Dans l’imaginaire collectif, les parcours de prestige en France, et notamment ceux situés autour de Paris, semblent presque tous inaccessibles au « golfeur moyen ». Pourtant, il existe des occasions de découvrir ces golfs qui figurent régulièrement en tête des classements des magazines spécialisés. Certes, l’expérience demande un certain budget (mais peut-être moins que vous ne l’imaginez) et elle mérite vraiment d’être vécue, au moins une fois.
Pour ouvrir ce dossier, direction Chantilly-Vineuil. Un chef-d’œuvre d’architecture signé Tom Simpson, mais aussi un haut lieu du golf français et européen, qui a accueilli pendant de nombreuses années l’Open de France.
L’arrivée au Golf de Chantilly-Vineuil a quelque chose de théâtral.
En quittant la route principale, on traverse d’abord les grandes allées bordées d’arbres du domaine. Puis, presque soudainement, apparaît la silhouette du château de Chantilly, que l’on longe quelques instants comme dans une carte postale. Le décor donne immédiatement le ton : ici, le golf s’inscrit dans un paysage chargé d’histoire.
Quelques hectomètres plus loin, une petite route mène au club. Le club-house historique, élégant bâtiment anglo-normand posé au bord du parcours, surgit entre les pins et les bruyères. Dès la première visite, l’atmosphère feutrée d’un grand club se fait sentir : le practice sur herbe, l’immense putting green parfaitement roulant, la terrasse panoramique qui domine le départ du 1… À peine garé sur le parking, vous avez déjà envie de sortir votre sac.
Oui, c’est possible
Jouer à Chantilly, c’est s’offrir une journée inoubliable. C’est aussi entrer de plain-pied dans l’histoire du golf français avec un grand H. Et se mesurer à l’un des plus beaux parcours du pays : bunkers profonds et impeccablement dessinés, greens pentus et rapides, roughs parfois redoutables selon la saison.
Mais est-ce vraiment envisageable ?
Pour un joueur ou une joueuse habitué à un parcours public (comme c’est le cas de la grande majorité des golfeurs français), l’idée peut sembler un peu folle.
« Impossible, c’est sûrement réservé aux membres. »
« Ça doit être hors de prix. »
« Et puis ce doit être trop difficile… »
Voilà souvent les premières pensées qui traversent l’esprit du golfeur lambda. L’accès à ces lieux paraît parfois aussi compliqué que l’entrée à Poudlard sans lettre d’admission. Pourtant, nul besoin de magie pour franchir les portes de ce temple du golf.
Il suffit tout simplement de se connecter sur le site officiel du golf.
Inauguré le 28 septembre 1909, hôte de l’Open de France dès 1913 et toujours pilier du golf hexagonal aujourd’hui, Chantilly a choisi depuis plusieurs années d’ouvrir ses départs aux joueurs extérieurs.
« Cela ne se sait pas forcément, mais nous avons toujours eu une politique ouverte aux membres extérieurs, qui peuvent venir jouer toute l’année en semaine, à l’exception du vendredi après-midi et du week-end, explique le président des lieux, Laurent Bailly. Auparavant, cela pouvait être un peu compliqué à la fois d’accéder à cette information et ensuite d’obtenir un départ qui convient. Désormais nous avons mis en place une plateforme de réservation en ligne simple, rapide, ouverte à tout le monde. »
En basse saison, si vous êtes licencié à la ffgolf, l’expérience coûte ainsi 90 euros de green-fee.
Quatre-vingt-dix euros pour un parcours considéré comme l’un des plus beaux de France, remarquable par la qualité de son dessin, la variété de ses trous et un entretien toujours irréprochable.
Quatre-vingt-dix euros pour jouer un tracé de championnat qui serpente au cœur de la forêt de Chantilly, dans un environnement calme, préservé et d’une grande richesse écologique.
« Une fois votre départ réservé, pour trois personnes maximum, vous jouerez le parcours de championnat de Vineuil », précise Laurent Bailly. « Nous repasserons en septembre 2026 en mode ‘old course’, c’est-à-dire avec tous les trous d’origine. Le second parcours, Longères, reste réservé aux membres. Mais les visiteurs bénéficient le jour de leur venue des mêmes accès que les membres. »
L’information à son importance : le practice sur herbe, les vestiaires, le club-house, le restaurant et surtout la terrasse panoramique (l’une des plus belles vues du golf français) valent à eux seuls le détour.
Un parcours de classe internationale, un héritage unique
Parfois surnommé le « Saint Andrews continental », Chantilly-Vineuil est un parcours plus que centenaire, symbole du golf de haut niveau en France.
Les amateurs d’histoire prendront le temps de parcourir les panneaux en bois qui retracent le palmarès des grandes compétitions accueillies ici. L’Open de France y a été disputé à onze reprises (la première fois en 1913) avec notamment deux victoires de la légende Sir Nick Faldo en 1988 et 1989.
Le club accueille également de prestigieuses épreuves amateurs internationales, comme le Jacques Léglise Trophy ou les championnats d’Europe, ainsi que la Coupe Murat, les Internationaux de France amateurs, toujours disputés à Chantilly aujourd’hui.
Au fil du temps, de grandes figures du golf français ont marqué les lieux : Alexis Godillot, septuple champion de France amateur, mais aussi Pierre Bechmann, ancien Captain du Royal & Ancient de St Andrews, ou encore Laurent Bailly, président du club depuis 2015 et gardien de cet héritage (ci-dessous en compagnie de Victor Dubuisson).
Les raisons de prendre la direction de l’Oise ne manquent pas.
Certes, en haute saison le green-fee est un peu plus élevé. Certes, le ‘dress code’ ne permet pas de jouer en pantacourt et c’est très bien ainsi. Certes encore, l’ambiance « so british » peut impressionner avant la première visite. Et il vaut mieux disposer d’un niveau de jeu raisonnable : les joueurs doivent avoir un index inférieur à 24.
Mais une fois sur place, les clichés tombent rapidement.
L’atmosphère à Chantilly (un club totalement mixte) est avant tout tournée vers le sport, le plaisir du jeu et la tradition. Loin de l’image parfois intimidante que l’on peut associer à un golf aussi prestigieux.
Alors si vous cherchez une expérience unique, un parcours d’exception et une plongée dans l’histoire du golf français, il ne reste qu’une chose à faire : y aller.
Au moins une fois dans votre vie de golfeur.
Photos : Philippe Millereau / KMSP


















