Presque inchangé depuis des décennies, le trou n°3 d’Augusta National, s’impose comme un par 4 d’exception qui a poussé Tiger Woods dans ses retranchements, et gêne encore Bryson DeChambeau.
Le trou n°3 d’Augusta National a beau sembler modeste sur la carte, il s’impose comme l’un des plus grands par 4 du golf mondial.
Ce trou de 320 mètres a probablement connu moins de transformations que n’importe quel autre trou du parcours, aucun des architectes qui ont travaillé à Augusta n’ayant encore avancé d’argument convaincant pour le modifier en profondeur.
Sa force tient justement à cette simplicité apparente, héritée de Bobby Jones et d’Alister MacKenzie, et surtout à une exigence stratégique qui ne pardonne rien.
Clifford Roberts, doublement désavoué
Dans une lettre à MacKenzie en 1933, Clifford Roberts, le Chairman et co-fondateur avec Bobby Jones de l’Augusta National Golf Club, avait évoqué la possibilité d’ajouter un bunker profond en travers sur la face du plateau juste devant le green. « D’après ce que je comprends, écrivait Roberts, le piège profond situé à peu près au centre rendrait ce trou définitivement propice au drive et au pitch ; c’est-à-dire qu’un pitch bien réussi serait nécessaire pour atteindre le green et que le bunker rendrait impossible de jouer un coup d’approche roulé. »
Mais MacKenzie fut catégorique pour rejeter cette idée, que Roberts avait finalement reconnu et que Jones ne soutenait pas non plus. « Je suis ravi que Bob (Jones) soit d’accord pour dire qu’avec le seul obstacle (ici présent) est correct. Cela confirme mon impression que Bob en sait plus sur le golf et ses principes solides que n’importe quel homme que j’aie jamais rencontré. Mon avis est qu’un bunker transversal le transformerait en un trou ordinaire et stéréotypé et annulerait toutes les subtilités des ondulations de l’approche auxquelles nous avons consacrées tant de temps et de réflexion. »
Flowering Peach privilégie la stratégie plus que la puissance
Le 3e trou d’Augusta montre encore aujourd’hui à quel point certains tracés récompensent plus la science du placement et du dosage que la seule distance. Pour les joueurs, la question n’est pas seulement de frapper loin, mais de savoir où laisser la balle pour attaquer le green avec le bon angle. Celui-ci est situé sur un plateau naturel en pente, et invisible depuis le fairway.
Selon Paul McGinley, 99 % des joueurs jouaient devant le bunker de green au début des années 2000 mais ce n’est plus du tout le cas. « Seul John Daly à l’époque empoignait systématiquement le driver sur ce trou », se souvient l’Irlandais.
« Le principal problème posé par le deuxième coup est d’évaluer la distance avec précision… Un deuxième coup trop court ou trop long laisse un coup à jouer très différent, ce qui se traduit presque toujours par la perte d’un coup », estimait Bobby Jones.
On se dit qu’on va faire un birdie à chaque fois qu’on est au départ… et on peut très vite se retrouver à lutter pour sauver le par.
Justin Thomas
Justin Thomas l’a résumé sans détour : « Plus je joue ce trou, plus je me dis que c’est peut-être le meilleur par 4 court au monde. Tout est là, sous les yeux, rien de caché, aucun obstacle… On se dit qu’on va faire un birdie à chaque fois qu’on est au départ… et on peut très vite se retrouver à lutter pour sauver le par. Une conception incroyable. »
C’est précisément ce mélange d’évidence visuelle et de dangers cachés qui rend le par 4 le plus court du parcours si remarquable.
C’est l’un des rares trous qui a régulièrement posé des problèmes à Tiger Woods lors de sa victoire record en 1997. Rory McIlroy était surpris de voir Bryson DeChambeau jouer un fer depuis le départ l’an dernier dans le dernier tour, mais le Californien bodybuildé est au-dessus du par en moyenne sur ce trou depuis le début de sa carrière (+7 !).
Ce fut un tournant de l’édition 2025, puisqu’il y a concédé un premier bogey alors que Rory y a inscrit le premier birdie de sa journée. Le Nord-Irlandais a récupéré ici les deux coups perdus sur le trou n’°1.
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