Victorieux le 13 avril 1986 de son sixième Masters, Jack Nicklaus, alors âgé de 46 ans, est toujours à ce jour le plus vieux vainqueur à Augusta. Un sujet de discussion pour ce 40e anniversaire mémorable qui devrait amplement être partagé ce mardi lors du Dîner des Champions !
L.V.
« Yes sir ! » Ces deux mots lancés par Verne Lundquist, commentateur de CBS ce dimanche 13 avril 1986, sont entrés dans l’histoire du Masters. Comme l’auteur de ce birdie sur le trou n°17, lui offrant alors la tête du tournoi. Cet homme, c’est Jack Nicklaus. Le plus grand golfeur de l’ère moderne avant l’avènement de Tiger Woods en 1997.
Pourtant, quand l’Ours Blond débarque en Georgie pour cette 50e, il n’a plus gagné sur le PGA Tour depuis le 27 mai 1984, au Memorial Tournament. A plus de 46 ans, les observateurs ne lui donnent guère de chance de l’emporter, même s’il connait l’Augusta National comme sa poche, notamment pour y avoir gagné cinq fois. N’avait-il pas pris une très honorable 6e place l’année précédente ?
Après deux tours bouclés en 74 (+2) et 71 (-1), il pointe à sept coups de Severiano Ballesteros, seul leader à -5 (71 et 68). A la sortie du Moving Day, il entre néanmoins comme par magie dans le top 10 grâce à un solide 69 (-3). A -2 (214), l’Américain ne compte plus que quatre coups de retard sur l’Australien Greg Norman, auteur d’un 68 (-4).
Mais comme à chaque fois au Masters, et dans tout tournoi de golf qui se respecte, c’est le dimanche que tout se joue. Et ce dernier tour, même 40 ans plus tard, est encore dans toutes les mémoires. Certains le présente même comme le dernier tour le plus excitant et le plus indécis de l’histoire du premier Majeur de la saison.
Un putt indéchiffrable au 17
Quatre joueurs sont en effet au coude-à-coude pour endosser la veste verte. Greg Norman est toujours en tête à -7 après sept trous mais un eagle au 8 de Ballesteros fait passer l’Espagnol devant à -8. A la sortie du 13, Seve compte même deux coups d’avance sur Tom Kite (-9 contre -7). Et c’est à partir du 15 que Jack Nicklaus décide de tout faire exploser. Eagle sur ce par 5. A -7, il n’est qu’à un coup derrière Tom Kite et Severiano Ballesteros.
Au 16, sur le fameux par 3 où toutes les folies sont autorisées, birdie de Nicklaus. Ils sont alors quatre à afficher le score de -8 (Nicklaus, Kite, Norman et Ballesteros). Malgré une ligne de putt indéchiffrable sur le green du 17, Nicklaus, caddeyé par son fils ainé, Jack Nicklaus II, assène encore un birdie. C’est le fameux « Yes Sir » de notre confrère de CBS.
Greg Norman craque encore…
Le voilà co-leader à -9 (bogey de Ballesteros au 17, par de Kite au même endroit) avec Greg Norman au départ du 18 alors que l’Australien joue derrière Nicklaus. Quand il signe sa carte de 65 (-7), il est virtuellement en tête au club-house à -9 (279). Mais Norman peut encore gagner s’il plante le birdie au 18 ou alors partir en play-off. Mais le « requin blanc » va concéder le bogey et laisser Nicklaus entrer dans la légende.
Le natif de Columbus (Ohio) décroche ici son 18e et dernier Majeur en réalisant au passage un retour de feu en 30 (-6). A 46 ans et 82 jours, il devient aussi le plus âgé des vainqueurs à Augusta. Personne n’a fait mieux depuis en Georgie. Et il en profite pour signer un autre record, celui du plus grand nombre de vestes vertes : 6. Il empoche pour l’occasion 144 000 $, soit sept fois plus que lors de son premier sacre, en 1963.
C’était en fait la première fois que je le voyais nerveux de toute la journée.
Jack Nicklaus II
« Ce que j’apprécie aujourd’hui, c’est le temps que j’ai pu partager avec mon père quand il a remporté sa sixième veste verte, son dernier Majeur, a récemment raconté Jack Nicklaus junior à notre confrère Bob Harig. C’était assez incroyable. C’est ce que je savoure, outre le fait d’être avec mon père, c’est ce temps partagé avec lui et ce que cela signifie encore pour moi aujourd’hui. »
« Nous nous sommes ensuite retrouvés dans la Jones Cabin, pas loin du trou n°10, poursuit le fiston. Avec Maman (Ndlr, Barbara, l’épouse de Jack Nicklaus), Helen, la maman de papa, on regardait à la télévision la fin de la partie Tom Kite-Greg Norman. Il (Jack Nicklaus) ne pouvait plus contrôler ce qui se passait. C’était en fait la première fois que je le voyais nerveux de toute la journée. Il faisait les cents pas. Il y avait deux gars qui pouvaient provoquer un playoff ou gagner et je me disais : « comment diable papa va-t-il se reconditionner avec toutes ses émotions, ses pensées et son énergie ? » Je savais qu’il était épuisé à ce moment-là, mais je savais que nous devrions retourner là-bas, en cas de play-off. »
Mais tout s’est achevé comme il l’espérait. Voir son père gagner. Une dernière fois.
« Je me souviens juste que nous avons eu une grande étreinte, souffle Jack Nicklaus Junior. Il y a eu des larmes bien sûr, de l’excitation également. Et puis nous sommes sortis de ce chalet et un rugissement a éclaté. »
Photo : AFP













