LES GRANDES ENQUÊTES GP

LE GOLF ET LA TRICHE (3e partie) : l’incroyable histoire vécue par Richard Wax à Wentworth

16 mars 2020

Voici la troisième partie et la dernière de notre enquête sur Le Golf et la Triche. Elle raconte une histoire incroyable et rocambolesque qui est arrivée à Richard Wax, un des meilleurs spécialistes du golf d’Europe, britannique vivant à Paris, alors qu’il débutait sa carrière professionnelle.

Richard Wax a pris lui-même la plume pour Golf Planète et nous fait part de cette aventure directement rattachée au golf et à la triche, digne d’une enquête de Scotland Yard ou d’un roman d‘Agatha Christie, même si, par bonheur, aucun mort ne fut à déplorer. Elle montre surtout qu’à partir d’une « simple » triche, au golf, tout peut exploser, le tricheur, surtout lorsqu’il n’est que la façade d’une personnalité plus sombre, peut être prêt à tout pour laver son honneur ou plutôt assouvir son désir de vengeance une fois pris à son propre jeu… En oubliant simplement que « golf is only a game ». Apparemment, pas pour tout le monde !

Qui se cache derrière Stanley Stanley ?

«Monsieur, vous êtes un nouveau membre ? Oui, bon, je tiens seulement à vous prévenir… un conseil, surveillez-le bien». Tel fut le premier souvenir de mon intronisation au Wentworth Golf Club en 1967. Le starter me désignait alors un homme, la soixantaine, joliment vêtu d’un pantalon de golf «à la Tintin». Mon premier partenaire-adversaire sur ce parcours qui m’avait tant fait rêver. Un caddie, environ 11 ans, portait son sac. Je me présentais, il me répondit : «Mon nom est Stanley Stanley».

J’étais à l’époque un jeune homme de 23 ans travaillant dans la Finance. Au cours de ma dernière compétition avec l’Université de Londres, la rencontre s’était déroulée à Wentworth. Un adversaire et néanmoins ami m’avait demandé dans quel club j’aimerais entrer plus tard. Je n’eus pas à réfléchir longtemps lorsqu’il me proposa justement le club de… Wentworth ! Evidemment, j’acceptais, très heureux.

Je m’étais acheté une MG noire avec toit ouvrant, et, chaque fois que je quittais l’autoroute A30 et me dirigeais vers l’allée de rhododendrons menant au golf, j’étais parcouru de frissons et tellement fier…

Du rêve à la réalité, il n’y a qu’un pas, n’est-ce pas ! Il fut franchi à l’occasion de ma première compétition en tant que membre. Je m’étais inscrit au «Winter Knockout» cycle de compétitions organisé durant l’hiver, et en particulier au «Vair Turnbull», qui, pour l’anecdote, existe toujours 50 ans après ! Mon handicap était de 3, celui de Monsieur Stanley, de 8. La partie eut lieu sur l’East course, dessiné par le grand Harry Colt. Temps beau mais frais…

On décida de parier symboliquement une livre et nous voilà partis sur ce premier trou, par 4. Faisant connaissance, Monsieur Stanley me demanda quel projet de carrière j’avais et dans quel domaine. Content qu’il s’intéresse à moi, même si l’enjeu n’était pas là, je lui indiquais le nom de la société qui m’employait, le groupe Hammerson, installé sur Park Lane à Londres. Je ne savais pas alors pourquoi cela pouvait l’intéresser autant, mais bon !

Mon coup d’approche atterrit à gauche du green dans un coin de fougères plutôt dense. Le jeune caddy vint m’apporter son concours, efficace d’ailleurs, trouvant ma balle rapidement. Je vis Monsieur Stanley s’approcher de lui et le réprimander : «Vous croyez que je vous paye pour trouver les balles de mon adversaire ? » Je commençais à comprendre pourquoi le Starter m’avait prévenu au départ, j’étais en même temps un peu triste car cela n’avait pas lieu d’être dans un club aussi distingué que Wentworth.

Quelques trous plus tard, au n°7, un par 3, je puttais pour le par alors que mon opposant, lui, avait à négocier un putt délicat droite-gauche pour égaliser. Pas possible de le lui donner. Il échoua et, à ma grande surprise, releva sa balle et me dit «donné ?» J’eus beau lui dire que je n’étais pas d’accord, il se tourna vers son caddy en lui disant : « C’est bien vrai qu’il me l’a donné ?» Pas de réponse de son côté. Alors, je pris mon courage à deux mains et lui dis : « pas même à Nicklaus je n’aurais donné ce putt, ok ? »

Au trou n °12, j’étais 3 down ; j’avais déjà l’esprit ailleurs, me demandant comment je pourrais bien quitter la partie plutôt que de tenter de gagner une partie… ingagnable.

Attention, c’est là que Monsieur Stanley va faire fort !

Il avait l’honneur sur ce court par 3 de 140 m encerclé d’arbres sans feuilles à cause de l’hiver. A gauche, un hors-limites et de jolies maisons à côté.

Monsieur Stanley pulla sa balle, court de green, celle-ci disparaissant dans un épais tapis de feuilles près d’un arbre avec un balai posé contre le tronc. A nouveau dans la lutte, je réalisais que si j’allais sur le green, c’était gagné ; de fait, ma balle se posa à 5 m du drapeau. Pendant ce temps, mon adversaire fouillait dans son sac. Il joua donc une balle provisoire et fila rapidement vers sa balle, suivi par son caddy tentant de le rattraper. Étonné, je décidais de me joindre à eux. Étonné, je le fus à nouveau quand je vis Monsieur Stanley dépasser de 20 m l’endroit supposé de la balle et chercher dans un endroit beaucoup plus favorable, ce qui lui permettait avec un bon chip d’espérer partager le trou.

C’est le moment de mentionner un extrait de la lettre que j’envoyais peu de temps après l’incident au Secrétaire du club, Fergus Pearce, le 14 Février, en réponse à sa demande d’explications. «L’incident se produisit lors du premier tour du «Vair Turnbull Trophy» le 11 Février au matin. Monsieur Stanley était alors 3 up au douzième trou. Monsieur Stanley, qui avait l’honneur, hooka son drive par-dessus le bunker à gauche du green, vers un bouquet d’arbres. Pour ma part, je jouais un coup «safe» et posai ma balle à 5 m du drapeau. On se mit à chercher la balle, je demandais quelle marque, il hésita. Ce qui eut pour effet pour moi de redoubler d’attention et de scruter son attitude. Monsieur Stanley se dirigea résolument vers un endroit herbeux et dégagé en direction d’un arbre. Il fit légèrement marche arrière et, tout heureux, m’annonça qu’il avait trouvé sa balle. Je sentais que tout n’était pas très clair, j’avais nettement la sensation que le chemin de sa balle était beaucoup plus à gauche mais c’était trop tard, Monsieur Stanley avait déjà pris le club dans le sac du caddy. Je n’en démordais pas, le point de chute ne pouvait pas être sur cette partie du parcours tellement dégagée qu’on aurait vu la balle de loin, ce qui n’avait pas été du tout le cas. Nous nous expliquâmes vertement, Monsieur Stanley ramassa sa balle, demanda au caddy d’en faire de même avec la balle provisoire sur le green et se dirigea vers le départ du trou n°13.

Heureusement, Desmond Smee, le commissaire de parcours rôdait par là et, suite à ma colère, me conseilla de continuer à jouer, ce que je fis pour mon plus grand bonheur, gagnant –pour l’anecdote- finalement 2 et 1. J’insiste sur le fait que, prévenu, j’avais pris soin de bien garder en mémoire le tas de feuilles où la balle était retombée et je m’étais permis de l’en informer. « Si vous en êtes sûr, me dit Monsieur Stanley, cherchez là, pas de problème» Seulement, durant ce court laps de temps, ayant juste le dos tourné, Monsieur Stanley s’était dépêché de placer sa balle. M’accusant de… l’accuser de tricheur, je tentais de lui expliquer que la balle ne pouvait pas reposer à cet endroit, tout à fait dégagé, qu’on l’aurait vu au premier passage. Il prétexta qu’il y avait un tas de feuilles à cet endroit. Bref, une totale mauvaise foi ! Je passe les détails qui firent que l’affaire faillit tourner au vinaigre. «Comment pouvez-vous vous comporter ainsi alors que vous êtes membre depuis deux mois à peine et moi depuis 35 ans, comment osez-vous donc ? »

Toujours est-il qu’on se retrouva au départ du 13, apparemment il me concédait le trou précédent, il était dans un état d’agitation tel que son jeu partit en lambeaux. Au long par 4 du 16, son drive alla directement dans l’épais buisson de bruyères alors que le mien atterrissait sagement sur le fairway. Il tenta d’en sortir à plusieurs reprises, de mon côté, mon coup était sur le green. Monsieur Stanley était hors de lui !

«Si vous ébruitez l’affaire, mes amis s’occuperont sérieusement de vous »

C’est alors qu’il s’approcha de moi en me menaçant : «Si vous dîtes à quiconque ce qui s’est passé au 12, je n’hésiterai pas à faire intervenir mes amis de l’East End. Ils vous retrouveront chez vous et vous arroseront d’acide, ok ? » Voilà quelle fut notre dernière conversation sur le parcours, Monsieur Stanley s’échappant dès après entre le 16 et le 17e trou pour rejoindre le club-house. Choqué, j’eus du mal à réagir. Ses amis de l’East End n’étaient autres que le gang de ce «fameux» quartier situé dans les suburbs de la capitale anglaise.

J’eus cependant envie d’oublier ce qui venait de se passer et décidai de fêter ma victoire en compagnie de mes amis au bar, une pinte à la main. Je retournai ensuite au vestiaire situé près du bureau du Secrétaire quand je vis Monsieur Stanley en grande conversation avec lui. Je devinais les propos qu’il avait dû tenir à Fergus Pearce. J’attendis donc qu’ils eurent terminé leur conversation pour donner mon point de vue sur ce «fameux» trou du 12, expliquant à nouveau qu’il était impossible que 3 personnes n’aient point vu une balle à l’endroit même où Mr Stanley dit l’avoir trouvée, un endroit particulièrement dégagé du fairway… Le Secrétaire, embêté, fit signe à Monsieur Stanley de se rapprocher et s’adressant à nous deux nous conseilla de cesser tout commentaire, que le club de Wentworth, dans sa position, n’avait nul besoin de ce genre de publicité. Dont acte.

Et alors que j’avais décidé «d’oublier» l’incident, je croisais le jeune caddy qui me confirma que, tandis que je tapais mon fer, il avait vu Mr Stanley sortir une balle de la poche de son sac pour la mettre dans la poche de son pantalon. Le lendemain, le caddy vint me trouver à nouveau et me confia que, habitant sur le parcours, il était retourné sur «la scène du crime» et qu’il avait pu après une recherche mettre la main sur la vraie balle jouée par Mr Stanley, loin de l’endroit où Monsieur Stanley avait joué… Bref, l’arnaque était totale et, mieux, je possédais la preuve de mon accusation.

Je décidai donc d’alerter officiellement –ce fut l’objet de la lettre du 14 Février à laquelle je fais référence plus haut– le Comité, seul habilité à statuer et demandai à comparaître pour exposer mes griefs.

Je demandai également au caddy, par ailleurs fils d’un membre du Club, de bien vouloir donner au Secrétaire la preuve du « forfait », ce qu’il fît, l’insérant dans une enveloppe avec en titre «Preuve» et la cachant dans son bureau fermé à clef.

Dès le lendemain, je reçus un courrier «Privé et Confidentiel» à l’en-tête du Club : «Cher Monsieur Wax, eu égard à ce qui s’est passé, nous avons besoin que vous nous fassiez parvenir votre rapport, tout comme nous avons demandé à Mr Stanley de le faire également. Une réunion extraordinaire aura lieu samedi prochain à 17h30. En espérant vous voir… »

«La police ne laisse jamais de message, elle va au domicile et procède à l’arrestation»

Le lundi, alors que je retournais au bureau, la standardiste, Mrs Macdonald, me fit part de l’appel d’un certain Monsieur Jaffer, Inspecteur de Police du commissariat de Balham qui souhaitait parler au Chef du personnel. Celle-ci étant en réunion, ce monsieur demanda (sic la réceptionniste) si un certain Mr Wax était salarié de la société.

Mrs Macdonald suggéra de lui passer Monsieur Wax, mais ce monsieur Jeffer refusa de me parler, demandant simplement que Mr Wax soit présent à son domicile le lendemain à 11 h pour une affaire considérée comme sérieuse, dit-il !

Je préparais ma défense en vue de la réunion du Samedi : «jusqu’au 11 Février, sincèrement, je ne pensais pas que quelqu’un aurait voulu s’en prendre à moi et atteindre mon honneur avec un grossier canular. Je suis particulièrement désolé que cela arrive alors même que je viens tout juste d’intégrer le Club, sachez que je n’en suis aucunement responsable. Concernant la visite de la Police, sachez que, pour en avoir le coeur net, j’ai appelé moi-même le Commissariat local, qu’on me répondit que monsieur Jaffer n’existait pas à cet endroit, peut-être à Scotland Yard, que je tentais de joindre dès après, directement à la Section Criminelle. La réponse fut claire là encore : «Nous ne connaissons pas de Monsieur Jaffer et, de toutes façons, quand la police recherche quelqu’un, elle ne laisse jamais de message au téléphone, elle se rend à son domicile et l’arrête. Vérifiez, monsieur, qu’il ne s’agit pas d’une plaisanterie d’un ami, ça arrive souvent.» Je rétorquai : «je ne vois pas quel ami aurait bien pu se prêter à une telle conduite jusque dans les bureaux de mon employeur.» Après quelques secondes, je poursuivais en disant : «j’attire votre attention, Monsieur, sur le fait que le week end dernier, j’ai eu un différend sérieux au Golf avec un joueur qui m’a menacé de verser de l’acide sur ma personne… » L’officier de police m’interrompit : «Pouvez vous me donner le nom de ce monsieur ?» Je le lui donnai ainsi que mon adresse personnelle. Obligation me fut faîte de vérifier en arrivant et en partant de chez moi le matin qu’un agent de police était bien en poste devant ma porte d’entrée. Surpris, je m’en étonnai : «Dois-je avoir vraiment peur de ce monsieur ?» «Oui, monsieur, je peux vous l’assurer, ce monsieur est à la tête d’un gang dans l’East End et, de plus, il est trafiquant d’armes avec l’Afrique.» Rien que ça, mon Dieu, et dire que tout cela part d’une compétition de golf un week-end d’hiver…

J’eus un peu de mal à m’en remettre, je l’avoue ; j’appris aussi que son frère, Sidney Stanley était connu également des services de police pour des comportements inadéquats pour le moins, comme des tentatives de corruption au plus haut sommet de l’État, son nom avait été cité en premier dans un ouvrage intitulé «Qui sont ces escrocs de malheur ? »

Il avait finalement été chassé du Royaume Uni…

«Ce blanc bec vient d’arriver dans notre Club et se permet d’accuser un vieux membre, c’est une honte»

Le Samedi arriva avec cette fameuse réunion au Club : face à moi, le propriétaire, Lord Parkinson, accompagné de 12 membres au moins du Comité. Je fus le premier à être interrogé. Au vu des pièces que j’avais rassemblées et des propres investigations menées par le Club, un épais dossier était là devant nous…

Première question : «Depuis combien de temps jouez-vous au golf, quel est votre handicap et avez vous déjà eu un tel différend par le passé, monsieur Wax ?». Je répondis aussi précisément que possible, le Chairman me remercia et laissa la parole à un membre du Comité qui interrogea le caddy présent avec son père, un membre du club. Le jeune homme confirma et raconta ce qui l’avait intrigué et pourquoi il voulut retourner sur le parcours dès le lendemain pour tout vérifier. Mr Stanley, lui-même présent, semblait irrité pour le moins, et je suis sincèrement convaincu que s’il avait pu me tuer à ce moment-là, il l’aurait fait.

Prenant la parole, il fit mine de se demander pourquoi on s’acharnait sur lui, en le traitant de tricheur. «Ce jeune blanc bec, à peine arrivé dans notre club, se permet d’accuser un membre senior, c’est une honte, je vous le dis !» clama-t-il à qui voulait l’entendre. Le Président reprit alors la parole : «Mr Stanley, dois-je vous dire que ce n’est pas la première fois que vous êtes accusé, mais c’est la première fois que la version est confirmée par une partie tiers. C’est pourquoi, après délibération, nous avons décidé au vu du dossier, de vous enjoindre à signer après l’avoir lue votre lettre de démission du Club, est-ce clair Monsieur Stanley ? » Monsieur Stanley refusant de se soumettre, le Président insista : «Nous regrettons votre attitude et c’est pourquoi le Comité a préparé une seconde lettre vous excluant du Wentworth Golf Club. »

