Il y a les parcours que l’on découvre et ceux que l’on croit connaître par cœur. Grégory Havret appartient à la seconde catégorie. Mais en découvrant les nouveaux trous 4, 5 et 6 de l’Albatros, le triple vainqueur sur le DP World Tour a dû, lui aussi, revoir ses repères. Après près de deux années de fermeture, le parcours du Golf National a donc repris vie ce mardi 1er septembre. Et la séquence des trous 4, 5 et 6 constitue sans aucun doute la grande nouveauté de cette renaissance.
Propos recueillis par Frédéric Plisson, à Guyancourt
Les travaux du Grand Paris ont initialement été perçus comme une perturbation majeure. Cependant, ils ont forcé une réévaluation des trous 4, 5 et 6, une section auparavant considérée comme « les trous du bout du monde », moins exigeante que le reste du parcours. L’intervention a permis d’élever cette partie au niveau du standard du reste du tracé, transformant une faiblesse perçue en un segment stratégiquement cohérent et plus stimulant.
Qui de mieux que Grégory Havret pour entrer en communion avec ces trois nouveaux trous ? Clubs en mains, celui qui a pris sa retraite professionnelle ici même il y a tout juste deux ans, s’avance sur ce qui était autrefois une partie beaucoup plus familière du parcours.
GOLF PLANETE : Quel est votre premier sentiment lorsque vous entrez dans cet espace des trous 4, 5 et 6, largement revisité ?
Grégory HAVRET : Auparavant, même si on était dans le dur sur les premiers trous, on savait notamment qu’avec le 5 et le 6 on pouvait repasser dans le par. Ce temps-là est révolu ! Aucun répit, ces trois nouveaux trous vous maintiennent dans une tension permanente.
G.P. : On commence avec le trou n°4, le plus impacté par les travaux. Ce par 4 reste-t-il aussi exigeant que par le passé ?
G.H. : La difficulté est maintenue. En revanche la stratégie est modifiée. Ce trou était par le passé déjà challenging. Il reste aujourd’hui difficile à aborder, mais sa nature a changé. Il tourne davantage à gauche, avec deux nouveaux bunkers qui complexifient la mise en jeu. Le green, moins profond, exige un contrôle de distance plus précis. Le positionnement pour le deuxième coup est crucial. Un coup raté à gauche entraîne un recovery très délicat.
Le trou n°5 pourrait devenir l’un des trois trous les plus compliqués
Grégory Havret
G.P. : Le 5 semble avoir élevé son curseur de difficulté. Sa vision depuis les back tees est vertigineuse. Vous impressionne-t-il ?
G.H. : Sa transformation est majeure. C’était un trou mignon, confortable, où les joueurs soufflaient, après l’enchaînement difficile des premiers trous. Il était rare d’y perdre des points. Aujourd’hui il n’est plus mignon du tout. C’est un monstre ! Le trou a radicalement changé et il pourrait devenir l’un des trois plus compliqués du parcours. Il est 45 mètres plus long et le green a été surélevé de 6 à 7 mètres, masquant sa vue. Des bunkers perturbent la mise en jeu sur la gauche du fairway. Il est passé d’une transition à un test majeur qui exige un driver au départ pour ne pas mettre d’emblée le bogey en jeu. Le deuxième coup nécessitera un fer 4 ou un fer 5.
G.P. : Le 6 reste-t-il un trou sur lequel on peut enfin souffler ?
G.H. : Sa complexité est accrue. C’était un trou simple où un coup manqué était peu pénalisé. Le 6 reste une opportunité de birdie, mais les erreurs sont plus coûteuses. Des bunkers sont désormais en jeu, y compris pour les approches courtes (80m). Le green est plus petit et peu profond. Les joueurs agressifs visant le green en un coup prendront le risque d’être accueilli par le bunker central. L’option stratégique de se placer à 100m demandera plus de précision qu’auparavant. La moyenne des scores restera basse, mais avec plus de volatilité.
G.P. : Comment imaginez-vous la stratégie des joueurs pros sur cette nouvelle séquence ?
G.H. : La stratégie est désormais plus nuancée. Sur le 5, le driver est quasi obligatoire en conditions normales pour se donner une chance de birdie. Sur le 6, un arbitrage clair devra être fait entre l’agressivité (viser le green) et la sécurité (se placer), en fonction des conditions et de la confiance du joueur. Le jeu moderne, axé sur la puissance, favorisera probablement une approche agressive.
Les joueurs français sont impatients de découvrir ces trois nouveaux trous
Grégory Havret
G.P. : Le FedEx Open de France arrive à grands pas (24-27 septembre). Sentez-vous une attente notamment des joueurs français au sujet de ce relooking de l’Albatros ?
G.H. : Leur curiosité est évidente. Je les sens impatients. Ils vont vite être fixés. Nous avons un groupe WhatsApp avec certains joueurs… Ils me posent régulièrement des questions sur les modifications. Et pas seulement sur les trois nouveaux trous. Ils sont impatients de découvrir notamment les nouveaux greens et leurs nouvelles pentes.
G.P. : Des conseils aux amateurs pour aborder ces trois nouveaux trous, et ce nouvel Albatros dans son intégralité ?
G.H. : L’enjeu sera pour eux de préserver le plaisir. Il est fortement conseillé aux joueurs amateurs de choisir des départs avancés (par exemple, les bleus au lieu des jaunes habituels) pour adapter le parcours à leur distance et à leur niveau. Affronter le parcours depuis les départs arrière serait contre-productif et nuirait à l’expérience. L’objectif doit être de jouer un parcours réalisable, pas de subir un « monstre ».
Photo : ffgolf












