Lorsque l’on découvre l’Augusta National pour la première fois, on s’attend à reconnaître au premier coup d’œil des trous que l’on a vu cent fois, mille fois à la télévision. Mais cette découverte réserve des surprises. Des belles surprises.
De notre envoyé spécial à Augusta
Premier Masters. Première balade matinale sur le parcours de l’Augusta National. Après plus de trente ans passés à suivre le tournoi à la télévision, on croit connaître chaque trou, chaque recoin du parcours. Comme sa poche. Et pourtant.
S’élancer à pied, tôt le matin, à la découverte du chef-d’œuvre imaginé par Alister MacKenzie et Bobby Jones procure une joie presque enfantine. Et même un choc. Car quantité de détails échappent au regard de la télévision.
Nous en avons retenu cinq. Cinq découvertes saisissantes que vous aurez peut-être la chance d’observer un jour de vos propres yeux, si vous vivez le Masters sur place.
Les dénivelés sont délirants
Au sortir du centre de presse, une petite voiturette vous conduit au départ du 1. Et là c’est le choc. Devant son écran, on devine que le drive est en montée. Mais en réalité, il y a une véritable fosse pour accueillir les balles trop courtes. Puis la montée vers le fairway est vertigineuse. Quand on pense que les meilleurs frappeurs sont capables parfois de survoler le bunker de droite, ça paraît délirant tant il faut faire voler la balle longtemps, très longtemps…
Et l’expérience des ces dénivelés incessants se poursuit. Au 2, la descente est tout schuss sur plus de 350 mètres. Au 3, on remonte la pente. Au 8, un par 5 que les champions atteignent souvent en deux, la remontée du fairway est tel que ça tire déjà dans les jambes (peut-être est-ce le décalage horaire, mais quand même). Au 9 le 2e coup est joué en contrebas d’un green perché tout là-haut.
Le deuxième choc, c’est le 10. Le fameux 10 où il faut jouer un draw pour contourner les arbres et prendre la descente. Mais quelle descente ! C’est Kitzbuhel ! Même le deuxième coup du 11 se joue beaucoup plus en descente qu’on ne peut l’imaginer devant son écran. Quant au 15, on comprend mieux pourquoi même un wedge pour attaquer ce par 5 en régulation est compliqué. Tout est en descente, impossible d’avoir un stance à plat ici. Et il faut survoler l’eau, bien sûr. On terminera avec la montée du 18 qui est bien sûr assez visible devant son poste. Mais il faut le voir réellement pour comprendre à quel point Augusta est une histoire de montagnes russes.

Le trou n°2 est tout en descente. Un bon drive et la balle peut rouler, rouler…
Les pentes des greens et des abords de greens sont… délirantes
Alors oui, on le sait, les greens à Augusta sont rapides, à multiples plateaux, et très pentus. On a déjà vu, à la télévision, certains putts ressortir du green. Ou dévaler très largement vers un autre plateau. Les pentes du 2, du 10, du 13, du 16, on les connaît presque toutes.
Mais quand on arrive aux abords de ses trous avec les yeux grands ouverts, là encore la surprise est de taille. Il y a de telles cassures franches quand dans certaines zones du green, la balle ne peut tout simplement pas s’arrêter. Visuellement, les greens les plus pentus sont peut-être le 16 et le 17. Mais ils ne sont pas forcément les plus dangereux.
Le danger, ce sont les contours du greens. Ils peuvent éjecter la balle loin, très loin de la terre promise. C’est le cas au 7 par exemple. Attraper la gauche du green peut être fatal, car la balle risque de glisser sur une petite trentaine de mètres, en contrebas. Au 1, au 5 et au 11, les pentes autour du green repoussent aussi les balles vers des positions très délicates. Et au 15, une approche trop longue peut facilement dévaler la pente derrière le green vers l’eau. Tous ces détails expliquent aussi pourquoi les joueurs n’attaquent pas certains drapeaux. Une erreur d’un mètre pourrait conduire à un résultat catastrophique.

Sur le trou n°8, on devine pendant la partie de reconnaissance de Rory McIlroy, ce mardi, les contours du green si dangereux.
Des vues incroyables
L’Augusta National est un joyau. Mais à la télévision, si l’on peut voir la beauté des lieux, même si les drones ont beaucoup apporté dans la diffusion télé d’un point de vue esthétisme, on ne peut pas imaginer la variété des points de vues panoramiques que proposent le tracé. L’un des grands privilèges pour les spectateurs à Augusta National, c’est la qualité exceptionnelle des points de vue. Grâce aux nombreux dénivelés, on peut souvent observer plusieurs trous à la fois, avec de véritables perspectives sur deux ou trois trous.
Le relief crée des sortes d’amphithéâtres naturels qui permettent de suivre l’action sans avoir besoin d’écrans géants. Juste des yeux grands ouverts.
Le secteur du 15 et du 16 est remarquable : depuis certaines buttes, les spectateurs peuvent suivre à la fois les coups vers le green du 15, les approches autour de l’étang du 16 et parfois même l’action au loin. Enfin, les abords du green du 18 offrent une vue dégagée sur la montée finale bordée de pins, un décor spectaculaire pour l’arrivée des joueurs.

Un public très vert
Le public d’Augusta est… parfait. Certes, il ne s’agissait que d’une journée d’entraînement, mais l’atmosphère au bord du parcours laisse littéralement pantois. Rien à voir avec la frénésie d’une Ryder Cup ou l’intensité d’un U.S. Open.
Ici, les spectateurs que l’on appelle les patrons brillent par leur calme et leur respect quasi cérémoniel du jeu… et de l’environnement. On a suivi sur quelques trous ce mardi matin un certain Rory McIlroy, le tenant du titre. Qui a d’ailleurs failli réussir un eagle au 13, un trou qui lui avait coûté cher le dimanche, il y a un an. Le Nord-Irlandais a posé son deuxième coup à 3 mètres du trou sur ce par 5, sous les murmures admiratifs de plusieurs milliers de spectateurs. Il manque le putt. Silence total. Pas un rire, pas un commentaire. Juste le désir de bien aller se poster pour admirer son départ du 14.
Les ‘marshalls’ sont incroyablement souriants, accueillants, le public bienveillant. Aucune bousculade, aucun énervement, même dans la queue pour la boutique à la chasse aux fameux gnomes si prisés… Les gens affichent leur bonheur d’être là. Et le dress code renforce cette élégance : majoritairement vert et jaune, les couleurs emblématiques du club, portées avec un naturel impeccable. Les produits de la boutique font fureur, mais il y a aussi un vrai désir des gens de se fondre dans le paysage.

L’entretien et le parcours au plus que parfait
On vous l’accorde, la qualité des fairways fait déjà envie devant l’écran de télé. Mais dans la réalité… C’est encore plus vrai. L’herbe est dense, parfaitement uniforme et incroyablement douce au toucher sous les pieds, presque comme un tapis. La précision des coupes d’herbe est saisissante. Les greens ont une couleur uniforme. Les bunkers sont immaculés, ratissés dans le même sens (avec aussi une hauteur souvent important qui surprend). On a presque envie de se rouler dedans (mais on ne le fera pas bien sûr !).
Chaque arbre, chaque massif de fleurs semble parfaitement placé. Les azalées et les pins créent des tableaux dignes d’une peinture, et tout est méticuleusement entretenu. Les ponts, les marches en pierre, les petits ponts en bois ou les chemins pavés ajoutent une note à la dimension esthétique. C’est tout simplement sublime.
Tout semble précis à Augusta. Chaque pas, chaque regard reste un souvenir indélébile. Pour une première fois.
©The Masters

Les dénivelés sont délirants
Les pentes des greens et des abords de greens sont… délirantes
Des vues incroyables

















