L’Open de France voulait repartir de l’avant. Mission accomplie. Pour son retour au Golf National, la 108e édition a soufflé un vrai vent de renouveau : un vainqueur de classe mondiale, des Français qui jouent la gagne, un Albatros spectaculaire et un public enthousiaste de retour en nombre. De quoi voir grand pour la suite. Tout n’a pas été parfait pour autant. Voici ce qu’on a aimé, et ce qui nous a franchement moins emballés.
La victoire du “Crack” Matthew Fitzpatrick
Meilleur joueur du champ au classement mondial avant le début du tournoi (4ème), sa participation (la 6ème de sa carrière) était déjà, en soi, une excellente nouvelle pour l’intérêt du tournoi, sa victoire est forcément un magnifique vecteur de prestige pour le plus vieil Open national d’Europe continentale (108ème édition).
Parmi les favoris des bookmakers avant le 1er tour, Matthew Fitzpatrick a écoeuré la concurrence d’un champ pourtant très “Vaillant”. Mais à -20 total après 4 tours, l’anglais, qui s’impose au final avec 3 coups d’avance, aura survolé les débats sur le parcours de l’Albatros. Notamment le dimanche, où à chaque fois qu’il aurait pu entrouvrir la porte à ses poursuivants, il a au contraire posé le couvercle sur sa marmite de magicien autour des greens. 9 fois un putt pour sauver le par sur les 12 premiers trous avant de fourrer son premier birdie au 13. Impossible de lui reprendre l’os qu’il tenait dans la bouche depuis ses trois premiers tours (65 / 64 / 65). Une victoire en “scramblant”, mais sans trembler.
Les Français à la maison
Deux des 26 joueurs français engagés lors de cet Open de France (dont 4 amateurs) qui finissent dans le top 3 ex aequo, on aurait signé avant le début du tournoi. Tom Vaillant (qui jouait en dernière partie dimanche) et Matthieu Pavon, terminent sur le (large) podium d’une édition au champ plus dense que jamais ces 20 dernières années. Encourageant ? Satisfaisant ? Génial vous voulez dire ! Pour son 9ème Open de France, Pavon explose son meilleur résultat (30ème en 2022 à -2) en rapportant un – 15 total. Meilleure carte ex aequo dimanche (64, -7 sur la journée), sa meilleure carte tout court sur l’Albatros. On appelle cela une réconciliation.
Tom vaillant était le plus proche, (ou le moins loin) de l’ainé des Fitzpatrick au départ dimanche avec 5 coups de retard. Peut-être rêvait-il d’un dernier tour plus bouillant encore, mais avec son 70 (-1) signé malgré 3 bogeys, il aura démontré une solidité prometteuse pour la suite de sa naissante carrière, et démarré une belle histoire d’amour avec le public français.
L’engouement populaire
Après une édition de pause pour cause de travaux, disputée en 2025 sur le parcours de Saint-Nom-la Bretèche, l’Open de France retrouvait son écrin du Golf National et ses trois trous (4/5/6) redessinés. Sous la chaleur de l’été indien, on a adoré la ferveur qui a entouré cette 108ème édition. Des allées bondées de spectateurs aux visages marqués de plaisir et de marques de casquette, et une ambiance électrique autour des greens, assurée par un public connaisseur mais suffisamment chauvin pour qu’on vibre en bleu blanc rouge. Comme si cette attente avait creusé l’appétit et aiguisé la voix des spectateurs (la liste des engagés aussi peut-être ?).
Vous saviez, vous, qu’un albatros pouvait rugir ? Nous non plus, on l’a découvert tout au long des 4 jours de compétition, aussi bien pour saluer les coups d’exception que pour célébrer les joueurs à leur sortie d’un trou n°18 qui va continuer à écrire sa légende. En attendant les chiffres officiels (autour de 15 000 spectateurs dimanche), le succès populaire fut à la hauteur d’un évènement à qui il va permettre de grandir encore lors des prochaines éditions.

Le spectacle
Le trou en 1 de Victor Perez sur le par 3 du 11 vendredi à 166 mètres pour revenir à un coup de la ligne de cut alors qu’un triple bogey au 7 une heure avant avait mis le Tarbais au fond du trou. Une voiture (celle offerte par DS, le sponsor du tournoi) et un espoir pour le français qui échouera finalement aux portes du week-end. Il aura fait « show » tout le week-end à Saint-Quentin-en-Yvelines, dès le jeudi avec les eagles de Jungwhan Lee et Adrien Saddier sur le 18 (coups de fer dans la boîte), les sauvetages du magicien “Fitz” autour des greens, les chips dans la caisse (Yuvraj Sandhu au 9 le vendredi) ou encore les shots d’Eugenio Chacarra, Kristoffer Reitan ou de l’américain Ryan Gerard, dont la présence et le swing ultra tonique étaient l’une des attractions de cette édition. On en redemande.
On n’a “moins” aimé
Les abandons
Puisque vous autres, esprits chagrins, ne vous contentez pas du positif, et qu’il est toujours bon de voir le verre à moitié vide si l’on veut continuer à tendre vers le parfait, il y a forcément une ou deux choses qui nous ont chagriné ce week-end, à commencer par les forfaits, les retraits pour cause de santé. On pense à Tommy Fleetwood, l’une des têtes d’affiche de cette 108ème édition. -6 après 2 tours et qualifié pour le week-end, l’anglais ne s’est pas présenté au départ samedi,« trop malade » selon les mots employés dans le communiqué adressé avec classe aux « fans » venus le soutenir ce week-end.
L’anglais a « détesté devoir (se) retirer »… Nous non plus, on n’a pas aimé ce “brexit” précipité avec le chouchou de la Ryder Cup 2018. Même chose pour le pauvre Oihan Guillamoundeguy, le jeune français, plié en deux sur son sac dès le départ du trou n° 2 dimanche qui, de guerre lasse contre des problèmes gastriques, se retira après 9 trous conclus sur un score de 40 qui ne reflétait pas le niveau de jeu affiché par le Landais au cours des 3 jours précédents.
Les critiques sur le parcours
Alors comme ça, il était trop soft ce parcours de l’Albatros ? Trop scorable ? Trop facile ? C’est la petite musique que l’on a, par endroits, sentie monter durant les 4 tours de cet Open de France, orchestrée par un leaderboard auquel les joueurs ont mis le feu dès le jeudi (63 pour Michael Kim, 62 samedi pour Chacarra). À – 20 total, Fitzpatrick a mis 4 coups de rabot au record du tournoi sur l’Albatros (-16 pour Migliozzi en 2022 et Bradbury en 2024).
Alors on peut disserter sur le nouveau dessin des trous 4, 5 et 6, parler engrais, graminée et densité de roughs pour un parcours qui ressort tout juste de chez le coiffeur, mais en attendant un consensus, qui n’existera jamais, allez dire cela aux 78 joueurs qui n’ont pas passé le cut. Et si leur réponse ne vous suffit pas, n’hésitez pas, à l’occasion, à aller y envoyer 20 coups de plus que votre index, maintenant que le monstre a rouvert ses crocs au grand public.
La Presidents Cup le même week-end
Forcément, après le succès à tous niveaux de cette 108ème édition, on va devenir encore plus exigeant. On n’acceptera plus de retour en arrière. Fitzpatrick, Fleetwood, Åberg, Hovland, Cam Smith, Ryan Gerard, Michael Kim, nos français en feu, on en redemande, on en veut encore plus.
Qui sait quelles autres têtes d’affiche du golf mondial auraient pu venir encore compléter cette prestigieuse liste d’engagés si la Presidents Cup ne s’était tenue le même week-end ? On pense à Ryan Fox, 5ème à la race to Dubai, les Australiens Min Woo Lee (26ème) et Adam Scott (37ème), voire le francophile Xander Schauffele, ou encore, sans s’interdire de rêver désormais, le patron Scottie Scheffler, qui a déjà dressé l’Albatros (médaille d’or aux JO de Paris 2024 sur ce même parcours). L’appétit vient en mangeant, et comme cette année on s’est régalé, on a le droit d’être gourmand.
















