shots et que les spectateurs applaudissaient, forcément, ça me réjouissait. J’essaie cependant de rester focus sur ma partie le plus possible parce qu’il faut quand même rester dans sa concentration. Mais c’est toujours agréable d’avoir un public qui pousse aussi fort derrière toi. »
Et puis il y a eu les siens… Son papa est Néo-Zélandais, sa maman Bretonne… Toute sa famille a fait le déplacement depuis le Finistère Sud, près de Quimper. Six heures de voiture pour le suivre pendant deux tours. Une présence en nombre qui permet de mesurer une ambiance qu’il n’avait encore jamais connue dans un tournoi de cette dimension.
« C’est la première fois que ça m’arrive en tournoi. Ça arrive sur le bon tournoi, j’imagine », sourit-il. « J’étais grave content de les voir à tous les trous après avoir mis un putt, après avoir tapé un bon coup. »
Un objectif qui dépasse cette seule semaine
Des regards échangés avant et après la partie, mais peu de mots pendant. Tao reste dans sa bulle. Concentré. Même lorsque les siens sont à quelques mètres.
Le retard des dernières parties lors du deuxième tour, en raison du brouillard matinal, a obligé Tao à revenir ce samedi matin au départ du 18 pour finir son tour.
« Déjà hier, je savais que ça allait être compliqué. À la fin, ça faisait déjà quelques trous que je jouais, je faisais du mieux que je pouvais, mais c’était quand même beaucoup trop loin. Et là, moi, c’était juste… Ce dernier trou ce matin, je l’ai pris comme une journée de plus. »
C’est peut-être aussi l’un des premiers enseignements de cette semaine : apprendre à jouer jusqu’au bout, même lorsque le classement ne répond plus aux attentes. Car l’objectif, lui, va au-delà de cette seule semaine.
Mon rêve est d’être numéro un mondial et de gagner un Majeur.
Tao Pemerika
Lorsqu’on lui demande où il se voit plus tard, Tao ne contourne pas la question.
« Quand j’étais petit, je disais souvent : “Plus tard, je veux être le meilleur !” Et puis mon grand rêve, c’est d’être numéro un mondial et de gagner un Majeur. »
Les modèles sont à la hauteur de l’ambition. Tout d’abord Tiger Woods. Tao a grandi en regardant les images et les exploits de l’homme aux 15 Majeurs. Et aujourd’hui ? Rory McIlroy, bien sûr…
« Le fait que ce soit un Européen, je trouve ça assez cool. Il nous fait vibrer ! Et en Ryder Cup, il est incroyable. Et j’adore son style de jeu. Il tape fort la balle, il tape des traits. »
Le discours est celui d’un garçon mature, qui sait déjà ce qu’il veut. Mais la route sera longue…
L’Albatros, c’est presque une deuxième maison.
Tao Pemerika
Et pour avancer, Tao dispose d’un terrain d’apprentissage privilégié : le Centre national de performance du Golf National… depuis quatre ans. L’Albatros, qu’il vient de découvrir sous un autre angle, il le connaît donc déjà très bien.
Il avait d’ailleurs pu le rejouer dès le 1er septembre, lors de sa réouverture après les travaux. Cette semaine, il l’a retrouvé dans sa nouvelle version, avec ses nouveaux trous 4, 5 et 6.
« Franchement, je l’adore, ce parcours. Visuellement, quand tu arrives du 15 jusqu’au 18, c’est trop beau. L’Albatros c’est presque une deuxième maison. »
Cette proximité avec le Golf National lui donne aussi un privilège rare : observer quotidiennement les meilleurs joueurs évoluer sur un parcours qu’il arpente lui-même à l’entraînement. Avant son Open de France, il a eu le privilège d’observer Viktor Hovland au practice et de se retrouver à quelques mètres de Tommy Fleetwood dans la salle de sport.
La fac en Arizona en 2028
La prochaine grande étape est déjà programmée. Tao a donné son accord verbal à l’Université d’Arizona, à Tucson, qu’il doit visiter début novembre. Son départ pour les États-Unis est prévu dans deux ans, à l’automne 2028.
Avant cela, il veut continuer à progresser au CNP, disputer quelques compétitions et surtout préparer les grands rendez-vous du début de saison prochaine.
Parmi eux, la Juniors Ryder Cup occupe une place particulière. « C’est un gros objectif pour moi », lance-t-il avec gourmandise.
Et si le calendrier lui permettait de retrouver l’Open de France ? « Si jamais ce n’est pas en même temps et que je fais une bonne année, moi, je serais très content de rejouer ici en 2027. Franchement, c’était une super expérience cette année. »
Tout cela résume assez bien son état d’esprit. L’ambition est immense, mais le garçon garde les pieds sur terre. Tao reste cependant un jeune homme de 16 ans. Il tient à conserver ses amis, à rentrer en Bretagne lorsqu’il le peut, à jouer au foot, au basket ou au beach-volley.
« Je reste un jeune de 16 ans. Même si je joue un tournoi du DP World Tour, ça ne change pas grand-chose. »
Pour l’instant, peut-être. Mais après cette première immersion dans l’Open de France, une chose a changé : Tao Pemerika sait désormais un peu mieux à quoi ressemble le monde dont il rêve…
Photo : FFGolf














