Contraint de déclarer forfait à la veille du Myrtle Beach Classic pour une blessure au dos, Adrien Saddier redouble d’efforts pour être au départ du PGA Championship ce jeudi à Newton Square (Pennsylvanie). Son premier Majeur sur le sol américain, avant l’U.S. Open dans un mois à Shinnecock Hills. Interview vérité avec le seul Français du champ.
Propos recueillis par Lionel VELLA
C’est ce samedi 9 mai que nous avons pu discuter par téléphone un bon quart d’heure avec Adrien Saddier, qui se trouvait encore à Myrtle Beach (Caroline du Sud), en plein soins avec les physios du PGA Tour afin d’être fin prêt pour le 108e PGA Championship (14-17 mai). Le Haut-Savoyard est revenu évidemment sur ce spasme soudain au dos qui a quelque peu contrarié sa préparation mais il a aussi évoqué son calendrier à venir, sa vie aux Etats-Unis, ses retours programmés sur le DP World Tour et un peu aussi du LIV Golf…
GOLF PLANETE : Avant toute chose, comment va votre dos ?
Adrien SADDIER : Ce n’est pas encore le top mais ça s’améliore. Je pense que lundi (aujourd’hui), je pourrai retaper la balle. Là, je bouge un peu mieux. J’ai passé pas mal de temps chez le physio ici à Myrtle Beach.
G.P. : Comment tout cela est-il arrivé au juste ?
A.S. : Sur un coup de driver, j’ai eu un spasme énorme. Cela m’a mis KO direct. C’était mercredi, la veille du premier tour du Myrtle Beach Classic.
G.P. : Qu’avez-vous fait depuis cet incident qui vous a contraint à déclarer forfait ?
A.S. : Beaucoup de repos avec deux-trois séances de physio par jour auprès des équipes du PGA Tour ici afin d’améliorer les choses, et faire disparaître la raideur.
G.P. : Aviez-vous déjà connu précédemment des épisodes de ce genre ?
A.S. : Oh oui ! Le dos, c’est mon petit péché mignon (il sourit). Comme beaucoup de golfeurs…
G.P. : Il était impossible pour vous de manquer le PGA Championship, d’où cette décision de vous retirer du Myrtle Beach Classic…
A.S. : Oui, d’autant plus que je ne pouvais pas du tout jouer. Même en essayant, car quand je me fais mal, j’essaie malgré tout de voir si je peux jouer. Là, ce n’était pas possible. J’étais incapable de quoi que ce soit. Honnêtement, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire que de déclarer forfait.
Pour être honnête, là, je ne peux toujours pas taper de coup. Mais ce lundi, ça ira mieux !
Adrien Saddier
G.P. : Avant de revenir aux Etats-Unis pour ce faux-départ, qu’avez-vous fait durant vos quatre semaines de break en France à l’issue du Valero Texas Open ?
A.S. : La première semaine, j’ai un peu posé les clubs. Surtout que c’était les vacances de Nathan (Ndlr, son petit garçon). On a passé pas mal de temps ensemble. Après, je suis monté à Tignes pour un stage physique (Ndlr, avec son préparateur physique, David Baudrier). Je suis aussi descendu voir Benoit (Ndlr, Ducoulombier, son coach à St Donat (83)). J’ai également vu Mathieu Santerre (Ndlr, son autre coach technique). Le plus embêtant dans cette histoire, c’est que tout allait bien quand je suis arrivé aux Etats-Unis. Lundi et mardi, je me sentais super bien. Et tout ça est venu un peu de nulle part. Voilà. Je m’étais préparé à fond !
G.P. : A l’heure où nous parlons, êtes-vous opérationnel pour prendre le départ de ce 108e PGA Championship de l’histoire ?
A.S. : Oui, oui… Je pense. Pour être honnête, là, je ne peux toujours pas taper de coup. Mais ce lundi, ça ira mieux !
G.P. : Comment jugez-vous ce début de saison sur le PGA Tour ?
A.S. : Si on parle en termes de résultats, c’est un peu décevant. Mais après, je trouve que j’apprends beaucoup à être sur ce circuit. En évoluant avec les meilleurs joueurs, ça me donne une idée de ce qu’il faut faire pour mieux jouer. C’est un super apprentissage d’être là. Voir ces joueurs évoluer en vrai, voir les coups qu’ils tapent sur des parcours que vous jouez également, cela vous fait vous rendre compte du niveau qui vous sépare d’eux. Cela me procure beaucoup d’envie de m’améliorer et de réduire cet écart.
G.P. : Vous avez récemment changé de caddie. Pour quelle raison vous êtes-vous séparé de Nick Cavendish, qui avait remplacé Andrea Ginola juste après le Phoenix Open, début février ?
A.S. : Il n’y avait pas trop de relationnel entre lui et moi. Il y avait beaucoup de discussions sur les coups mais il ne se passait pas grand-chose ensuite entre nous. Entre guillemets, je m’ennuyais un peu avec lui.
G.P. : Avec qui faites-vous désormais équipe ?
A.S. : Je suis avec Charlie George. Un Anglais. Cette saison, il était avec James Morrison (Ndlr, qui a embauché Andrea Ginola pour l’Estrella Damm Catalunya Championship, sur le DP World Tour). Il a également l’expérience du PGA Tour avec Callum Tarren.
C’est bien parti pour. Il faut encourager Kristoffer Reitan (rires). Vu qu’il est bien parti pour rester dans le top 60 mondial qualificatif, la clôture intervient juste après l’USPGA.
Adrien Saddier au sujet de sa très probable présence à l’U.S. Open
G.P. : Que savez-vous du parcours de l’Aronimink Golf Club, hôte de ce PGA Championship 2026 ?
A.S. : Pas grand-chose (rires) ! C’est pour cela que je pars dès ce soir (samedi) vers Philadelphie. Il doit y avoir une heure et quart de vol entre Myrtle Beach et là-bas… Dès demain (dimanche), je pourrai donc aller marcher sur le parcours, et putter un peu. Je me ferai alors une première idée.
G.P. : Ce sera votre premier USPGA mais pas votre premier Majeur puisque vous étiez en juillet dernier à The Open, au Royal Portrush. Et vous serez encore au Royal Birkdale cet été. En quoi ces tournois sont-ils si différents des autres ?
A.S. : Rien que le terme de Majeur, cela les met tout de suite sur un piédestal. Là, on réunit vraiment les meilleurs joueurs. Ici, on a le top 100 mondial. Le champ est hyper relevé. Le parcours va être super bien préparé. C’est la crème de la crème. On est un peu comme au tennis où ils essaient d’être tous préparés pour Roland-Garros. C’est un peu pareil chez nous. Quand on voit Rory (McIlroy) qui explique ses allers-retours au Masters, quand on voit que Scottie Scheffler n’a pas joué cette semaine pour s’entraîner avant ce 2e Majeur de la saison… On sent qu’ils n’ont plus que ça dans la tête.
G.P. : En parlant toujours de Majeur, on devrait selon toute vraisemblance vous voir aussi à l’U.S. Open au mois de juin du côté de Shinnecock Hills (New York)…
A.S. : Exact. C’est bien parti pour. Il faut encourager Kristoffer Reitan (rires). Vu qu’il est bien parti pour rester dans le top 60 mondial qualificatif, la clôture intervient juste après l’USPGA. Je le vois mal perdre une douzaine de places en deux semaines (Ndlr, Adrien Saddier, 9e de la Race to Dubaï 2025 récupérerait alors la 2e place qualificative avec Laurie Canter).
G.P. : Cela ferait par conséquent trois Majeurs sur quatre disputés en 2026. Avez-vous l’impression de changer de dimension cette année ?
A.S. : C’est surtout mon calendrier qui change de dimension. Après, on ne va pas prendre la grosse tête avec ça. Il faut surtout en profiter, d’autant que la semaine du PGA Championship, Nathan et Marie (Ndlr, son épouse) viennent me rejoindre. Vendredi (15 mai) c’est mon anniversaire. On va surtout profiter de ces moments-là et éviter de se mettre la pression. On connait un peu mon début de carrière en yoyo. J’ai donc envie de profiter d’abord de ces instants.
Honnêtement, je ne me vois pas vivre ici. Après, on verra comment les choses évoluent. Je n’ai pas l’impression que ce soit une nécessité.
Adrien Saddier au sujet de sa vie aux Etats-Unis
G.P. : Pour quelle raison n’avez-vous pas fait équipe avec votre ami Matthieu Pavon au dernier Zurich Classic remporté par les frères Fitzpatrick ?
A.S. : C’était surtout par rapport à mon calendrier. Avec l’USPGA, l’U.S. Open, j’avais prévu de faire sept tournois en huit semaines. Ce ne sera finalement que six… C’était donc juste une question de calendrier, et de prendre un peu de temps pour me préparer. Finalement, tout est foutu en l’air en un clin d’œil à cause d’un spasme au dos. Mais l’idée était de me préparer pour une grosse partie du calendrier qui arrivait. J’aurais bien aimé avoir ce tournoi dans les pattes et voir ce qu’il en était de mon niveau de jeu. Il faut faire avec (il souffle). Les blessures, ça arrive. Là, après trois jours de physio, je me sens beaucoup mieux. Les choses vont se remettre dans l’ordre. Il n’y a pas à être inquiet. Jeudi, je serai capable d’être sur le tee de départ.
G.P. : L’objectif principal en 2026, cela reste le top 100 de la FedEx Cup ?
A.S. : Oui, forcément !
G.P. : Si c’est le cas, prendrez-vous la décision de vous installer avec femme et enfant aux Etats-Unis ou continuerez-vous à effectuer des allers-retours entre le PGA Tour et la France ?
A.S. : (Il rit) Tout le monde me pose cette question ! Honnêtement, je ne me vois pas vivre ici. Après, on verra. On verra comment les choses évoluent. Je n’ai pas l’impression que ce soit une nécessité.
G.P. : Comment ça se passe pour vous, pour votre vie aux Etats-Unis une fois que vous avez quitté le parcours et le club-house ?
A.S. : Un peu comme sur le Tour européen, je chille, je me relaxe, je me détends… On dîne beaucoup ensemble avec Matthieu (Pavon) et sa famille quand ils sont là. On a dîné ensemble deux fois cette semaine… C’est une vie assez similaire à celle que j’avais sur le DP World Tour finalement. C’est sûr qu’il y a moins de Français mais être un peu seul, dans mon coin, ce n’est pas quelque chose qui me pèse. Je m’entraîne toute l’année tout seul à Esery (74), donc il n’y a pas de problème. Pour le moment, rien ne me dérange. J’apprécie la vie ici comme ça. C’est un kiff d’être là. On joue des parcours bien meilleurs que sur le DP World Tour. Chaque semaine, c’est un test de golf. Mathieu Santerre m’a soufflé qu’Antoine Rozner, depuis son retour sur le DP World Tour, trouvait ça bien plus facile maintenant. Matthieu (Pavon) m’en a déjà parlé aussi. Etre dans le dur ici, je kiffe. A moi de trouver les solutions.
J’ai reçu une offre cet hiver, au mois de décembre. J’ai refusé tout de suite !
Addien Saddier à propos du LIV Golf
G.P. : On vous revoit quand sur le DP World Tour, justement ?
A.S. : En Italie, pour défendre mon titre (du 25 au 28 juin, à Turin). Après, ce sera très certainement Crans (Omega European Masters, du 3 au 6 septembre), Wentworth (BMW PGA Championship, 17-20 septembre) et l’Open de France (24-27 septembre).
G.P. : Envisagez-vous aussi, si ça ne se passe pas bien pour vous, de disputer les fall series du PGA Tour qui s’étalent dans le calendrier du 17 septembre au 22 novembre prochain ?
A.S. : Oui, sûrement. On verra tout ça au fur et à mesure… Comment tout cela avance. Mais s’il faut passer par là, on passera par là.
G.P. : Avez-vous gardé dans un coin de votre tête les play-offs du DP World Tour dans les Emirats au mois de novembre ?
A.S. : J’aimerais bien y être mais le problème, c’est que je n’ai fait qu’un tournoi (Ndlr, 18e a Nedbank Golf Challenge le 7 décembre 2025). Là, avec trois Majeurs dans le viseur et le Scottish Open, ça fait des gros points à prendre. On verra comment l’avenir sera fait mais si je suis qualifié, je pense que j’irai. Il n’y a pas de raison.
G.P. : Un mot en guise de conclusion au sujet du LIV Golf. Selon vous, ce circuit va-t-il disparaître ?
A.S. : C’est très compliqué à dire. On entend tout et son contraire, surtout via les réseaux sociaux. Seuls les joueurs du LIV peuvent peut-être répondre à cette question. Ils doivent avoir plus d’informations que nous. C’est vrai que le départ acté des Saoudiens est un indice important mais ils doivent quand même avoir deux-trois sponsors sous la main… Mais bon, on va bien voir.
G.P. : Avez-vous été personnellement approché par le LIV ?
A.S. : Oui, j’ai reçu une offre cet hiver, au mois de décembre. J’ai refusé tout de suite !
Photo : Luke Walker / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP












