Ce dimanche 1er novembre, Armel Le Cléac’h sera à Saint-Malo, prêt à s’élancer sur une Route du Rhum qu’il rêve enfin de gagner. Mais avant de retrouver son Maxi Banque Populaire XI et l’Atlantique, le marin breton s’est offert quelques escapades sur les fairways. Depuis une dizaine d’années, le golf est entré dans sa vie. Et entre un coup de fer et une manœuvre en solitaire, il a découvert bien plus de similitudes qu’il ne l’imaginait.
Frédéric PLISSON
Il y a les bateaux. Il y a les clubs. Il y a le vent, la météo, les trajectoires, les choix tactiques. Et puis il y a cette petite voix intérieure qu’il faut apprendre à maîtriser quand rien ne se passe exactement comme prévu. Armel Le Cléac’h connaît bien cette musique.
Ce dimanche, le skipper du Maxi Banque Populaire XI prendra, à Saint-Malo, le départ de la 13e édition de la Route du Rhum. Une course à part dans son histoire, celle qu’il suivait enfant, depuis les pontons et devant la télévision, et qu’il n’a jamais cessé de vouloir inscrire à son palmarès.
« C’est la dernière ligne droite, lance le vainqueur du Vendée Globe 2016-2017. On termine les derniers préparatifs, le bateau est prêt, moi aussi. On essaie surtout de vérifier qu’on n’a rien oublié. J’y retourne cette année avec un objectif clair : gagner ! »
Mais entre la préparation et la victoire, il y aura l’océan. Et tout ce qu’il peut réserver. C’est peut-être pour cela que, lors des semaines qui ont précédé ce grand départ, le Finistérien a trouvé du temps pour jouer au golf.
Le golf, découvert presque par hasard
Il y a une dizaine d’années, le navigateur franchit pour la première fois la grille d’un golf lors d’une journée portes ouvertes à Bénodet, dans le Finistère, au golf de l’Odet.
Il regarde déjà les plus grands tournois à la télévision, suit les Majeurs, la Ryder Cup, mais n’a encore jamais réellement frappé une balle. « J’ai découvert une nouvelle passion. J’ai sympathisé avec le pro, qui aimait bien la voile, et on a commencé à travailler ensemble. J’ai pris des cours pour essayer de progresser. »
Depuis, le golf s’est installé dans son quotidien, entre deux navigations… avec un principe simple : dès qu’il peut jouer, il joue. Compétition quand l’envie est là. Parties entre copains lorsqu’il cherche davantage le plaisir et le partage.
« Quand je fais des compétitions individuelles, j’essaie vraiment d’être en mode compétiteur. C’est ce que j’aime. Ça me permet de rester concentré et d’essayer de bien jouer. »
Son index ? 11,3 ! Mais le golf n’est pas devenu une deuxième course. Et c’est probablement ce qui lui plaît. « Quand je fais des parties plus amicales, avec des copains, là, je suis plus en mode plaisir. »
Une nuance importante pour un sportif dont le quotidien est largement tourné vers la performance.
Au golf, tu es tout seul avec tes clubs, comme sur ton bateau
Armel Le Cléac’h
Car si Armel Le Cléac’h s’est pris au jeu, ce n’est pas seulement parce qu’il aime le sport. C’est aussi parce qu’il y retrouve quelque chose de profondément familier : la solitude, la concentration, la préparation et la stratégie.
« Moi, j’aime bien le côté concentration, routine, un peu comme sur mon bateau. Quand tu essaies de préparer une manœuvre, tu fais dans ta tête le déroulé de ce que tu dois faire, élément par élément. »
Sur un parcours, même logique. Le club. La cible. La trajectoire. Le geste. Les fondamentaux techniques que l’on répète jusqu’à ce qu’ils deviennent presque automatiques.
