Placé en garde à vue avant d’être relâché après l’accident qu’il a provoqué vendredi au volant, Tiger Woods s’expose à des poursuites judiciaires potentiellement lourdes. Son avenir dans le golf professionnel apparaît aujourd’hui plus incertain que jamais. Une question se pose désormais : doit-il vraiment poursuivre sa carrière ?
Il y a encore quelques jours, la question qui était sur toutes les lèvres concernait une éventuelle participation de Tiger Woods au Masters mais depuis vendredi et un énième fait divers, les doutent qui planent autour de l’avenir du légendaire champion aux 15 titres du Grand Chelem sont d’un tout autre ordre.
Augusta semble soudain très loin. Le Tigre va certainement devoir faire face à de nouveaux démêlés avec la justice mais plus grave il a nouvelle fois passablement écorné son image.
Rappel des faits : vendredi Woods a été incarcéré pour une présomption de conduite sous influence (DUI) près de son domicile de Jupiter, en Floride.
Un placement sous écrous qu’il aurait pu s’éviter en se soumettant au test de dépistage requis par les autorités venues sur les lieux de l’accident de la circulation provoqué par une imprudence de l’ex-numéro 1 mondial. Tous les détails ici >>
Il n’y a eu aucune victime, mais selon les déclarations du shérif John Budensie, « s’il y avait eu des véhicules qui avaient circulé en sens inverse, cela aurait pu être bien pire », pour Woods comme pour l’autre conducteur du véhicule impliqué malgré lui dans l’accident.
Le champion a été conduit à la prison du comté de Martin, où il a passé plusieurs heures en détention, conformément aux procédures locales applicables dans ce type de situation. Dans la soirée, sa photo d’arrestation a rapidement circulé sur les réseaux sociaux.
Une souffrance physique et mentale
Tout cela est malheureusement familier.
Les accidents de la route impliquant Tiger Woods sont désormais au nombre de quatre. Un passif qui pourrait peser lourdement dans l’évaluation judiciaire de l’affaire.
Au-delà de l’aspect légal, cette nouvelle polémique interroge aussi sur l’état de santé global du champion.
L’homme qui a révolutionné le golf semble depuis plusieurs années en lutte permanente avec son corps.
On se souvient notamment de son grave accident de voiture en 2021, qui lui avait causé de multiples fractures à la jambe droite. L’ancien numéro un mondial a également subi plusieurs opérations du dos, la dernière au mois d’octobre.
Depuis, il compose avec des douleurs chroniques et il est de notoriété publique qu’elles nécessitent l’administration d’anti-douleurs. A quelle fréquence ? Dans quelle quantité ? Difficile à dire, c’est un sujet tabou dans le clan Woods.
Dans ce contexte, certains estiment qu’il convient de se préoccuper davantage du bien-être physique et mental du champion que d’un hypothétique retour à la compétition, à Augusta ou ailleurs.
Certes, Tiger Woods avait réussi en 2019 l’un des plus grands retours de l’histoire du sport en remportant le Masters. Mais un tel scénario paraît aujourd’hui relever de l’utopie.
Le joueur n’a plus été compétitif sur la durée depuis sa terrible sortie de route en février 2021. Son corps semblant de moins en moins capable de supporter les exigences du très haut niveau. Ses rares apparitions se sont soldées par plusieurs abandons.
Doit-il arrêter de jouer pour de bon, y compris chez les seniors ?
La question d’une retraite définitive se pose donc avec insistance, y compris en vue d’une éventuelle carrière sur le circuit senior.
Pour Brandel Chamblee, le célèbre analyste sur Golf Channel, le moment est venu pour Woods de tirer sa révérence.
« Il est clair que Tiger Woods a l’habitude de se pousser à ses limites physiques, et même au-delà. On raconte qu’il n’a pas besoin de beaucoup dormir. Pourtant, quand vous dormez, votre corps se répare. Il a déjà accompli ce qu’il avait à accomplir dans le golf. Rien de ce qu’il pourrait faire sur le Champions Tour, avec tout le respect que je dois au golf senior, que nous aimons tous, n’ajoutera vraiment quelque chose à son héritage. »
Difficile de contester ce constat. L’image du champion renaissant sans cesse de ses cendres appartient certainement désormais au passé. L’urgence semble plutôt être de veiller au bien-être de l’homme aux quinze titres Majeurs.
Il devrait éviter la prison, mais…
Sur le plan judiciaire, l’affaire est loin d’être terminée. Tiger Woods fait face à plusieurs accusations mineures, dont la combinaison pourrait toutefois alourdir la procédure.
Un avocat pénaliste du comté d’Indian River a ainsi expliqué que, même si chaque infraction prise séparément reste relativement mineure, leur cumul augmente la gravité potentielle du dossier.
Les sanctions les plus probables pourraient inclure une amende d’environ 1 000 dollars, une suspension de permis pouvant aller jusqu’à un an, des travaux d’intérêt général et/ou l’obligation de suivre des programmes de sensibilisation à la conduite sous influence.
Une peine de prison paraît peu probable. Mais plusieurs éléments pourraient compliquer la situation :
– le refus de se soumettre au test de dépistage, qui constitue en soi une infraction ;
– son précédent en 2017 pour conduite sous influence liée à des médicaments ;
– le cumul de plusieurs accusations dans la même affaire.
Un joueur silencieux, des avocats prêts à contre attaquer ?
La procédure devrait désormais suivre son cours dans les semaines à venir, avec le dépôt officiel des charges par le procureur puis une première audience. Un accord avec le parquet reste possible et rend l’hypothèse d’un procès peu probable.
Ses avocats pourraient aussi contre attaquer arguant que rien ne prouve qu’il conduisait sous influence. Les “signes d’altération de ses capacités” évoqués par les policiers ne sont pas avérés et pourraient simplement résulter des blessures causées par son accident de 2021.
La garde à vue de 8h est requise lorsque le taux d’alcoolémie est supérieur à la limite autorisée. Hors Woods s’est immédiatement soumis à ce test et ce dernier n’a pas révélé la présence d’alcool. Cette garde à vue constituerait donc un abus de pouvoir et un vice de procédure que laa défense de Woods pourrait exploiter.
Quoi qu’il en soit l’affaire continue de faire grand bruit aux États-Unis mais dans le clan Woods le silence est de mise.
D’habitude très prompt à publier des communiqués sur ses canaux officiels Tiger reste muet. On l’imagine terré chez lui à étudier comment sortir de cette nouvelle affaire sans que cela prenne trop de proportions.
Il peut compter sur le soutien de ses innombrables fans, comme le montre la photo de notre article prise cette semaine à Houston.
Une chose est sûre : derrière la légende du golf se dessine aujourd’hui le portrait d’un homme fragilisé, qui semble avoir autant besoin de soutien que de silence pour se reconstruire.
Photo : Mike Mulholland / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP












