Les victoires d’Akshay Bhatia et de Dan Bradbury ce dimanche sur les circuits du PGA Tour et du DP World Tour ont ravivé un débat récurrent dans le golf : l’utilisation des longs putters et la possible présence d’un « troisième point d’ancrage » chez certains joueurs. Sur les réseaux sociaux comme pour certains observateurs, des images de leur geste au putting ont suscité des interrogations sur la légalité de leur technique.
Une polémique pour le prix de deux victoires. Les succès d’Akshay Bhatia lors de l’Arnold Palmer Invitational et de Dan Bradbury dans le Joburg Open ont un point commun : ils ont été obtenus à la pointe d’un long putter. Un putter autorisé bien sûr, mais dont l’utilisation technique laisse planer des doutes.
Est-ce que leur geste de putting est toujours réalisé dans les règles de l’art ? Le doute existe, et c’est déjà un problème.
Depuis 2016, les règles du golf interdisent en effet d’ancrer le club contre le corps pendant le mouvement.
La règle 10.1b stipule qu’un joueur ne peut pas frapper un coup en tenant le club (ou la main qui le tient) contre une partie de son corps, ni créer un point d’appui en plaquant l’avant-bras contre le torse pour stabiliser le mouvement. Le club doit être balancé librement vers la balle, sans utiliser le corps comme point d’ancrage.
En revanche, le règlement fait une distinction importante : le club, la main ou l’avant-bras peuvent toucher le corps ou les vêtements, à condition qu’ils ne soient pas maintenus contre celui-ci pour créer un appui. Cette nuance est au cœur de la controverse actuelle.
Bhatia nie en bloc toute forme de triche
Akshay Bhatia a d’ailleurs répondu récemment sur les réseaux sociaux à ceux qui l’accusaient de tricher, ou tout au moins de contrevenir à la règle. Sa performance exceptionnelle sur les greens de Bay Hill ne va évidemment pas éteindre l’incendie. Son stroke gained au putting ? +10,6 ! Un chiffre délirant qui ne fait qu’alimenter le soupçon.
L’intéressé ne nie pas que sa main touche parfois son vêtement, mais il réfute créer un point d’appui. Certaines images captées par les internautes interpellent quand même…
He also cheated.
— Lord BLT 🥪 (@MrBradThomas) March 8, 2026
But who cares. He won! https://t.co/pY7fGslvtK pic.twitter.com/KHtoPJ8DWB
En vidéo, ce n’est pas non plus très clair, mais dans les deux sens. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces images n’innocentent pas l’accusé. Elles ne le condamnent pas non plus.
What is the progression that leads one to this putting style?
— Tour Swings Tommy (@TourSwingsTommy) February 13, 2026
I would imagine it goes something like:
1. Conventional
2. Cross-handed
3. Claw
4. Arm-lock
5. I don’t know any more grips
6. This pic.twitter.com/p1jvVl9GMo
Une progression fulgurante au putting
Le problème est d’autant plus épineux avec Bhatia que son passage au long putter a tout changé. Il était 183e du stroke gained putting en 2023 sur le PGA Tour. L’année du changement, en 2024, il est passé 33e puis 35e dans cette ‘stat’. En 2026, il est 12e dans ce domaine après sa performance stratosphérique à Bay Hill. Clairement, son outil polémique a tout changé.
Que se passerait-il si Akshay Bhatia venait à gagner le Masters ? La portée médiatique de la victoire serait tout autre, les accusations des fans pourraient prendre une autre dimension et même les rivaux du joueur américain pourraient l’avoir mauvaise…
Chez Bradbury aussi certains clichés ont alimenté le soupçon d’un ancrage contre le thorax, ce qui constituerait une infraction. Nous l’avions déjà souligné un peu après sa victoire à l’Open de France. Lui aussi se défend de toute forme de point d’ancrage. Tout comme Marcel Siem, Brandon Stone, Will Zalatoris, Byeong-Hun An, Lucas Glover, Scott McCaron… La liste est longue.
L’ombre d’un doute
Le problème n’est pas nouveau : la victoire d’Adam Scott lors du Masters en 2013, avant que la règle ne soit amendée, avait déjà fait beaucoup couler beaucoup d’encre même si sa technique était moins sujette à caution.
Quand à Bernhard Langer, il a bâti son immense carrière avec cette technique controversée. Le champion allemand a peut-être plus encore que les autres une utilisation du long putter près du corps. Mais il n’a jamais été pénalisé. Ce qui a pu faire tousser nombre de ses rivaux.
L’USGA et le R&A au pied du mur
Le problème, selon plusieurs observateurs, tient surtout à la difficulté d’appliquer la règle : à la télévision ou sur photo, il est souvent impossible de déterminer s’il y a contact réel ou simple illusion optique. L’arbitrage repose donc largement sur la bonne foi du joueur et l’interprétation des officiels. Comme l’a dit Julien Xanthopoulos sur Golf+ pendant le dernier tour de l’Arnold Palmer Invitational, il n’y a sûrement « aucune volonté de triche chez tous ces joueurs, mais une forme de doute sur le respect total des règles subsiste. »
Dans le golf, malgré les progrès de la vidéo, l’auto-arbitrage reste essentiel. Si ces joueurs estiment qu’il n’enfreignent pas la règle, il faut donc privilégié l’option honnêteté. Plutôt que d’incriminer les joueurs, une règle encore plus claire, qui ne laisse aucune place au doute, permettrait peut-être d’éteindre la polémique.
Certains prônent l’abolition de ces putters en adoptant une mesure simple à comprendre qui solutionnerait le problème : le plus grand club du sac ne pourrait pas être le putter. Les instances auraient sans doute intérêt à statuer rapidement sur la règle et éviter ainsi que la critique enfle encore…
©Mike Ehrmann / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP














