Pour son premier Majeur, Ugo Coussaud est gâté. Le joueur de la St Laurent Golf Team va en effet se mesurer au terrible par 70 du Shinnecock Hills Golf Club. Pour la dernière de l’U.S. Open ici en 2018, tout le champ s’était fait broyer, Brooks Koepka y compris, pourtant victorieux à +1.
Propos recueillis par Lionel VELLA
Entretien en deux parties avec Ugo Coussaud. Un premier jet lundi matin par téléphone (6h00 matin pour le Français) avant de tester les neuf trous du retour du Shinnecock Hills Golf Club. Les trous de l’aller, il les avait joués dimanche. La seconde partie, après avoir défié les trous du retour ce lundi, a clairement mis l’accent sur l’extrême complexité du par 70 du 126e U.S. Open de l’histoire, devenu bien plus coriace à maitriser avec le vent et des greens toujours aussi diaboliques. Va y avoir du sport à partir de jeudi à Long Island, dans les Hamptons, la banlieue nord-ouest très chic de New York !
GOLF PLANETE : Dans quel état d’esprit êtes-vous avant de prendre part à votre premier Majeur ?
Ugo COUSSAUD : Je me sens vraiment bien. Je suis arrivé en avance. Je suis plutôt en forme mentalement et physiquement. Je suis assez excité… Je dirais même que j’étais surtout très excité à l’idée d’arriver ici, de voir tout ça, de découvrir un nouveau parcours, une nouvelle ambiance, cette nouvelle dimension… Donc, oui, beaucoup d’excitation
G.P. : En début de saison, vous vous étiez fixé l’objectif de vous qualifier sur un tournoi du Grand Chelem. C’est fait. Vivez-vous un rêve éveillé cette semaine ?
U.C. : Oui ! Surtout depuis dimanche. J’essaie de me mettre dans le tournoi maintenant. J’essaie de prendre mon rythme, de faire mon boulot, de jouer le parcours, de le comprendre et essayer de prévoir ce qui va se passer durant la semaine. Mes coaches sont là, on travaille beaucoup (Robin Cocq, Matthieu David, Adrien Leurent). Le rêve, on verra surtout quand le public sera là. Mais c’est quelque chose d’extraordinaire. C’est une première pour moi. On va voir comment tout ça va se passer.
G.P. : Votre belle dynamique sur le DP World ces dernières semaines (17e en Autriche, qualifications à Walton Hetah sur 36 trous pour cet U.S. Open, 9e en Turquie, 3e en Inde) peut-elle aussi vous servir en amont de cet U.S. Open ? Ou est-ce complètement une autre histoire ?
U.C. : Oui, incontestablement. J’ai cette confiance sur mon jeu et cette capacité à pouvoir performer quand ça se passe bien. C’est vrai aussi que c’est un tournoi particulier mais je dirais que ça reste un tournoi de golf. Le parcours est assez large du tee. Après, on verra comment les greens vont évoluer, s’ils vont devenir de plus en plus rapides et de plus en plus fermes. Cela peut devenir très dur puisqu’ils sont tout petits. Mais bon, c’est un parcours qui me convient. Ce n’est donc pas complètement une autre histoire puisque c’est la somme des expériences que j’ai vécues cette année et avant qui me permettent d’être là. Cela compte beaucoup pour moi.
Hier, le parcours me paraissait abordable. Aujourd’hui lundi, je le trouve beaucoup plus dur. Les greens sont plus rapides et il y avait beaucoup de vent.
Ugo Coussaud
G.P. : Partir dès le samedi pour New York, était-ce primordial pour vous, afin de bien reconnaitre ce par 70 de Shinnecock Hills ?
U.C. : Oui, très important. D’abord parce que je n’avais pas de tournoi la semaine dernière, parce qu’il y a aussi le décalage horaire, parce que j’avais envie d’arriver en pleine forme pour le premier tour… Le parcours ici demande d’être assez fin sur la reconnaissance. Et puis j’ai envie de profiter à fond de l’événement. Ce n’est pas désagréable d’être là un jour de plus.
G.P. : Avez-vous contacté Matthieu Pavon, votre collègue de la St Laurent Golf Team, pour avoir des infos supplémentaires sur ce tracé qui avait broyé tout le champ en 2018 ?
U.C. : Oui, j’ai appelé Matt la semaine dernière, enfin il y a deux semaines maintenant. Il m’a donné des bons conseils sur ce qu’il avait vécu cette semaine-là il y a huit ans. Il m’a demandé si je mettais la balle haute et en spin. Ce qui est le cas. Donc, ça va, cela ne va pas me demander trop de travail sur les fers. Et ensuite, il m’a surtout dit d’essayer de faire le plus de putting dans des énormes pourcentages de pentes avec des greens très rapides. Il a été de bons conseils, comme d’habitude !
G.P. : Vous avez joué 9 trous dimanche, 9 trous de nouveau ce lundi. Quel est votre bilan ?
U.C. : Pour l’instant, c’est assez humide. Mais on sent que les greens sont déjà très rapides. On sent que ça peut, en un claquement de doigts, avec le vent, devenir très ferme et rapide. Donc, comme je l’ai dit, c’est plutôt large du tee mais après, les greens sont minuscules, les zones à jouer également. Quant aux ratés, ils sont très pénalisants. Hier, le parcours me paraissait abordable. Aujourd’hui lundi, je le trouve beaucoup plus dur. Les greens sont plus rapides et il y avait beaucoup de vent. Et le retour est super « piégeux » donc ça va être un vrai test sur les zones où il faut se mettre, chipper contre le vent. C’est vraiment ouf (sic). Je pense ici au trou n°11, aux pars 3 aussi. Ils sont tellement durs. Mais c’est un super parcours
Des greens aussi fermes et rapides, ce sont des choses auxquelles on n’est pas vraiment préparé.
