Qualifié quelques semaines plus tôt lors de la session « européenne » à Walton Heath (Angleterre), Matthieu Pavon avait découvert en juin 2018 l’enfer de Shinnecock Hills (New York), son tout premier U.S. Open. Un baptême du feu que le Bordelais, encore sur le DP World Tour à l’époque, avait affronté avec un certain brio, s’offrant la 25e place finale à… +12 !
L.V.
À ce jour, Matthieu Pavon a disputé cinq U.S. Open. C’est le Majeur où le Bordelais affiche le plus d’expérience alors qu’il n’a participé qu’à trois The Open, deux Masters et deux PGA Championship. Le 3e rendez-vous du Grand Chelem de la saison est celui où il a le plus brillé. Évidemment, il y a cette 5e place à Pinehurst en 2024, s’offrant d’ailleurs une dernière partie le dimanche avec Bryson DeChambeau, le futur vainqueur. Et puis il y a aussi Shinnecock Hills en 2018. Sa toute première fois.
« Je l’avais abordé très simplement, comme tous les autres tournois, explique l’actuel pensionnaire du PGA Tour depuis janvier 2024. A la différence que j’avais volé vers New York assez tôt, c’est-à-dire le vendredi d’avant le tournoi pour pouvoir m’adapter au décalage horaire et pour pouvoir aussi fractionner mes parties d’entraînement en plusieurs fois 9 trous et ne pas devoir faire 18 trous d’un coup. Mais en termes de préparation, rien de fondamentalement nouveau pour moi car je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. »
Venant du Tour européen, je ne pensais pas que de tels parcours pouvaient exister.
Matthieu Pavon
Sans surprise quand on lui demande ce qui lui reste en termes de souvenirs de ce parcours qui avait broyé la quasi majorité du champ, Matthieu Pavon évoque ces greens diaboliques qui ont mis à rude épreuve les plus grands golfeurs de l’époque.
« Shinnecock est incontestablement l’un des U.S. Open les plus difficiles que j’ai eus à jouer, souffle-t-il tout de suite. Ce qui était très impressionnant à l’époque, c’était de voir à quel point les greens étaient pentus et rapides. Venant du Tour européen, je ne pensais pas que de tels parcours pouvaient exister. Je ne pensais pas qu’on pouvait être sur des greens en ayant un putt à cinq mètres et voir finalement la balle ressortir de ce même green et finir sa course à une cinquantaine de mètres du drapeau. Psychologiquement, ça a été un combat durant toute la semaine parce qu’il y a eu entre guillemets beaucoup de peur de manquer au mauvais endroit. Comme c’était une première pour moi, j’étais vraiment un peu sur le c.. de la complexité du parcours de Shinnecock. »
Au putting, ça devenait ridicule sur certaines positions de drapeaux.
Matthieu Pavon
Après une bonne entame le jeudi, conclue en 71 (+1), le vendredi se passe bien plus mal avec un lourd 77 (+7) à la sortie. Il parvient tout de même à passer le cut sur la marque, c’est-à-dire à +8. Convoqué dans les premières parties le samedi matin, il réussit à virer dans le par après neuf trous avant de coincer sur les neuf trous du retour, postant finalement un +4 (74).
« Je me souviens être parti dans le 2e ou le 3e groupe, souligne le Français. J’ai joué très bien sur l’aller et malgré un +4 sur le retour, j’ai alors l’intime conviction d’avoir correctement joué. Pourtant, en arrivant en zone mixte devant un média français dont je tairai le nom (sic), on me dit : « C’est dommage après cet aller ! Qu’est-ce qui s’est passé au retour pour faire +4 ? » On me fait comprendre que j’ai un peu gâché ma partie. J’explique alors que les greens étaient devenus rapides et fermes, que c’était incontrôlable, et même au putting ça devenait ridicule sur certaines positions de drapeaux. C’est d’ailleurs la journée où Phil Mickelson a putté sa balle en mouvement car elle était en train de redescendre en contrebas et aurait probablement terminé à 40 mètres du trou (cf vidéo ci-dessous). Avec ce +4, j’avais gagné une vingtaine de places au classement. C’était rigolo d’avoir le ressenti des médias qui trouvaient que c’était dommage alors que moi, j’étais tout content de mon score. »
Wow. I’ve never seen that before.
— Cam Rogers (@CamRogersLive) June 16, 2018
Phil Mickelson ran after his putt before it stopped, which is a two stroke penalty.
Really, really odd #USOpen pic.twitter.com/Hu08036qjo
Oakmont et Shinnecock sont pour moi les deux parcours les plus difficiles à jouer de toute ma vie.
Matthieu Pavon
Et que dire du dimanche où Matthieu Pavon signe un magnifique 70 (par), faisant partie des 16 joueurs (sur les 67 rescapés du week-end) à ne pas avoir été battu par le parcours dans ce dernier tour. En finissant à la 25e place à +12 (alors que Tommy Fleetwood, tel un extraterrestre, envoie un immense 63 (-7), échouant à un coup de Brooks Koepka, de nouveau victorieux après Erin Hills en 2017 avec un score de +1 total), il marque les esprits !
« Est-ce que j’ai joué depuis Shinnecock Hills un parcours aussi difficile ? s’interroge le lauréat du Farmers Insurance Open en janvier 2024. Oui, dans un style différent, je dirais Oakmont l’année passée, toujours à l’U.S. Open (victoire de J.J. Spaun). C’était différent parce qu’il y avait énormément de rough à Oakmont. Ce sont pour moi les deux parcours les plus difficiles à jouer de toute ma vie. À Oakmont, quand la balle était dans le rough, on pouvait parfois sortir le sandwedge. Mais les greens étaient beaucoup plus souples. Shinnecock, c’était plus généreux sur les fairways mais les greens, c’était très rapides et très fermes. Quand la balle tombait sur les greens, il y avait peu de chance qu’elle reste dessus. »
Photo : Rob Carr / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP











