Un Big Bang indispensable, une tribune de Kristel Mourgue d’Algue

26 août 2019 par Roland Machenaud

Par Kristel Mourgue d’Algue 

Kristel Mourgue d’Algue est une ancienne joueuse du Circuit Européen qu’elle a rejoint après avoir emporté le titre prestigieux de championne universitaire américaine : elle est aujourd’hui co-éditrice du Guide Rolex des «1000 Meilleurs Golfs du Monde» et copropriétaire du Grand Saint Émilionnais Golf Club. 

Faut-il rappeler ici que la famille Mourgue d’Algue a marqué d’une empreinte formidable le développement du golf en France à travers notamment la création de Golf Européen ou du Trophée Lancôme. Les parents de Kristel, Gaëtan et Cecilia, ont été respectivement 30 fois et 45 fois champions de France !

UN BIG BANG INDISPENSABLE

Par une après-midi ensoleillée du mois de juin, profitant de la présence de l’un des meilleurs architectes du moment, je m’aventure dans une question pour le moins galvaudée : « Tom, que vous reste-t-il à accomplir ? ». « Découvrir enfin cette terre bénie des Dieux, idéal pour la construction d’un parcours de golf» aurait dû être la réponse convenue.
Il ne fallait pas compter sur cet esprit brillant et droit : « J’aimerais avoir l’occasion de démontrer que l’on peut bâtir un parcours moderne de qualité dont le par serait 68 », déclara-t-il.

Voilà une réponse anodine ou bien le fruit d’un cheminement susceptible de révolutionner le monde du golf. Mais revenons à la définition du terme « Par » qui régente ce jeu et tétanise trop souvent nos cellules grises. Le mot décrit le score idéal quelques soient les conditions et rendu officiel en 1911 par l’un des organismes qui gouvernent ce sport, l’USGA.* Au préalable, le « Colonel Bogey » faisait office de référence, issu de l’imagination de Hugh Rotherham, Secrétaire du Golf de Coventry en Angleterre. Ce personnage haut en couleur réussit à réaliser un score « obscur » oscillant entre 76 et 80, qui devait finalement se situer un au-dessus du par ; ainsi le terme « bogey » vit le jour !

A l’échelon mondial, le golf s’essouffle avec de moins en moins de pratiquants. Chronophage, ses terrains de jeu sont devenus pour la plupart, trop onéreux à construire et à entretenir. En 1911, les par 3 n’excédaient pas 210 mètres pour les hommes. Aujourd’hui ils sont censés « plafonner » à 230 mètres. Ainsi les chefs d’œuvre de l’Age d’Or de l’Architecture des années 20 sont souvent mis à mal pour soi-disant satisfaire l’évolution du jeu moderne. La stratégie, au cœur de leur dessin, a été anéantie. La jeune et engageante star montante norvégienne de 21 printemps, Viktor Hovland, résume bien la situation actuelle : «  quand vous tapez un drive de 300 mètres au milieu du fairway, il n’est pas nécessaire de trop réfléchir, vous regardez ce que vous avez à faire et vous fracassez la balle » (Golfweek, 17 Juin 2019). Quel dommage ! Le lobbying effectué par les équipementiers ne laisse pas entrevoir de retour massif vers une architecture subtile et raffinée au regard d’un dessin manifeste et pour le moins ennuyeux !

Ainsi seul un changement drastique de modèle de pensée pourrait constituer une solution pérenne. Cela fait longtemps que l’emblématique par 72 se retrouve pulvérisé (sauf exception) par les professionnels pour lesquels les par 5 sont atteignables en deux avec un fer. Devenus des athlètes à part entière et associés à des technologies en constante amélioration, ils catapultent leurs drives à des distances autrefois inimaginables. Le dimanche soir, le haut du leaderboard affiche généralement des résultats négatifs… et à deux chiffres ! L’accent est mis sur le score et non pas sur la qualité des coups effectués, la capacité si rare des joueurs à manier la balle et à déjouer un parcours.

Bien entendu, une vision différente permettrait aussi de répondre aux enjeux écologiques actuels avec des terrains plus courts et plus durables.

Mais pour concevoir qu’une distance totale et un simple chiffre ne résument pas la qualité d’un tracé,une certaine ouverture d’esprit voire une véritable expertise se révèle nécessaire. La famille Keiser illustre parfaitement ce cas de figure. Le patriarche, Mike Keiser, 74 ans, fut un pionnier lorsqu’il créa au milieu de nulle part dans le petit village de North Bend dans l’état de l’Oregon, une destination golfique unique. 24.000 green fees furent enregistrés à l’ouverture du premier parcours de Bandon Dunes en 1999. Désormais trois autres tracés complètent le resort car pour lui : « un parcours constitue une curiosité, deux une destination » (Golf Digest, 26 juillet 2014). Parmi les projets de cette famille prolifique, le troisième parcours de Sand Valley à Nekoosa dans le Wisconsin. Ainsi la construction de « Sedge Valley », un tracé de 5,500 mètres, par 68, a été légitimement confiée à l’américain Tom Doak et débutera l’année prochaine. Il comprendra cinq par 3 et quelques par 4 réjouissants, atteignables en un… Les Keisers ont toujours su lancer de nouvelles idées ou surfer sur « d’anciennes » sans jamais tomber dans les « gimmicks ».« Le Sandbox », 17 trous de par 3, ouvert en Mai 2018 représente notamment  un complément formidable au parcours construit par Bill Coore et Ben Crenshaw il y a deux ans à Sand Valley. De même, le parcours de par 3 composé de 13 trous, « Bandon Preserve » permet de terminer de manière amusante une journée ponctuée de par et de birdies sur les parcours de Bandon Dunes. Quant au « Punch Bowl », putting green pour le moins animé, quelques cocktails partagés au cours de la partie, aident sans équivoque à enquiller des putts pour le moins tordus ! Bref, du bonheur à l’état pur.

Il ne reste plus qu’à espérer que d’autres Keiser viendront encore bousculer certains standards golfiques pour le plus grand plaisir du jeu.

*United States Golf Association

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