Furieux, l’accusé menaça de me poursuivre en diffamation pour atteinte à sa réputation et ne pas avoir fourni la preuve que ce n’était pas sa balle. Le lendemain, toujours protégé par une escorte policière, le Secrétaire me rappela pour me dire que Monsieur Stanley allait me poursuivre effectivement. Soit. Quelques jours plus tard, à nouveau coup de téléphone du même Fergus Pearce pour m’annoncer une bonne nouvelle –enfin !- «Nous avons demandé à notre Conseil qui nous a confirmé que le Club pouvait exclure un de ses membres, non pas en arguant du fait de ses écarts de conduite mais tout simplement pour ne pas avoir respecté les Règles du Royal and Ancient. »

Or, Monsieur Stanley s’était par le passé fait remarquer à plusieurs reprises, puisqu’on a relevé 20 témoignages à peu près identiques. En fait, il était de notoriété publique qu’il était «le» tricheur du Club. Coutumier du fait, dans les registres était inscrit un autre incident l’ayant opposé par le passé à d’autres membres avec lesquels de gros paris avaient été faits, et, là déjà, il avait triché de la sorte. Ses adversaires du jour avaient décidé d’en rester là dans la mesure où monsieur Stanley remboursait. Cela étant fait, il n’eut plus qu’à rentrer -seul- au club-house sans se vanter de ce qui venait de se produire.

Faut pas fâcher monsieur Sean Connery !

Une autre anecdote trouva un autre épilogue : celle l’opposant à l’acteur Sean Connery, féru de golf depuis toujours… là encore, les registres racontaient par le menu ce qui s’était passé : le célèbre écossais, pas dupe des entourloupes de Monsieur Stanley, n’y alla pas par quatre chemins : après lui avoir dit droit dans les yeux ce qu’il pensait de son comportement déloyal sur le parcours, il lui asséna un coup de poing -qu’on peut deviner violent- qui envoya son adversaire dans les roses, sur le gazon, lequel se garda bien d’évoquer la chose ; sauf que, Sean Connery, lui, avertit le Club de la situation.

Et c’est ainsi que grâce à cette mémoire, il fut facile au Club de se séparer de cette mauvaise personne.

Quelque temps après, je me trouvais aux Bahamas, loin de ces soucis qui, sans en avoir l’air, m’avaient stressé plus que je ne l’aurais pensé.

Lorsque je retournai en Angleterre, j’eus hâte de connaître le suivi de l’affaire et me précipitai au Club. Là, je fus accueilli presque en héros, des membres que je ne connaissais pas m’invitèrent à boire et me remercièrent chaleureusement pour les avoir débarrassés de cet horrible personnage.

Je pensais l’histoire définitivement terminée. Mais, quelques années plus tard, alors que j’habitais à Paris, au cours d’un dîner avec des amis du Surrey, il fut question d’un certain Monsieur Stanley. La simple évocation de ce nom résonna en moi très fort. Voyant mon visage qui avait changé soudain de couleur, mes amis poursuivirent : «Bien sûr, de Paris, tu n’as pas dû prendre connaissance d’un article récemment paru le concernant. Eh bien, crois-nous ou pas, mais cet énergumène a acheté un vaste manoir dominant le parcours de Sunningdale et a tenté de devenir membre de cet autre prestigieux club mais il a oublié une chose, la proximité, 3 km, entre Sunningdale et Wentworth qui fait que tout se sait et, en particulier, le lourd casier golfique de ce monsieur. Résultat, non seulement Monsieur Stanley n’a pas vu sa candidature prise en considération mais, en plus, l’ami qui l’avait proposé au Comité, se vit contraint de démissionner également comme garant, pour avoir présenté au Comité un candidat peu honorable. Et tu sais quoi ? Ce sale personnage chercha à se venger, cette fois avec son molosse qui l’accompagnait souvent. Il se mit à suivre le Yorkshire du Captain qui avait l’habitude de le promener le long du fairway du 18 de l’Old Course. Mike Hughesdon était un ancien copain, nous jouions souvent ensemble quand il était encore à Wentworth. Et tout à coup, Monsieur Stanley hurla à son chien d’attaquer, une empoignade sauvage s’ensuivit qui se termina par une très sévère blessure de ce pauvre Yorkshire et la grande tristesse de mon ami qui l’adorait.»

Tel fut Monsieur Stanley, un personnage peu recommandable, qui mourut à 90 ans passés : comme quoi la médiocrité – pour ne pas dire plus – conserve aussi !

Richard Wax (traduction Denis Machenaud)

Mots-clés :
Triche
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