La récente épidémie de défaillances des leaders sur le PGA Tour dans le sprint final des derniers tournois interroge. Pourquoi Shane Lowry, Daniel Berger et Ludvig Aberg ont-ils tour à tour exploser en plein vol alors qu’ils menaient confortablement le tournoi ? L’ancien joueur de Presidents Cup Kevin Kisner a une explication.
Shane Lowry au Cognizant Classic ? Trois coups d’avance avec trois trous à jouer. Daniel Berger lors de l’Arnold Palmer Invitational ? Cinq coups d’avance à neuf trous du but. Ludvig Åberg au Players ? Trois coups d’avance avant 8 derniers trous. Et tous ont perdu le tournoi, laissant la victoire à Nico Evchavarria, Akshay Bhatia et Cameron Young.
On aurait presque pu ajouter Jacob Bridgeman qui a remporté in extremis le Genesis Invitational alors qu’il avait une très, très confortable avance.
Cette étonnante série de craquages dans la dernière ligne droite est-elle le fruit du hasard ? Kevin Kisner, quadruple vainqueur sur le PGA Tour devenu un consultant apprécié sur la chaîne américaine NBC, ne le pense pas. Sa théorie est simple. Ces trois-là ont mené le tournoi trop longtemps pour tenir le choc jusqu’au bout.
Cette pression constante que tu ressens, comme si tu étais isolé, seul sur une île, ça finit par peser sur toi
Kevin Kisner
« Je pense que c’est la durée pendant laquelle ils ont conservé la tête qui explique cela. Ces joueurs ont été en tête plus longtemps que ce qu’on voit habituellement. Berger a mené de bout en bout, et ça, ça pèse sur toi. Quatre jours d’affilée avec tout le monde qui te poursuit… Ludvig, pendant 36 heures, 48 heures, tout le monde est derrière lui. Cette pression constante que tu ressens, comme si tu étais isolé, seul sur une île. Je pense que ça finit par peser sur toi », a-jugé l’ancien joueur de Presidents Cup (2017, 2022).
Kevin Kisner étoffe ses arguments.
Soudain tu lèves les yeux et tu te dis : mince, tout le monde est en train de me rattraper…
« Quand tu es poursuivi, tous les autres attaquent à fond, pied sur l’accélérateur en permanence, tandis que toi tu essaies simplement de rester dans ton rythme, de continuer ce que tu fais parce que tu joues très bien. Et soudain tu lèves les yeux et tu te dis : mince, tout le monde est en train de me rattraper. Là, il faut que j’accélère, et c’est une situation vraiment difficile à gérer. J’ai toujours trouvé que quand j’étais à un coup du leader ou à égalité, c’était plus simple mentalement, parce que tu joues pour gagner le tournoi en duel direct.
C’est tellement facile, même en faisant très attention, quand tu as trois ou quatre coups d’avance, de te dire : bon, j’ai juste à continuer comme ça. Et tu oublies un peu que ces gars sont très forts, qu’ils vont continuer à faire des birdies. Il y en aura toujours un pour faire un score de 65, donc je dois garder le pied sur l’accélérateur. Et je pense que c’est extrêmement difficile à tenir sur trois ou quatre jours. »
On pourrait ajouter aux explications de celui qui a remporté les championnats du monde de match-play en 2019 que les joueurs concernés n’ont pas encore un immense palmarès et que ce manque de victoires a pu jouer aussi. Ainsi Scottie Scheffler a au contraire l’habitude de gérer des avances conséquentes au leaderboard et de gagner. Shane Lowry est à la recherche d’un succès individuel depuis plusieurs années, Daniel Berger revenait d’une longue blessure et Ludvig Åberg est encore très jeune…
Quoi qu’il en soit, la série noire dans un aussi court laps de temps est assez dingue. Attention donc à ne pas mener le Valspar Championship trop vite cette semaine…
Photo Kevin C. Cox / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP














