Portrait

Jean-Claude Forestier, l’entrepreneur qui a attrapé la maladie du golf : « La beauté du jeu réside dans le fait qu’il est universel »

7 juillet 2021

Le golf du Vaudreuil est revenu aux premières places du golf français : le parcours dessiné par Fred Hawtree en 1962 a retrouvé ses lettres de noblesse, une Academy ainsi que l’enseignement de Claude Brousseau attirent de plus en plus de monde, le restaurant et l’hôtel sont top… Cette aventure est l’œuvre d’un grand entrepreneur fou de golf, Jean-Claude Forestier, qui a accepté de tout nous dire sur sa passion qui l’a conduit au Vaudreuil il y a une dizaine d’années.

Propos recueillis par Roland Machenaud

Après une belle carrière dans la location de véhicules frigorifiques, vous avez choisi d’investir à titre personnel dans le golf, notamment en reprenant le Golf du Vaudreuil et en accompagnant des joueurs professionnels. Tout le monde sait que ce n’est pas la meilleure façon de gagner de l’argent ou de vivre à l’abri des soucis. Alors pourquoi cette décision ?

A vrai dire comme souvent, c’est un évènement fortuit qui a provoqué cette acquisition du Golf du Vaudreuil il y a maintenant déjà plus de dix ans. Alerté par un ami que la vente prévue du golf ne s’était pas faite, je me suis intéressé au dossier.

J’avoue avoir été séduit par l’histoire de cet endroit et de la famille qui avait fait construire le golf et l’avait exploité depuis 1962. Le courant est passé avec les héritiers du fondateur ; après assentiment de mon épouse et de mes trois enfants, je suis allé au bout de ce projet.

On ne peut pas parler de décision totalement rationnelle mais plutôt de continuité dans la passion que j’entretiens pour ce sport merveilleux qu’est le golf, non seulement pour le jeu lui-même mais par tout ce qui l’entoure.

Rien ne me prédestinait à jouer au golf

Quand je parle de continuité cela implique qu’il y a eu un début et là encore, comme beaucoup d’entre nous, rien ne me prédestinait à jouer au golf, jeu que je trouvais lent et que je pensais à tort peu sportif. Entre 20 et 30 ans, mon activité de prédilection était le squash : dépense maximum en un minimum de temps et compétitions intenses avec l’attrait de la condition physique et de l’adresse.

Ce sont des soucis de blessures répétées aux genoux et au dos qui ont fait que j’ai dû faire une pause de quelques jours et m’en remettre à un ami kinésithérapeute. Il m’a conseillé le golf et m’a prêté un petit livre que j’ai dévoré la nuit même.

Le lendemain, j’appelais le golf le plus proche pour prendre mes premiers cours : ce fut une révélation !

Début accompagné rapidement de stages organisés avec des pros enseignants puis des premières compétitions. Vint le premier pro-am et l’émerveillement de jouer avec un joueur du circuit.

Depuis ma tendre jeunesse, j’avais entretenu un rapport particulier avec les sports où il s’agissait de maîtriser une balle ou un ballon et ses trajectoires. J’ai aussi découvert que devenir professionnel de golf et vivre de sa passion était une joie particulière, unique. Je me suis alors promis de les aider et de les accompagner financièrement, de façon modeste mais fidèle.

Où est l’intérêt dans tout cela, me direz-vous ? Pas financier, c’est évident. Pas à l’abri des soucis non plus. Il réside dans ce qui est le plus important à mes yeux : partager cette passion, la vivre et la faire vivre pleinement. Rien d’autre.

Il vous arrive régulièrement de séjourner aux Etats-Unis. Quelle différence faites-vous entre la pratique du golf outre-Atlantique et en France ?

La beauté de ce jeu réside d’abord dans le fait qu’il est universel : les mêmes règles, le même matériel, les mêmes champions et la même recherche d’excellence.

La disparité se trouve néanmoins au niveau de l’engouement qu’il suscite et de la popularité qu’il connaît d’un pays à l’autre.

