TRIBUNE LIBRE

La balle de golf : ici est le mal, là est la solution, par Ivan Morris

6 septembre 2020

Ivan Morris est une légende vivante du golf irlandais : voilà plus de 50 ans qu’il possède un handicap à 1 chiffre (un record ?) et qu’il partage sa double passion, celle du golf et de son pays, avec les lecteurs de ses livres et de ses chroniques dans différents journaux. Très actif aussi sur Facebook où vous pouvez le rencontrer.

Parmi ses ouvrages : Only Golf Spoken Here (2000), The Life of O’Reilly (2002), The Doonbeg Ghosts (2006), Life as a Way of Golf (2012), Ireland’s Best 9-holes Courses (2015), 125-Years of Golf at Ballybunion (2018), A History of Women’s Golf in Ireland (2018)…

Notre ami irlandais (qui parle un très bon français) dans une nouvelle tribune nous livre ses impressions sur ce qui donne lieu à un débat brûlant : comment rendre les parcours plus sélectifs tout en ne sacrifiant pas au spectacle ? Au contraire de champions comme Ernie Els par exemple qui prône de rétrécir les fairways et de laisser pousser les roughs, comme lors de l’US Open, pour Ivan Morris, c’est la balle qui est la cause du mal et doit être à nouveau modifiée chez les professionnels –  pas chez les joueurs amateurs – .

Revenir à l’ancienne balle et changer de paradigme, c’est compliqué mais pas impossible !

Bien entendu, tous nos amis fidèles de Golf Planète peuvent nous faire parvenir leurs réactions à cette tribune libre.


La balle de golf : ici est le mal, là est la solution, par Ivan Morris


Les historiens du golf se souviennent de Laurie Auchterlonie, non parce qu’il fut le premier joueur à s’imposer à l’US Open, avec 4 tours à 70 de moyenne, mais plutôt parce qu’il fut le premier à utiliser la balle en caoutchouc dénommée Haskell, alors tout juste sortie sur le marché et dont la particularité était d’être plus compressée que les autres, ce qui lui donnait plus de distance que la balle en gutta percha de l’époque. Les fabricants constatèrent rapidement les effets mais ne tirèrent aucune leçon de ce qui allait s’avérer plus tard comme une véritable malédiction …

Jusqu’en 1920, on pouvait jouer avec n’importe quel type de balle, peu importait sa taille et son poids, même si déja la question se posait. Cette année là, les responsables de l’USGA décrétèrent cependant que la balle ne pouvait pas avoir un diamètre inférieur à 1,62 pouce (4,11 cm) et un poids maximum d’1,62 onces. Malgré cette nouvelle réglementation, les fabricants de balle firent continuellement en sorte que la balle poursuive sa marche en avant et aille toujours plus loin.

Ce n’est que 11 années plus tard, en 1931,  que l’USGA imposa un nouveau standard, pour une balle plus grosse et plus légère : au minimum 1.68 pouces de diamètre et 1.55 onces maximum en poids. Hormis les Etats-Unis, le reste du monde, sous la tutelle du Royal et Ancient, ne bougea pas et continua d’appliquer les règles de 1920.


Une balle plus grosse et plus légère aussi : The Balloon Ball


Vous ne connaissez probablement pas Ed Dudley. Pourtant, c’est à cause de lui en grande partie que tout bascula à nouveau. Celui qui allait devenir le Head Pro d’Augusta National dès son ouverture en 1934, aimait cette nouvelle balle, connut deux succès retentissants avec la victoire lors du Los Angeles Open suivie du Western Open, avec la plus basse moyenne de score du circuit. Les dames aussi l’appréciaient, je parle de la balle ! Elle était plus grosse, plus légère aussi.  Elle se posait mieux sur l’herbe, jouer les bois de fairway était un plaisir. Par contre, les gros frappeurs masculins n’y étaient pas favorables. Trop difficile à contrôler, surtout dans le vent. Ils la surnommaient “the Balloon Ball”, pas besoin de faire un dessin pour traduire !

