Après Chantilly, Le Prieuré et Saint-Germain, direction Fontainebleau. Au cœur de l’une des plus belles forêts de France, ce parcours plus que centenaire possède une réputation mondiale et est souvent considéré comme le plus beau de notre pays. Et contrairement à ce que son prestige pourrait laisser penser, il est possible de venir y jouer sans être membre.
Il y a des golfs dont le nom suffit à faire rêver. Fontainebleau est de ceux-là.
À quelques kilomètres seulement du centre-ville, le parcours s’est installé au cœur de la forêt, sur l’ancien domaine des chasses impériales. Dès les premiers mètres, le décor donne le sentiment d’entrer dans un autre monde : pins, bouleaux, hêtres, chênes centenaires, rochers, bruyères, genêts… Le golf semble avoir toujours été là.
Et pourtant, derrière cette impression de parcours sauvage et naturel se cache une architecture d’une grande précision. Inauguré en 1909, Fontainebleau fut dessiné par le Français Julien Chantepie avant d’être redessiné en 1920 par l’architecte renommé Tom Simpson, puis allongé et modifié en 1963 par Fred Hawtree.
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Une renommée internationale
Comme pour beaucoup de grands clubs privés, la première question est évidemment : peut-on vraiment jouer à Fontainebleau sans être membre ?
La réponse est oui.
Le golf accueille les visiteurs en semaine, sur réservation, à condition d’être licencié et de posséder un index inférieur à 35.
« Nous accueillons des gens extérieurs toute la semaine, explique le directeur Christian Majcher. Il faut être licencié évidemment. Et posséder un index inférieur à 35. »
Fontainebleau est également très tourné vers l’international. « Environ 30 % de nos joueurs en semaine sont de nationalité étrangère. On a pas mal de gens qui viennent de l’étranger, des Américains notamment… »
Pour réserver, pas besoin de connaître un membre du club : il suffit de contacter directement le golf par téléphone ou par mail. Et inutile, a priori, de s’y prendre des mois à l’avance. « On a de la place toute l’année », assure le directeur.
Une mécanique bien huilée
Cette ouverture aux visiteurs ne signifie pas que le parcours fonctionne sans règles. Les départs sont organisés pour préserver la fluidité du jeu : deux balles jusqu’à 9 heures, puis trois balles jusqu’à 11 heures ou midi selon la période, avant de laisser la priorité aux quatre balles.
Une mécanique simple pour éviter le bouchon dès les premiers trous.
« Ça permet une certaine fluidité sur le parcours. On n’a pas une quatre balles à 8 h 30 du matin qui bloque tout le monde », résume Christian Majcher.
Pour le green-fee, le club ne raisonne pas véritablement en termes de « basse » et « haute » saison. Le tarif est toutefois moins élevé en hiver, lorsque les conditions de jeu sont naturellement moins favorables. Le printemps peut notamment être une bonne période pour le découvrir, avec un tarif encore hivernal en mars.
Mais Fontainebleau mérite surtout d’être découvert pour ce qu’il offre à chaque saison.
Un parcours qui change avec les saisons
Ce qui frappe à Fontainebleau, c’est d’abord la sensation de jouer dans la forêt plutôt que dans un golf posé au milieu de la forêt.
Les fairways relativement étroits sont bordés d’essences multiples. Quelque 90 bunkers défendent le parcours, tandis que bruyères, fougères, genêts et rochers donnent à chaque trou une identité particulière. Le sol sablonneux permet par ailleurs au terrain de rester souple et jouable quelles que soient les conditions météorologiques.
« On peut jouer toute l’année à Fontainebleau », rappelle Christian Majcher. Mais le directeur a une préférence pour le printemps, lorsque les arbres reprennent leurs feuilles et que la forêt se pare d’un vert tendre. Avril, mai et juin offrent alors un visage particulièrement spectaculaire.
L’automne possède lui aussi son charme, avec les couleurs de la forêt et les bruyères en fleurs. Cette année, les différentes périodes de canicule ont toutefois malmené ces dernières, qui ont davantage pris une teinte marron foncé que leur habituel violet.
Mais Fontainebleau n’est pas un parcours que l’on vient simplement admirer. Il faut le jouer. Et accepter de composer avec ses fairways étroits, ses bunkers omniprésents et cette végétation qui peut transformer une balle légèrement égarée en véritable problème.
Le 12, les rochers et les trous qui restent en mémoire
Alors, quel est le trou signature ? La question est évidemment délicate sur un parcours qui collectionne les candidats.
Christian Majcher en cite plusieurs : « Le 1, le 3, le 12, le 13… »
Le 12, un par 5 touchable en deux à condition de tenter de voler au-dessus d’une haie de rochers, possède peut-être quelque chose de particulier. « Le 12, il est emblématique. Quand on arrive sur le deuxième coup avec tous ces rochers… »
Ces formations rocheuses participent pleinement à l’identité de Fontainebleau. Le directeur raconte d’ailleurs une anecdote révélatrice : un joueur américain, découvrant ces énormes blocs, lui aurait lancé : « Ah, qu’est-ce que ça a dû vous coûter cher de les amener ici ! »
Les rochers étaient évidemment là. Et l’architecte a eu l’intelligence de composer avec eux plutôt que de chercher à les effacer.
Le 13 offre, lui, une autre expérience. Depuis son point haut, le regard embrasse une large partie du parcours. « Vous voyez six trous d’en haut », explique Christian Majcher. Une belle manière de prendre de la hauteur et de mesurer la cohérence du dessin.
Un été marqué par le feu
Il est difficile d’évoquer Fontainebleau en cette année 2026 sans revenir sur l’incendie qui a frappé la forêt durant l’été.
Les images avaient impressionné : les flammes aux portes du golf, un Canadair dans le ciel et la menace de voir le feu pénétrer dans l’enceinte du club. Finalement, le golf a été épargné.
« C’est impressionnant d’ailleurs à quel point il s’est arrêté juste… Le mur derrière le green du 2 a vraiment fait le pare-feu », raconte Christian Majcher.
Le vent, heureusement contraire, a joué un rôle déterminant. Les pompiers avaient demandé au club de se préparer à évacuer en cas de retournement. La mobilisation fut considérable dans le massif de Fontainebleau, où deux incendies faisaient rage simultanément : plus de 1 000 pompiers, quatre Canadair et un Dash furent notamment mobilisés.
Le parcours a malgré tout été touché sur une petite partie du trou n°2. Fermé pendant une dizaine de jours, il a nécessité l’abattage de plusieurs arbres brûlés.
Les traces sont encore visibles lorsque l’on monte du 2 au 3. Mais le feu a aussi fait réapparaître les rochers qui entourent le départ du 3 (photo à la une), en faisant disparaître une partie de la végétation qui les masquait.
« Les rochers sont réapparus », constate le directeur.
Un paysage différent, donc, mais qui devrait rapidement retrouver son équilibre. « Dans quelques semaines, ce sera très beau », prédit-il.
Une référence française et une certaine idée de l’étiquette
La réputation de Fontainebleau ne repose évidemment pas seulement sur son cadre.
Le club accueille depuis près d’un siècle la Coupe Mouchy, créée en 1927 par le duc de Mouchy. Devenue l’un des grands rendez-vous du golf amateur français, elle réunit aujourd’hui les meilleurs amateurs du pays et est parfois considérée comme le « Masters amateur français ».
Le parcours continue par ailleurs de figurer tout en haut des classements internationaux.
Ce prestige s’accompagne d’une certaine idée de l’étiquette. « C’est un golf très familial, très attaché au respect de l’étiquette », insiste Christian Majcher.
Le dress code est donc pris au sérieux. Sur le parcours, les règles sont affichées à l’entrée et sur le site du club. Au club-house, pas de blue-jean ni de T-shirt, les sweats à capuche sont à éviter et les chaussettes doivent notamment être suffisamment hautes.
« On doit le jouer une fois dans sa vie, oui, c’est sûr. C’est un parcours à vocation internationale », résume le directeur.

Le trou n°1
Prolonger l’expérience au club-house
Cette tradition se retrouve jusque dans le club-house, autre élément fort de l’expérience Fontainebleau.
Avec son architecture de style normand et ses trois fresques du peintre Paul Tavernier, figure de l’école de Barbizon, il possède le charme un peu hors du temps des grandes maisons de golf. Les vestiaires ont conservé l’élégance des clubs traditionnels et les compétitions qui ont marqué l’histoire du club y occupent une place importante à travers notamment les palmarès.
Puis vient la terrasse.
Après 18 trous dans la forêt, difficile d’imaginer meilleur endroit pour poser son sac, refaire sa partie et profiter encore un peu du décor. La terrasse du 1909, le restaurant du golf, offre une superbe vue sur le parcours.
Attention toutefois : le déjeuner est réservé aux membres et aux joueurs extérieurs. « Je précise que l’on ne peut déjeuner qu’en étant joueur extérieur ou membre », rappelle Christian Majcher.
À Fontainebleau, le club-house n’est donc pas une simple étape avant de rentrer chez soi. Il prolonge une expérience qui commence dès le premier tee.
Comment le jouer ?
Contrairement à une idée reçue tenace, il n’est donc pas nécessaire d’être membre pour découvrir Fontainebleau.
Le parcours accueille les visiteurs en semaine, sur réservation, avec une licence de golf et un index inférieur à 35. Le mardi, jour de fermeture du club, fait exception.
Il suffit de contacter le golf par téléphone (01 64 22 22 95) ou par mail (accueil@golfdefontainebleau.com) pour réserver son départ.
Quant à la meilleure période, le printemps semble particulièrement intéressant pour une première découverte. Mais l’automne possède également son charme, lorsque les couleurs apparaissent et que les bruyères entrent en scène.
Jouer Fontainebleau, c’est découvrir un parcours qui ne cherche jamais à en mettre plein la vue artificiellement. Les arbres, les rochers, les bruyères et les bunkers (à la Tom Simpson, sublimes) suffisent.
Un grand golf, tout simplement. Et un de ceux que l’on devrait avoir joué au moins une fois dans sa vie.
