Les Américains sont concrets et factuels

Les États-Unis représentent le premier marché du golf suivi par le Japon puis par les îles britanniques. La France est très loin derrière malgré tous les efforts de la Fédération Française de Golf et de la PGA France et les performances des excellents golfeurs français, sur le circuit européen notamment. En Ecosse le golf est un jeu populaire comme le football ou le rugby. L’explication est culturelle, voire idéologique et sans aucun doute éducative.

Le golf, c’est comme la boite automatique : demandez à quelqu’un qui utilise une voiture classique à boite mécanique s’il ne préfèrerait pas disposer d’une boîte automatique. Il trouvera tous les prétextes pour vous démontrer qu’il aime passer les vitesses.

Prêtez-lui une voiture munie d’une boite automatique : il vous dira que c’est idéal et qu’il ne peut plus s’en passer !

Les Américains sont certainement plus concrets et factuels.

Quelles sont les valeurs du golf que vous aimez mettre en avant pour persuader amis et famille à s’y mettre ou à persévérer ?

Le jeu de golf est un mélange subtil de deux disciplines exigeant influx et énergie d’une part et adresse d’autre part. C’est un peu comme si l’on associait le lancer de javelot et les fléchettes.

La grande subtilité de cette association, c’est que le drive de 270 mètres ou le putt de 90 cm ont la même valeur : un point.

Nous tapons 14 drives maximum par partie et nous effectuons environ 30 putts ou plus sur 18 trous. Conclusion : si vous êtes adroit et précis, vous pouvez rivaliser avec des joueurs plus puissants que vous.

Partager plus que persuader

Connaissez-vous d’autres sports qui permettent de progresser à tout âge ? Où chaque terrain est différent et unique ? Où vous pouvez jouer avec des adversaires ou des partenaires de niveau et d’âge différents ? Où vous pouvez partager des moments de détente sur le parcours et en dehors ? Où vous pouvez découvrir la personnalité des joueurs qui vous accompagnent rien que par leur comportement et leur attitude envers les autres et surtout envers eux-mêmes ?

Alors, persuader n’est pas la finalité ; il faut donner envie et partager la culture de ce sport.

En reprenant Le Vaudreuil, quels étaient les objectifs premiers que vous vous étiez fixés économiquement et sportivement ? Objectifs atteints ?

Principalement, il s’agissait avant tout de replacer le Golf du Vaudreuil sur la carte de France des golfs où les très beaux parcours ne manquent pas.

Une grande partie a été accomplie ; il a fallu 10 ans tout de même et nous devons continuer avant tout à se faire plaisir et à faire plaisir aux membres et aux visiteurs.

En ce qui me concerne, j’apprécie de vivre la plus grande partie de mon temps sur le site, de passer au club-house, d’y partager de bons moments avec les amis et la famille, d’échanger avec l’ensemble des équipes, de concevoir et de mettre en place les améliorations.

Sur le plan sportif ce qui est plus le domaine de l’Association Sportive du Golf du Vaudreuil qui fait un excellent travail et pour laquelle j’ai beaucoup d’admiration et de bienveillance, nous avons bien progressé ces dernières années : les équipes se distinguent dans toutes les divisions. La qualité de l’enseignement et la grande motivation de la direction et de l’AS garantissent une grande harmonie entres joueurs.

Sur le plan économique, je suis d’un tempérament d’entrepreneur et j’aime que les activités soient en croissance. Reprendre une affaire de ce secteur en 2008 n’était pas le meilleur contexte pour garantir ce développement et des résultats économiques satisfaisants ; cela évolue dans le bon sens au fil du temps malgré tout.

Vous n’avez pas uniquement consacré vos efforts au beau parcours de Fred Hawtree; vous avez recherché une excellence globale en vous penchant de près aussi bien sur l’enseignement que sur la restauration et l’hôtellerie. En gardant des tarifs abordables pour ce niveau de qualité. Expliquez-nous votre approche ?

Mes premiers efforts ont été de remettre le parcours à niveau. J’ai contacté dès l’été 2008 Martin Hawtree, le fils de Fred, l’architecte à l’origine du golf.

Il a été sensible à ma démarche ; il m’a avoué avoir accompagné son père au Vaudreuil alors qu’il était adolescent. Martin est connu mondialement et a notamment travaillé aux modifications des parcours accueillant The Open. Nous avons identifié plusieurs axes d’amélioration et entamé aussitôt les premiers travaux, notamment en remplaçant le système d’irrigation.

Le Vaudreuil ? Un ensemble unique aux portes de la Normandie

Le deuxième volet était de faire en sorte de distinguer notre golf de ce qui se trouve ailleurs ; nous avons lancé la première académie en France entièrement consacrée au petit jeu, la Golf Court Academy. Nous avons fait venir un pro américain d’origine canadienne, Claude Brousseau, afin de garantir une pédagogie extrêmement positive et bilingue.

Le club-house, grange dîmière du 17ème siècle, est le point central de notre domaine. Il comprend l’ensemble des installations : accueil, vestiaires, pro shop et abrite au premier étage le restaurant et le bar. Nous avons également plusieurs salles de réunion et de séminaire au nom de certains champions Français dont nous sommes proches : espace Thomas Levet, salon Jean Garaialde, salon Bernard Pascassio. Nous avons refait également notre restaurant et l’Hôtel du Golf, situé dans l’aile d’un château Renaissance jamais achevé, a été entièrement rénové. Inauguré dans sa nouvelle configuration sous le nom de Grand Slam Hôtel en octobre dernier, il présente huit chambres chacune dédiée à une légende de golf dont six ont remporté le Grand Slam, c’est à dire les quatre tournois majeurs.

L’approche est de présenter un ensemble unique à la porte de la Normandie et de ses richesses historiques, touristiques et gastronomiques, le tout à moins d’une heure de l’Ouest de Paris.

Notre offre globale s’adresse aussi bien à des passionnés qui pourront mêler stage de petit jeu, green-fee, hébergement et gastronomie qu’à des touristes français ou étrangers se servant de notre site comme « camp de base ». Le tout avec un rapport qualité/prix indéniable.

Vous aimez les contacts humains et la performance sportive : en créant le Vaudreuil Golf Challenge, vous avez permis à de grands champions comme Andrew Johnston alias « Beef », Matthew Fitzpatrick ou Byeong Hun An de dévoiler leurs talents en France. Quel est votre rapport aux jeunes champions ?

En liminaire, je dirais que c’est un honneur et une chance immense d’accueillir une épreuve de l’European Challenge Tour : ce circuit est le réservoir des grands espoirs européens et mondiaux.

Je me sens proche du milieu professionnel parce que je respecte et j’admire cette profession et ses contraintes de déplacements, de budget, de performance et d’excellence dans une discipline ou les résultats sont parfois aléatoires. Un putt qui rentre ou pas peut représenter cinquante places de différence sur le classement annuel.

La déception est souvent à la hauteur des attentes et peu de disciplines y compris dans le monde des entreprises font que l’on remet en question sa performance et ses talents chaque semaine au soir du cut. Les jeunes qui débutent apprécient toute aide et sont très reconnaissants du soutien apporté.

Votre entreprise familiale, Le Petit Forestier, créée en 1907- année de la seule victoire d’un Français à l’Open Britannique (Arnaud Massy) – a connu une expansion spectaculaire. L’entreprise aime se servir de la métaphore de l’arbre pour ses valeurs et affirme que la solidarité ne s’oppose pas à l’ambition.Est-ce applicable au golf ?

Évoquer l’arbre quand on s’appelle Forestier tombe sous le sens, non ?

Bien évidemment, la solidarité a sa place partout ; elle est indispensable souvent à son plus proche entourage dans l’entreprise comme dans le golf.
L’ambition est également le moteur de toute réussite. L’ambition de bien faire et de s’améliorer chaque jour et qui permet cette réussite si tous les éléments (dont la chance) sont réunis.

Mon défi est quotidien : atteindre la sagesse

Pour terminer, quel sera votre prochain défi ?

Le défi reste quotidien mais quel meilleur challenge que celui de devenir meilleur humainement et sportivement au fil des années qui passent ? Seule la pratique du golf et mes quelque cinquante journées annuelles de pro am me confortent dans ce challenge de l’atteinte de la sagesse.

Cet entretien a été publié dans Golf Stars Magazine : Merci à Stéphane Coudoux et à Jean-Claude Forestier de nous avoir permis de le republier dans Golf Planète.

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