Avant la fin de 1931, nouveau – et dernier – changement: on conserve la taille des 1.68 pouce mais retour aux 1.62 pouce pour ce qui concerne le poids. Ce qui est la norme encore aujourd’hui. Une situation qui ne manque pas de poser problème, non pas tellement à cause de la taille ou du poids de la balle, mais à cause de sa forme alvéolaire.

D’où l’impossibilité de comparer les performances des champions actuels avec celles de l’ancienne génération, les parcours ayant tellement évolué en même temps que le matériel et les balles en particulier.


Profit ou good for the game ?


Ce n’est pas la proposition d’un champion comme Ernie Els qui, à mon avis, fait avancer le débat. Il propose tout simplement de rétrécir les fairways, préparer des roughs jusqu’à hauteur des genoux, dessiner des bunkers plus techniques. Aider le parcours à mieux se défendre n’est pas la solution, ne rendra pas le golf plus attractif à jouer et à regarder. Elle n’aurait pour conséquence que de ralentir le jeu, comme si celui-ci n’était pas déjà assez lent, frustrer un peu plus les joueurs et entraîner une certaine inégalité. Qui a envie à chaque trou de chercher sa balle dans un rough presque impénétrable, franchement! Je pense sincèrement que deux fois dans la saison, à l’US et au British Open, c’est largement suffisant ! Le public et les joueurs ne le comprendraient pas et, de plus, les frappeurs seraient pénalisés, ce qui serait injuste car le drive fait aussi partie du jeu et on se lasserait de voir les joueurs jouer un fer au départ pour éviter un slice ou un hook trop prononcé.

Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : les fabricants et les organisations professionnelles ont d’abord le souci du profit et non du “good for the game”. Les objectifs économiques à court terme l’emportent, sans toujours se demander jusqu’où ne pas aller trop loin, concrètement, à partir de quand un parcours va perdre de son intérêt. N’oublions jamais que sans parcours digne de ce nom, le jeu n’existera plus.

Longtemps, les pros et les amateurs ont joué avec des règles différentes. Quel mal à ça ? La “grosse” balle (1.68) utilisée aux States ne fut généralisée dans le monde qu’en 1990, sauf pour les tournois pros. Les amateurs jouaient la 1.62 s’ils le souhaitaient. Et personne n’y trouvait à redire. Qu’est-ce qui empêche qu’on revienne à la situation d’avant? Les circuits professionnels ne concernent à la vérité que très peu de joueurs sur la planète Golf.


Le parcours n’a plus les moyens de se défendre, alors STOP !


Ajouter ou supprimer quelques alvéoles modifie notablement le vol de la balle. Tout le monde le sait, les fabricants mieux que personne. Pour ma part, je ne vois aucun obstacle d’ordre philosophique à ce que les conditions de jeu entre pros et amateurs soient différentes. Aucune difficulté technique empêche cette évolution, n’est-ce pas messieurs les techniciens ! Le fait d’autoriser les amateurs à jouer la balle de leur choix ne fera pas baisser le chiffre d’affaires des distributeurs. Les pros s’adapteront si leurs intérêts financiers ne sont pas mis en cause, et pourquoi le serait-il ? Les joueurs du week-end continueront de perdre environ six balles par parcours – ce qui peut paraître beaucoup – selon les statistiques d’un spécialiste en la matière, la fameuse marque Titleist – Les parcours n’auront pas besoin d’être encore allongés – à l’infini – pour éviter que quelques pros coupent les doglegs et réduisent en miettes un par 4 de plus de 400 m en jouant un bois suivi d’un pitching wedge, ce qu’on voit de plus en plus souvent.

En conclusion, ne soyons pas naïfs, tout est question d’argent. Mais précisément, l’augmentation sans limite des coûts pour rendre les parcours toujours plus performants et capables de résister aux meilleurs, commence à trouver ses limites.

Ne me faîtes pas dire ce que je ne dis pas : bien sûr, la longueur du drive doit être récompensée mais lorsque la moyenne de drive sur le PGA Tour est supérieure à 280 m, que le parcours n’a plus les moyens de se défendre et devient ridicule, alors, je dis : STOP !

Ivan Morris

Photo DR

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