Il y a un an, Rory McIlroy entrait au Panthéon du golf en remportant son premier Masters et en signant ainsi le Grand Chelem. Au-delà de la portée historique de l’exploit et de l’attente pour le Nord-Irlandais entre sa dernière victoire en Majeur et celle d’Augusta (3 889 jours), ce dernier tour de l’édition 2025 aura été fou, plein de rebondissements, de coups de génie, de défaillances aussi. Retour sur les cinq moments iconiques de cette journée inoubliable.
Pour mieux comprendre le scénario dingue, inimaginable, de ce long dimanche de fiançailles entre Rory McIlroy et la veste verte (à revivre en totalité ici), il faut d’abord remettre les choses dans leur contexte. Jusqu’alors, le Nord-Irlandais a tout gagné dans le golf, sauf le Masters. Il a connu beaucoup d’échecs depuis sa dernière victoire en Majeur (lors du PGA Championship à Valhalla en 2014), notamment lors de l’U.S. Open 2024.
‘Ror’s’ aborde le dernier tour de cette édition 2025 du Masters avec deux coups d’avance sur Bryson DeChambeau. Son avance disparaît dès le premier tour où il commet un vilain double bogey avec un drive dans le bunker puis un trois putts. Mais il reprend les commandes du tournoi à la faveur de birdies aux trous n°3 et n°4.
C’est à partir du trou n°7 que l’on va assister au premier tournant. Il y en aura bien d’autres.
Un coup de génie risqué mais payant au 7
Déjà en difficulté au trou n°5 après un drive égaré à droite (il s’en est sorti avec le par), Rory tape un bois 3 trop à gauche sur l’étroit par 4 du n°7. Il est dans une position presque impossible. Dans sa situation, un recentrage sur le fairway semble raisonnable pour aller chercher un approche-putt qui lui permettrait de sauver le par. C’est ce que lui conseille son caddie.
Mais McIlroy va faire du McIlroy. Il tente un coup de fer par dessus les arbres, qui exige de mettre la balle au plafond, dans l’axe parfait. « Il y avait une toute petite fenêtre et je le sentais bien. C’était un coup un peu fou », dira-t-il plus tard. Le coup s’envole dans les airs, les caméras perdent la balle, et après une ou deux secondes de mystère, l’atterrissage se fait en douceur à un petit mètre du drapeau. Rory en rigole, c’est un coup de génie, risqué, osé. Et payant à l’arrivée. Pas forcément un choix stratégique digne d’un Jack Nicklaus (qui ne manquera pas de raconter plus tard à quel point il avait souffert devant sa télévision).
Le leader du tournoi va manquer le putt de 3 mètres pour birdie, mais qu’importe, c’est le début de l’irrationnel en ce dimanche ensoleillé à Augusta.
Quite the escape for Rory McIlroy on No. 7. #themasters pic.twitter.com/mrgTPX3uX9
— The Masters (@TheMasters) April 13, 2025
L’inexplicable craquage au 13
Birdie au 9, birdie au 10. Rory a compté jusqu’à quatre coups d’avance à cet instant. Il est parti à la faute au 11, en frôlant le désastre avec un deuxième coup à 20 centimètres de l’obstacle d’eau. Il concède un bogey, presque une bonne affaire, tandis que son partenaire du jour Bryson DeChambeau perd toute chance de victoire après un double bogey. Et le confortable leader a bien négocié le piégeux trou n°12, celui qui a tant condamné des espoirs de champion par le passé.
Au 13, sur ce par 5 où les eagles sont possibles, il frappe son départ volontairement court avec un bois 3 et préfère assurer un fer 8 roulé pour se laisser un coup de 78 mètres pour attaquer un drapeau placé à droite au fond du green. C’est d’ailleurs le premier trou qu’il joue de façon conservative. L’impensable se produit alors : sur un coup de sandwedge enfantin pour lui, il loupe à droite, alors que comme son père, Gerry, le dira plus tard, « il y avait presque toute la Géorgie pour jouer à gauche du drapeau. » D’autant que la pente ramène naturellement la balle vers la droite…
Mais non, Rory a bien tapé un affreux coup directement à droite. « Je ne me suis pas engagé dedans, c’était un coup horrible, j’ai ouvert la porte aux autres », regrettera l’intéressé. La balle termine sa course dans le Rae’s Creek, le petit cours d’eau qui barre l’entrée du green. Double bogey. Il reste en tête, mais il n’a plus qu’un coup d’avance sur Justin Rose, qui comptait sept coups de retard à l’attaque du dernier tour. L’Anglais enfile les birdies comme des perles. Ça se tend…
— Mr Matthew CFB (@F12847739274927) April 13, 2025
Le coup d’une vie au 15
Après un bogey au 14, Rory McIlroy partage la tête du tournoi à égalité à -10 avec Justin Rose et Ludvig Åberg. L’heure est grave. Sur le trou n°15, il frappe un bon drive, puissant, mais un peu à gauche. Le Nord-Irlandais va alors taper « l’un des plus beaux coups de sa vie », selon ses propres mots, un coup qu’il a d’ailleurs tenu à reproduire lors de sa récente venue à Augusta avec son père.
Son fer 7 sublime, en draw, à la trajectoire majestueuse, franchit de peu l’obstacle d’eau. La balle roule ensuite merveilleusement jusqu’à 1,80m du trou. Rory va rater le putt pour eagle mais il repasse en tête. Il manquera ensuite un putt assez court au 16, avant de récidiver au 17 avec un autre coup de fer génial qui lui offre un point d’avance avant le 72e trou. Car Rose est rentré au club-house avec un birdie au 72e trou.
Mais l’histoire avec un grand H retiendra le 2e coup du trou n°15 comme LE COUP de la folle journée de Rory.
La tremblote sur le 72e trou
Le birdie du 17 lui a redonné des couleurs. Rory McIlroy se présente avec un coup d’avance sur le 72e et dernier trou. Le 18 est surtout redoutable au départ. Le fairway est tellement étroit. Mais le drive est parfait. Il ne reste d’un wedge au n°2 mondial. Et un par est suffisant. C’est plié, c’est gagné.
Et bien non. Rory flanche de nouveau. Il bloque à droite ce petit coup de fer, qui échoue dans le bunker. La sorti est belle mais court de 2 mètres. Le putt est trop mou, il passe en dessous. Encore raté. Encore un craquage. Justin Rose et Rory McIlroy partent en play-off. Heureusement, Harry Diamond, le caddie de Rory, va trouver le bon mot pour relancer son joueur : « Nous aurions signé en début de semaine pour pouvoir jouer ce play-off pour la gagne. » Rory le maudit va se ressaisir…
Le putt de la délivrance
Premier trou de play-off. Retour au 18. Cette fois le wedge du favori du public est parfait. La balle s’arrête à moins d’un mètre du trou. Moins sans doute. Justin Rose, lui, manque sa tentative de birdie.
Il ne mesure sans doute pas plus de 70 centimètres, mais ce dernier putt est immense pour Rory. Son coach de putting, Brad Faxon, dira plus tard qu’il a à peine pu regarder l’image en direct. « Je sais qu’il a tellement conscience de l’importance de l’instant, que face à un putt en descente, sur un green aussi rapide, même sur une si petite distance, ses démons peuvent revenir à tout instant. Il sait que le monde du golf a les yeux braqués sur lui. Il m’a avoué plus tard à quel point il était nerveux. Et moi donc… J’en tremble encore quand j’en parle aujourd’hui. »
Rory va réussir ce putt et du même coup entrer au Panthéon du golf. Les scènes de joie collective qui suivront derrière sont inoubliables. Elles aussi.
Tous les coups de McIlroy du dernier tour du Masters 2025
©The Masters

Un coup de génie risqué mais payant au 7
L’inexplicable craquage au 13

La tremblote sur le 72e trou