« Au golf, avant de taper un coup, tu réfléchis déjà au club que tu vas jouer, à tes petites clés techniques… Il y a tellement de choses à mettre en place. »
Le parallèle pourrait sembler théorique. Pourtant, en solitaire comme sur un parcours, on est seul face à soi-même…
« Au golf, tu es tout seul avec tes clubs, comme sur ton bateau. C’est toi qui choisis ta stratégie. »
Sur un parcours comme en mer, rien n’est jamais acquis
Même responsabilité. Même nécessité de prendre une décision et de l’assumer. Et surtout, même combat avec soi-même. Ce que le marin apprécie peut-être le plus dans le golf, c’est justement cette obligation de passer rapidement à autre chose. Un bon coup ne garantit rien. Un mauvais coup ne condamne pas une partie.
« Au golf, tu peux faire un excellent coup et puis avoir l’impression que ça y est, tu as compris… et après, tu fais une horreur et voilà, c’est la catastrophe. Sur l’eau, c’est pareil. »
Sur l’Atlantique, une bonne option météo peut permettre de prendre l’avantage. Une erreur de stratégie peut faire perdre des milles. Une manœuvre ratée peut coûter cher. Mais rien n’est jamais terminé.
« Si tu as pris l’avantage sur les autres, c’est loin d’être fini. Et à l’inverse, si tu as pris du retard parce que tu as fait une mauvaise manœuvre ou que tu as un problème technique, la course n’est pas terminée. »
La conclusion pourrait presque être affichée dans tous les vestiaires de golf : « Il ne faut jamais se dire : ça y est, c’est foutu ! »
Quelques balles avant de défier l’Atlantique…
Le golf n’a pas complètement disparu pendant la dernière ligne droite. Bien au contraire.
Quelques jours avant de rejoindre Saint-Malo, Armel a participé au Trophée des Marins, à Dinard. Un rendez-vous qu’il apprécie et qui tombait particulièrement bien dans son calendrier. Puis, pendant les jours passés dans la cité corsaire avec son équipe et son bateau, il a encore trouvé un peu de temps pour sortir les clubs.
« J’ai besoin de taper quelques balles ou faire quelques trous un peu tranquilles, histoire de sortir un peu la tête de la course. »
Cette phrase résume parfaitement la place du golf dans son quotidien. Pas une contrainte supplémentaire. Une respiration. Une façon de penser à autre chose.
« Ça permet vraiment de penser qu’à ça et d’oublier un peu le reste. »
Depuis qu’il a commencé, Armel Le Cléac’h a également eu l’occasion de découvrir un autre côté du golf : celui des rencontres avec les professionnels.
Il a notamment partagé une partie avec Thomas Detry, lors du Pro-Am de l’Open de France en 2017. Il a également joué avec Lee Westwood et Martin Kaymer lors d’événements golfiques. Des souvenirs forcément particuliers pour un joueur encore débutant à l’époque.
« Je venais de commencer le golf, donc je n’avais pas un très bon niveau. Mais dans cette formule un peu sympa, le scramble, finalement, on arrive à profiter de la partie. Et puis c’est top de côtoyer de tels champions. »
J’aimerais jouer à Pebble Beach… J’aime quand il y a ce lien entre le golf et la mer
Armel Le Cléac’h
Depuis, il a croisé d’autres joueurs français et découvert un autre univers sportif. Il a également partagé des parties avec d’anciens grands noms du football, comme Antoine Kombouaré ou Alain Roche.
Mais lorsqu’on lui demande quel parcours il aimerait absolument découvrir, son regard se tourne vers les Etats-Unis…
« J’aimerais jouer à Pebble Beach, avec le Pacifique face à moi. J’aime bien quand il y a ce lien entre le golf et la mer. »
Le choix est finalement assez logique. Lorsque le Finistérien parle de golf, l’océan n’est jamais très loin.
Avant de ranger les clubs et partir à l’assaut de cette Route du Rhum, il a encore donc tapé quelques balles. Pour le plaisir. Pour s’évader.
Et peut-être aussi, sans vraiment le chercher, pour travailler une nouvelle fois cette qualité qui sera essentielle lorsqu’il se retrouvera seul sur son maxi-trimaran : accepter le coup précédent et se concentrer sur le suivant.
Photo : Photo Easyride / BPCE













