Quatre ans après son lancement spectaculaire, le LIV Golf aborde sans doute le moment le plus décisif de son existence. Longtemps porté par les moyens financiers quasi illimités du Fonds d’investissement public saoudien (PIF), le circuit alternatif se retrouve aujourd’hui confronté à une question décisive : comment assurer sa pérennité lorsque son principal soutien envisage de se retirer ?
Depuis plusieurs semaines, les signaux envoyés par l’organisation alimentent les interrogations. Si aucune menace immédiate ne pèse officiellement sur la tenue des prochains tournois, l’environnement économique du circuit a clairement changé. Les dirigeants travaillent désormais sur un scénario dans lequel le LIV Golf devra convaincre de nouveaux partenaires financiers pour poursuivre son développement.
La fin d’une époque ?
Depuis 2022, le PIF a injecté plusieurs milliards de dollars afin de bâtir un circuit capable de rivaliser avec le PGA Tour. Cette stratégie a permis d’attirer certains des meilleurs joueurs de la planète grâce à des contrats records et à des dotations inédites dans l’histoire du golf professionnel.
Mais la décision annoncée au printemps par le fonds souverain saoudien de limiter son soutien financier à la saison 2026 a marqué un tournant. Pour la première fois, le LIV doit envisager un avenir moins dépendant de son actionnaire historique.
Cette nouvelle réalité se traduit déjà par une gestion plus prudente des dépenses. Plusieurs observateurs évoquent un contrôle accru des coûts opérationnels et une volonté de rationaliser certaines activités jusque-là financées sans véritable contrainte budgétaire.
Une nouvelle stratégie à construire
Conscient de ce changement de paradigme, le directeur général Scott O’Neil a engagé une vaste opération de séduction auprès d’investisseurs potentiels. L’objectif est désormais de démontrer que le circuit peut devenir une entreprise rentable et non plus seulement un projet soutenu par des capitaux souverains. Mais on peut en douter. A la question posée par la NBC, « les quatre derniers tournois prévus au calendrier auront-ils lieu », O’Neil a répondu par une pirouette : « Ce que je peux vous garantir, c’est un sacré rendement si vous venez investir dans cette entreprise. »
Mais il y a donc, semble-t-il, un plan de survie. Là où les premières années reposaient essentiellement sur l’attractivité des stars recrutées, les dirigeants mettent aujourd’hui davantage en avant le concept d’équipes et la création de franchises susceptibles de prendre de la valeur à long terme.
Des dotations en baisse
Le projet a été baptisé officieusement « LIV Golf 2.0 ». Les réflexions en cours portent notamment sur un calendrier plus resserré (une sorte de retour en arrière), des coûts mieux maîtrisés (par la force des choses) un modèle économique davantage centré sur la valorisation des équipes (un concept qui n’a jamais vraiment fait ses preuves).
Surtout, cette mutation pourrait également passer par une réduction significative des prize-money. Les revenus actuels, parmi les plus élevées du sport mondial, apparaissent impossibles à maintenir dans un contexte où la recherche de rentabilité devient prioritaire.
L’idée ne serait pas de s’aligner sur les niveaux du DP World Tour mais plutôt de trouver un équilibre permettant au circuit de conserver son attractivité tout en réduisant ses besoins de financement.
Les stars au centre de l’équation
L’avenir du circuit dépend également de sa capacité à conserver ses principales figures. Les situations de Bryson DeChambeau et Jon Rahm sont suivies avec une attention particulière.
L’Américain arrive bientôt à la fin de son engagement et n’a jamais caché son intérêt pour d’autres projets, notamment dans le domaine des médias et de la création de contenus. Quant à Rahm, son poids sportif et médiatique fait de lui l’un des atouts les plus précieux du circuit. Mais a-t-il envie de rester sur un circuit moins lucratif et forcément moins concurrentiel sur le plan individuel ?
Pour le LIV Golf, conserver ces têtes d’affiche apparaît essentiel afin de rassurer les investisseurs et maintenir sa crédibilité sur la scène internationale.
Jon Rahm a récemment indiqué qu’il ne participerait pas aux démarches de recherche d’investisseurs menées par Bryson DeChambeau et le directeur général Scott O’Neil. Il a expliqué ne pas avoir de compétences particulières en affaires et préférer se concentrer sur son métier de golfeur. Il a également souligné que sa vie familiale lui laissait peu de temps pour ce type d’activités.
Toutefois la porte de sortie ne sera pas facile à trouver pour le Basque : « Je suis à peu près certain qu’ils (Le LIV) ont fait du bon travail en rédigeant ce contrat, donc je ne vois pas beaucoup de moyens d’en sortir », a-t-il avoué le mois dernier.
Un été décisif
Derrière les grands rendez-vous de l’été que sont l‘US Open et l‘Open Britannique, alors que le circuit est en pause pour plusieurs semaines, les discussions se poursuivront en coulisses pour définir les contours du futur LIV.
Une chose semble certaine : LIV Golf est entré dans une phase décisive de son histoire. Après avoir bouleversé l’ordre établi grâce à la puissance financière saoudienne, le circuit doit désormais démontrer qu’il peut exister sur des bases économiques plus solides. Les prochains mois diront si cette transition est possible ou si le projet devra être profondément repensé. Ou tout simplement stoppé…
ANGEL MARTINEZ / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP














