Le Lorrain domicilié à Dubaï a décidé de mettre un terme à sa carrière professionnelle après, comme il le souligne dans l’interview qu’il nous a accordée, des hauts et des bas. A 33 ans, Joël Stalter prend un nouvel envol, mais demeure plus que jamais dans le monde du golf en rejoignant Hambric Sports, une agence de management de joueurs. Confessions.
Propos recueillis par Lionel VELLA
GOLF PLANÈTE : Après douze années en tant que golfeur professionnel, vous raccrochez. À 33 ans…
Joël STALTER : Oui, c’est fini ! Je joue cette semaine l’Omnium de la Riviera à Valescure (83), je ferai encore quelques événements, mais cela restera avant tout du plaisir. Le Tour, c’est fini.
G.P. : Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre une telle décision ?
J.S. : Ce n’est pas une décision prise sur un coup de tête, c’est une transition réfléchie et, d’une certaine manière, un cheminement naturel. Douze ans sur le Tour, c’est une vie d’exigence absolue, de valises et de pression constante. J’ai eu la chance de gagner, de disputer des Majeurs et de parcourir le monde, mais j’ai senti que mon cycle en tant que joueur arrivait à sa conclusion logique.
Entre mon cursus à Berkeley, le DP World Tour et l’Asian Tour, j’ai eu le privilège de voir l’envers du décor sous tous ses angles. J’ai réalisé que ma plus grande valeur ajoutée aujourd’hui n’est plus forcément dans mon propre score à la fin de la journée, mais dans la transmission. J’ai envie d’utiliser cette « intelligence de terrain » pour accompagner les jeunes talents, et les aider avec bienveillance à naviguer dans ce milieu. Je ne quitte pas le Tour par dépit, mais vraiment par envie. C’est un nouveau challenge qui me passionne tout autant que mes débuts chez les pros.
Il y a aussi ces petites victoires, en dehors du parcours, qui ont forgé la personne que je suis aujourd’hui.
Joël Stalter
G.P. : Que retiendrez-vous de ces douze années passées au plus haut niveau ?
J.S. : Beaucoup de choses. Cela a été toute une vie. Avant le passage chez les pros, en 2014, il y a eu l’université, à Berkeley en Californie, le junior golf avec les équipes de France… Cela fait très longtemps que je joue au golf à haut niveau.
Douze ans chez les pros, ce sont forcément des hauts et des bas, parfois très marqués. C’est difficile de résumer tout cela en quelques mots. Si je devais le faire, je parlerais d’abord des rencontres, dont certaines ont changé ma vie. Je pense notamment à Kenny Le Sager et Jean-François Renault, qui ont été de vrais piliers dans ma carrière. Et puis aussi à mes deux amis, Julien Luthringer et Louis Barjon, qui m’ont caddeyé et épaulé aux quatre coins du monde. Et beaucoup d’autres encore, qui ont souvent œuvré dans l’ombre, mais que je n’oublierai jamais.
Il y a eu la première victoire sur le Challenge Tour en Suède, avec un putt rentré en play-off, et puis évidemment cette victoire à l’Euram Bank Open, le 18 juillet 2020. Mais il y a aussi ces petites victoires, en dehors du parcours, qui ont forgé la personne que je suis aujourd’hui. Comme tout athlète, je pense avoir vécu plus de bas que de hauts dans ma carrière. Mais je retiens le chemin parcouru. J’aurais évidemment voulu faire mieux, mais la vie est imparfaite, et j’ai appris que c’est notre capacité à accepter les choses telles qu’elles sont qui nous permet d’avancer avec force et sérénité. Je n’ai vraiment aucun regret. Bien au contraire, j’ai eu la chance d’avoir autour de moi des gens qui ont cru en moi et qui m’ont permis de vivre mon rêve pendant plus de douze ans. Et ça, c’est vraiment quelque chose de formidable.
G.P. : Vous avez évoqué évidemment cette victoire en Autriche. Peut-on aussi parler de cette expérience à l’U.S. Open 2017 à Erin Hills ?
J.S. : Oui, bien sûr. Mon premier enseignant à Amnéville, Charles-Édouard Stiefvater, est venu me voir là-bas avec Julien Steinmetz, mon préparateur physique à l’époque. On s’est retrouvés le lundi après-midi au milieu du putting green et, autour de nous, il y avait Jordan Spieth, numéro un mondial à ce moment-là, Hideki Matsuyama, Adam Scott, Dustin Johnson… En souriant, je leur ai dit : « On en a fait du chemin depuis Amnéville ! » C’était un moment magique que je n’oublierai jamais. Pour moi, l’U.S. Open, c’est l’arène ultime du golf. Il y règne une ambiance exceptionnelle. Cela reste clairement l’un de mes plus beaux souvenirs.
G.P. : Et puis il y a eu cette dernière année en 2025 sur l’Asian Tour… Ressentiez-vous déjà cette envie de passer à autre chose ?
J.S. : Ce fut une superbe expérience. J’ai découvert d’autres endroits, d’autres parcours, une autre culture à la fois humaine et golfique. Et il ne faut pas croire le contraire : sur l’Asian Tour, le niveau est très relevé. L’arrivée du LIV Golf comme partenaire l’a vraiment propulsé. Il y a de très beaux champs de joueurs. Cela m’a même permis d’être à nouveau en compétition avec des joueurs comme Bryson DeChambeau, Patrick Reed ou Dustin Johnson.
Vers la fin, je jouais encore plutôt bien, mais cela devenait de plus en plus dur moralement. Au fur et à mesure, j’en suis arrivé à me demander si je devais continuer. Douze ans, cela laisse des traces. L’envie était toujours là, mais l’envie de faire autre chose était devenue plus forte.
L’enjeu, pour moi, est d’aider un joueur à construire une trajectoire cohérente, avec les bons partenariats et le bon entourage, au service de la performance dans la durée.
Joël Stalter
G.P. : Justement, qu’allez-vous faire désormais ?
J.S. : J’ai rejoint Hambric Sports, une agence de management de joueurs qui existe depuis près de cinquante ans. Rocky Hambric, son fondateur, est une vraie légende dans le milieu, mais c’est aussi quelqu’un que j’ai toujours admiré pour sa fidélité à un principe devenu rare : faire passer l’athlète avant le business.
Aujourd’hui, le monde du golf est devenu très bruyant. Pour un jeune talent et sa famille, il est facile de s’y perdre. Entre le système universitaire américain, les nouvelles passerelles, l’arrivée du NIL (Name Image and Likeness), la pression des résultats et l’argent qui entre en jeu de plus en plus tôt, tout va plus vite, et parfois trop vite. Or, derrière le joueur, il y a avant tout une personne.
Mon rôle, c’est d’apporter de la clarté dans cet environnement. Je ne vois pas ce métier comme une simple gestion de contrats ou une recherche d’opportunités à court terme. L’enjeu, pour moi, est d’aider un joueur à construire une trajectoire cohérente, avec les bons partenariats et le bon entourage, au service de la performance dans la durée. C’est aussi une manière de rester fidèle à ce sport qui m’a tout donné (Ndlr, Joël Stalter suivra notamment dès cet été l’évolution de deux grands espoirs du golf français, Hugo Le Goff et Callixte Alzas, qui entrent en université US).
G.P. : Vivez-vous toujours à l’année à Dubaï malgré la guerre au Moyen-Orient ?
J.S. : Oui, je suis toujours là-bas. L’ambiance est étrange, mais le gouvernement fait en sorte que l’on s’y sente vraiment en sécurité. Tout est très bien contenu, et la situation est gérée de manière remarquable. J’étais sur place au tout début de la guerre, à partir du 28 février. Même si le début a été assez stressant, avec les détonations liées aux interceptions de missiles, je n’ai pas forcément eu envie de partir pour me « réfugier » quelque part. Malgré le contexte, je m’y sens plutôt bien et en sécurité. L’avantage, si l’on peut dire, c’est qu’il y a un peu plus de place sur les golfs et moins de trafic sur les routes.
G.P. : Et en termes de trafic aérien, ça en est où ?
J.S. : Emirates opère plutôt normalement. Je n’ai pas eu de souci. J’ai déjà effectué deux voyages depuis le début de la guerre. La première semaine a été un peu désorganisée, mais depuis, c’est revenu plus ou moins à la normale, en tout cas avec Emirates ou Etihad. En revanche, pour l’instant, Air France et d’autres compagnies n’opèrent pas encore normalement.
Hambric Sports, qu’est-ce que c’est ?
Fondée en 1977, Hambric Sports représente des golfeurs professionnels depuis plus de 46 ans. Rocky Hambric et l’équipe de direction ont été confrontés à toutes les situations.
Hambric Sports possède une longue tradition et une philosophie reconnue en matière de recrutement de golfeurs amateurs lors de leur passage chez les professionnels. Leur objectif est d’accompagner chaque joueur qu’ils représentent dès leurs débuts professionnels et de le soutenir à chaque étape de leur carrière (voir la liste ci-dessous où figurent notamment Scottie Scheffler, les jumeaux Højgaard, Brooks Koepka, David Puig, Dustin Johnson et Martin Couvra). Comme l’indique leur intitulé de présentation : « Nous avons eu le privilège de collaborer avec certains des plus grands joueurs de l’histoire et avons travaillé avec 23 vainqueurs de tournois Majeurs et 6 membres du Hall of Fame du golf. »
Photo : Jasper Wax / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP
















