S’il y avait un trou, un seul trou de golf à jouer à travers le monde, on choisirait le n°12 d’Augusta National. Voici pourquoi.
De notre envoyé spécial à Augusta
Quand on vient pour la toute première fois au Masters, c’est un passage obligé, un rite à accomplir, un mythe à découvrir.
Le trou n°12 d’Augusta National est l’un des trous les plus célèbres au monde. Il y a bien le 18 de St Andrews, le 17 du TPC Sawgrass, le 18 de Pebble Beach, mais non, décidément, pour sa beauté, sa renommée, sa simplicité, sa difficulté et son histoire, c’est bien le trou n°12 d’Augusta qui remporte les suffrages du monde du golf. Et c’est mérité.
Golden Bell. C’est son nom. Ce bijou mesure pourtant moins de 150 mètres (142 mètres le plus souvent), mais c’est un trou immense. À peine arrivé pour la première fois dans ces lieux magiques, on a voulu le voir de nos propres yeux. Bonne surprise : il y avait des sièges disponibles au premier rang des spectateurs pour le coup frappé de bon matin par Michael Kim. L’émotion nous a saisis quand la balle de l’Américain s’est élevée dans le ciel de Géorgie pour finir sa course à trois mètres du drapeau.
Drôles de drames
Pourquoi ce trou en apparence si simple est-il un monument du golf ? Pour plusieurs raisons. D’abord son histoire. Conçu par Alister MacKenzie et Bobby Jones lors de la création du parcours en 1933, le trou 12 est devenu mythique grâce aux nombreux drames qui s’y sont produits pendant le Masters. Le petit ruisseau Rae’s Creek, qui traverse le trou devant le green, a coûté très cher à plusieurs champions. L’un des épisodes les plus célèbres est le septuple bogey concédé par Jordan Spieth lors du Masters 2016. En route pour un doublé, l’Américain était allé deux fois dans l’eau alors qu’il était en tête, le dimanche.
Severiano Ballesteros, en 1983, Greg Norman, en 1996, ont eux aussi été victimes du 12 un dimanche de Masters où ils visaient la victoire.
Il y a eu aussi les défaillances conjointes des adversaires de Tiger Woods lors de son sacre en 2019. Francesco Molinari, Tony Finau, Brooks Koepka, tous avaient fait ‘plouf’ au 12 quand le Tigre avait, lui, assuré le par, en route vers une victoire synonyme de ‘come back’ retentissant.
Tiger Woods a lui-même inscrit un 10 sur le 12 lors du Masters 2020. Oui, 10, septuple bogey, malgré son immense expérience. Le plus gros score jamais enregistré au trou n°12 pendant un Masters est un 13, réalisé par Tom Weiskopf lors du Masters 1980.
Pour mieux comprendre aussi la difficulté de ce trou, cette statistique dit beaucoup : aucun trou en un n’a été réalisé sur ce trou depuis Curtis Strange en 1988.
Un décor paradisiaque, des pièges diabolique
Le 12 est aussi merveilleusement dessiné. Depuis le tee surélevé, les joueurs frappent vers un green étroit et peu profond, protégé par le Rae’s Creek juste devant, par trois bunkers et par une végétation dense autour du green. Un green légèrement incliné et très rapide, ce qui rend les approches extrêmement délicates. Une erreur de distance de quelques mètres peut facilement envoyer la balle dans l’eau ou dans le sable. Et la sortie peut être presque impossible.
Lors du dernier ANWA la semaine dernière, l’Américaine Asterisk Talley a payé le prix fort.
Et puis la difficulté du trou 12 vient aussi et beaucoup du vent, imprévisible. Les arbres entourant le trou créent un effet de tourbillon, ce qui fait que le vent ressenti sur le tee peut être différent de celui au-dessus du green. Beaucoup de joueurs regardent les drapeaux des trous voisins pour essayer d’anticiper les rafales.
C’est aussi, on l’a évoqué, un trou merveilleux sur le plan visuel. Bordé de massifs d’azalées en fleurs, roses et blanches, le green est un véritable tableau vivant au printemps. Derrière, le pont Hogan (nommé ainsi en hommage à Ben Hogan), tout en élégance, relie le 12 au 13. Il n’y a pas de tribunes autour du green, ce qui laisse l’impression de jouer dans un jardin secret.
C’est donc un trou qui allie esthétisme, beauté, sérénité, et légende. Ce qui en fait le plus beau trou de golf du monde. C’est un trou que peu de golfeurs peuvent jouer, mais c’est un trou que presque tous les golfeurs du monde connaissent.

Le fameux ‘Hogan Bridge’.
©The Masters
















