Les manches ont beaucoup évolué et les différences entre le graphite et l’acier se sont estompées, au point que certains joueurs professionnels utilisent des manches en graphite ou composite sur leurs fers. Et vous, êtes-vous prêt à sortir des idées reçues ?
Le graphite, qui a déjà remplacé l’acier dans les bois, serait-il en train de faire de même avec les fers ? Les progrès plus ou moins récents effectués dans la conception et la fabrication de manches en graphite leur ont permis de devenir encore plus fiables et performants. Notamment de par un torque (résistance à la torsion à l’impact) moindre, ce qui se traduit par des coups décentrés plus droits.
Cela explique que de plus en plus de pros adoptent le graphite sur leurs fers. A l’instar de Colin Montgomerie, Rich Beem (vainqueur du PGA Championship en 2002), Rory Sabbatini ou K.J. Choi, Jean-François Remésy avait franchi le pas en 2005, avant de conserver son titre à l’Open de France.
Il faut juste avoir le temps de faire des tests afin de bien sentir le club dans l’espace et d’obtenir les bonnes trajectoires avec les bonnes sensations.
Jean-François Remésy
« J’avais des problèmes de poignets donc j’ai joué avec du graphite pendant quelques temps, explique-t-il. Il y a tellement de combinaisons possibles avec le graphite, il faut juste avoir le temps de faire des tests afin de bien sentir le club dans l’espace et d’obtenir les bonnes trajectoires avec les bonnes sensations. »
Christian Cévaër avait également tenté l’expérience. « Je pensais que cela m’aiderait à gagner en distance, explique-t-il. Le seul inconvénient du graphite vient du torque supérieur, qui se traduit par une précision très correcte mais légèrement inférieure. »
Or depuis, les fabricants ont commencé à proposer des manches en graphite plus lourds– jusqu’à 125 grammes ! – et qui répondent comme des modèles en acier, à l’image des Recoil d’UST Mamiya, les Program HD de Matrix Ozik ou les RIP Tour d’Aldila, qui affichaient un torque inférieur à 1,7 !
D’un point de vue technique, le graphite offre beaucoup plus de possibilités.
Vincent Delmas
Ce poids accru permet de monter des séries en graphite équilibrées comme celles en acier, alors qu’auparavant on était obligé d’allonger les manches et/ou rajouter du poids pour y arriver. « D’un point de vue technique, le graphite offre beaucoup plus de possibilités, estime Vincent Delmas, qui est Pro PGA et Directeur commercial Europe et Asie pour le fabricant suisse TPT Golf, émanation du leader mondial dans le domaine des composites avancés. On peut produire quasiment ce que l’on veut. »
A titre d’exemple, Bryson DeChambeau avait demandé à LA Golf Shafts s’ils pouvaient lui procurer des manches graphite plus rigides que les Dynamic Gold X7 qu’il utilisait à l’époque. « Je lui ai répondu que je pouvais rendre le manche aussi raide que des barres d’armature, explique John Oldenberg, responsable du développement des produits chez LA Golf Shafts, sur le site GolfWRX. Et c’est ce que nous avons fait. »
Here’s an in-hand look at what @b_dechambeau has in the bag for the @usopengolf https://t.co/rlcl1LPaVB
— GolfWRX (@GolfWRX) June 11, 2024
Des manches en acier plus versatiles
Les fabricants de manches en acier ne sont pas en reste. Les progrès qu’ils ont réalisés ont permis à Christian Cévaër de retourner sa veste en optant pour des manches du fabricant spécialisé dans les aciers très légers Nippon Steel, qui propose le modèle le plus léger au monde : le NS PRO Zelos 6, qui pèse moins de 70 grammes.
Car si les manches en acier les plus légers étaient au début destinés aux handicaps élevés de par des tips (extrémités inférieures des manches) très souples, les marques ont développé de nouveaux modèles susceptibles de combler les bons joueurs aussi.
L’acier reste plus riche en sensations
D’autres avancées technologiques ont également permis aux manches en acier de gagner en homogénéité et en confort.
Qu’est-ce qui justifie d’opter pour un manche en acier plutôt qu’un manche en graphite aujourd’hui ? « Surtout les sensations », résume Tom Wishon, spécialiste incontournable en « clubmaking ».
Or les manches produits par True Temper, qu’ils soient de la famille du Dynamic Gold ou celle du Project X, procurent des sensations très différentes. Les shafts de la marque KBS de Kim Braly, qui a conçu le Project X et le Rifle, procurent d’autres alternatives de choix.
Le meilleur des deux mondes ?
Et pour ceux qui sont partagés entre les apports des deux matériaux, les fabricants ont élaboré des produits hybrides. Combiner acier et graphite, ce n’est certes pas nouveau. Bubba Watson a longtemps joué des shafts pour bois BiMatrx dont le tip renforcé en acier permettait de diminuer le torque de 40%. Mais les matériaux et les technologies évoluent, et permettent de profiter au mieux de la précision de l’acier et de la distance du graphite.
On a longtemps pensé que plus le torque était bas, mieux c’était mais ce n’est pas vraiment le cas. Le torque doit être adapté au joueur.
Chris Hilleary, le Président d’Aerotech
C’est ainsi que l’on a assisté à l’apparition de nouveaux manches composite pour bois ou fers comme les modèles MCI de Fujikura ou Steelfiber d’Aerotech, notamment utilisés par Matt Kuchar, Brandt Snedeker, Fred Couples et maintenant Rickie Fowler. Ces derniers sont proposés de 55 à 115 grammes.
« On a souvent pensé que plus le torque était bas, mieux c’était mais ce n’est pas vraiment le cas. Le torque doit être adapté au joueur, assure Chris Hilleary, le Président d’Aerotech, dans GolfWeek. C’est très important pour les sensations. De manière générale, plus il y a de torque plus elles sont douces. »
Le poids n’est plus le seul critère et on a plus de choix.
Vincent Delmas
Les progrès effectués de part et d’autre ont permis d’obtenir des produits adaptés à tous les niveaux de jeu, les manches hybrides et graphite continuant malgré leur prix supérieur de gagner du terrain.
Quel que soit votre avis sur la question, il faut désormais adopter une certaine ouverture d’esprit. « Maintenant qu’il existe de moins en moins de contraintes de fabrication, le poids n’est plus le seul critère et on a plus de choix, estime Vincent Delmas, qui a dirigé le fitting center du Paris Country Club. En plus, on peut facilement essayer des manches à l’occasion de fittings ou journées démo, voir les avantages des différents modèles pour mieux sortir des aprioris… »
Photo : LIV Golf