Ugo Coussaud
G.P. : Justement, les greens avaient été « épouvantables » en 2018, voire par moment injouables. Cela sera-t-il encore le cas cette année selon vous ? Comment sont-ils préparés ?
U.C. : On verra… S’ils veulent, ils peuvent les mettre injouables car il y a beaucoup de soleil et du vent. Toutes les conditions sont là pour assécher le parcours. Et donc le rendre très rapide. Après, j’espère que ce ne sera pas le cas. (Il se reprend) En fait, je n’en sais rien. On verra bien. Chaque jour suffit sa peine. Je vais me préparer en connaissant cette possibilité mais des greens aussi fermes et rapides, ce sont des choses auxquelles on n’est pas vraiment préparé.
G.P. : La météo annonce beaucoup de vent durant le tournoi avec des prévisions entre 30 et 50 km/h ! Confirmez-vous que cet élément sera la clé d’une bonne semaine ?
U.C. : C’est un parcours vraiment exposé avec des toutes petites zones à jouer sur les greens. Il faudra être très fin sur le jeu de fers. Cela va être chaud avec le vent, en effet. Oui, ils annoncent vraiment fort. Mais je pense que c’est aussi une limite dans la préparation du tournoi, c’est-à-dire que si les greens sont si rapides avec beaucoup de vent, la balle peut bouger toute seule et de facto rendre le jeu injouable. En fait, quand on regarde tout ça, on se dit qu’il y a beaucoup d’inconnues (rires).
G.P. : Avez-vous croisé Adrien Saddier ? Et le fait qu’il y a un autre Français dans le champ peut-il vous aider à mieux appréhender l’événement ?
U.C. : Oui, on s’est retrouvé au petit-déjeuner hier (dimanche). On va faire une reconnaissance ensemble demain (mardi). Il y a aussi des gars ici du Tour européen que je connais, donc voilà… C’est cool de passer un peu de temps avec Adrien, surtout que je ne l’avais pas vu depuis un bout de temps.
On apprend beaucoup de ce genre de semaine pas vraiment comme les autres. Tout ça, je le sais, me fera évoluer dans mon golf.
Ugo Coussaud
G.P. : Vous êtes, parait-il, entouré par beaucoup de monde, outre votre staff technique. On pense ici à vos parents, à vos proches. Est-ce essentiel pour vous de les avoir auprès de vous pour l’un des plus gros tests de la saison ?
U.C. : Oui, c’est très important d’avoir mes parents, des amis très proches… C’est une façon aussi de les remercier, depuis toutes ces années de soutien et de travail ensemble. On est tous fans de golf et un U.S. Open, c’est sympa. Le vivre de l’intérieur, en tant qu’invités de joueur, c’est encore mieux. Avoir du monde autour de moi, le partager avec mes proches, et le staff également, c’est enrichissant. On apprend beaucoup de ce genre de semaine pas vraiment comme les autres. Tout ça, je le sais, me fera évoluer dans mon golf.
G.P. : Vous avez joué le Pro-Am de la Coupe des Capitaines jeudi dernier à Moliets (Landes). Vous étiez encore à Hossegor le lendemain pour assister aux débuts de cette première édition. Etait-ce important pour vous d’être là, de soutenir l’équipe Ouest malgré le fait que vous partiez le lendemain pour les Etats-Unis ?
U.C. : Oui, je m’étais engagé auprès de Seb (Sébastien Vivé) et Damien (Grison), les deux organisateurs de la Coupe des Capitaines, pour participer au Pro-Am. Cela ne changeait pas grand-chose à mon planning. Cela me permettait aussi de faire une partie de golf. C’était bien. J’étais aussi content d’aller soutenir l’Ouest (Ndlr, il a été remplacé par Grégory Bourdy), voir les potes à l’Ouest comme à l’Est. J’ai des potes des deux côtés. Et voir aussi l’événement qu’ils ont créé. C’était vraiment une super semaine. Pour être franc, j’étais un peu jaloux de ne pas pouvoir jouer mais c’était pour une bonne raison. J’avais la tête à partir vers les Etats-Unis. J’étais dès le lendemain dans l’avion mais c’est vrai que j’aurais bien fait quelques trous à Hossegor et à Seignosse. Dans ces conditions, ça avait l’air d’être le feu !
G.P. : Quel sera votre programme après l’U.S. Open ? Pourrait-on vous voir par exemple aux qualifications de l’Open britannique prévues le 30 juin prochain (sur 36 trous) sur quatre sites différents en Grande-Bretagne ?
U.C. : Je vais rentrer pour jouer l’Open d’Italie la semaine prochaine. Il y a justement en jeu une place qualificative pour The Open… Mais je ne suis pas sûr de faire les qualifications pour le British… Il y a pas mal d’inconnues encore. Je ne suis ainsi pas sûr d’entrer au Scottish Open. Si je ne rentre pas, j’irai peut-être aux Etats-Unis sur le double badges (Ndlr, ISCO Championship, qui se joue au même moment que le Scottish). Je ne suis pas inscrit pour le moment. Ce n’est pas une qualif’ qui me plait beaucoup. Un mardi… Si je ne joue pas le tournoi à Munich (BMW International Open), je dirais peut-être… Je vais voir. Il faut que j’en parle avec mon staff et que je m’inscrive surtout si je veux y prendre part.
Photo : Nathan Cardet / Golf Planète











