Un an après le sacre historique de Rory McIlroy, le Masters célèbre un autre anniversaire d’une édition légendaire : il y a 30 ans, l’Anglais Nick Faldo terrassait son rival Greg Norman qui comptait pourtant six coups d’avance avant le dernier trou. Cet incroyable dénouement laisse encore des traces aujourd’hui…
De notre envoyé spécial à Augusta
Il y a des éditions du Masters qui sont inscrites dans la légende du tournoi pour toujours. La victoire record de Tiger Woods en 1997, celle de sa rédemption en 2019, son cinquième sacre. La sixième victoire et la dernière de Jack Nicklaus en 1986 à 46 ans (il y a 40 ans donc). Il y a eu l’entrée au Panthéon du golf de Rory McIlroy l’an dernier. Et puis il y a l’édition 1996 qui est restée dans toutes les mémoires.
Il y a 30 ans, le Masters a connu un scénario à la dramaturgie unique. Greg Norman, « le requin blanc », domine le golf mondial. Il est le joueur alpha. Mais il n’a pas encore gagné à Augusta, où il a frôlé la victoire en 1986 et plus encore en 1987 quand Larry Mize a rentré sous son nez un chip improbable en play-off.
Norman a connu des fêlures, des échecs en Majeurs, mais il a deux Open britanniques à son palmarès. Et surtout, il a six coups d’avance dans ce Masters 1996 avant le dernier tour. Six coups d’avance sur un autre ténor du golf, Nick Faldo, double vainqueur du tournoi. Six coups, c’est beaucoup, mais on sait aussi que ça peut être peu en golf. Sauf que Greg Norman a un immense palmarès et il semble en pleine maîtrise de son jeu. Il a joué 63 (-9) au premier tour.
L’Australien est immensément favori face à l’Anglais avant ce dimanche historique à Augusta.
Double plouf pour le requin blanc
Après sept trous, l’avance de Norman s’est pourtant déjà réduite à quatre coups. Puis Faldo signe un birdie au 8. Et Norman concède un bogey au 9. L’avance du « White Shark », visiblement nerveux, a fondu comme neige au soleil.
Et puis l’homme au chapeau craque. Complètement. Bogey au 10. Re-bogey au 11 après un trois putts. Et balle dans l’eau 12. C’est un naufrage absolu. Solide, sans faute, Faldo prend les commandes avec deux coups d’avance. Avantage qu’il conserve jusqu’au 16. Là où Norman coule de nouveau. Son coup de fer trouve le milieu du bassin. Désastre.
Nick Faldo triomphe avec cinq coups d’avance. Cinq. Sa dernière carte de 67 (-5) force le respect. Elle contraste terriblement avec l’horrible 78 (+6) signé par Greg Norman, soit quinze coups de plus que sa carte du jeudi. L’Anglais dira quelques mots à l’oreille de son rival vaincu, sur le green du 72e et dernier trou. On saura bien plus tard que ces mots seront juste une anticipation des critiques qui vont évidemment pleuvoir sur l’ex-leader du samedi soir.
Ne laisse pas ces enc… t’affecter
Nick Faldo à l’oreille de Greg Norman après sa victoire
« Ne laisse pas ces en… t’affecter. » Ça se passe de commentaires. Sachant qu’à l’époque de sa gloire en tant que joueur, Sir Nick n’a jamais entretenu de très bons rapports avec les journalistes…
Trente ans après cet incroyable scénario, les relations entre les deux grands champions ne sont pas vraiment au beau fixe. Les deux hommes se sont royalement détestés au temps de leur splendeur, et ça ne s’est pas arrangé depuis. Avec la création du LIV Golf qu’il a longtemps dirigé, Greg Norman s’est ainsi attiré beaucoup d’inimitiés. Il a semblé mener une vendetta personnelle auprès du PGA Tour. Nick Faldo l’a beaucoup critiqué sur ce sujet.
L’Australien a reproché récemment à son vieux rival de ne pas l’avoir contacté pour connaître son point de vue sur le LIV avant de s’exprimer publiquement et déclare n’avoir « aucun respect pour lui », qualifiant certaines des déclarations de l’Anglais de « stupidement intéressantes » (ironie bien sûr).
Quoi qu’il en soit, Nick Faldo, qui va mieux après son opération à cœur ouvert, arbore une belle veste verte dans les allées d’Augusta National. Greg Norman n’est pas là. Il ne sera jamais membre et peut-être qu’il est même un peu persona non grata dans un lieu où les traditions sont si appréciées, loin de « l’esprit » du LIV. Sans doute qu’il y a 30 ans, le Requin blanc a perdu beaucoup plus qu’un tournoi de golf…
Photo : Doug COLLIER / AFP













