Le retrait annoncé du fonds souverain saoudien, Public Investment Fund (PIF), et le départ de Yasir Al-Rumayyan ont-ils sonné le glas du LIV Golf ? Sans son carburant “boosté” aux pétrodollars, sa survie parait plus que compromise. Pourtant, avec la nomination de nouveaux dirigeants chargés de redéfinir la stratégie et de diversifier les sources de revenu, certains continuent d’espérer qu’une nouvelle voie est possible.
Deux semaines après le coup de tonnerre provoqué par la rumeur d’un probable désengagement de l’Arabie Saoudite dans le LIV Golf, la confirmation officielle de l’arrêt du financement du circuit dissident par le Fonds d’investissement public (PIF) à la fin de la saison 2026 puis le départ surprise de Yasir Al-Rumayyan, architecte du projet aux côtés de Greg Norman, marquent une rupture majeure.
Ces deux informations, communiquées à quelques heures d’intervalle en fin de semaine dernière, ont fait vaciller un circuit qui vit désormais ses dernières heures.
Car oui, sans l’argent saoudien et ses faramineuses primes à la signature pour attirer quelques-uns des meilleurs joueurs du monde ou ses dotations dépassant les 30 millions de dollars par tournoi, le LIV tel qu’on l’a découvert en 2022 et qui se vantait de réinventer le golf avec son slogan “Golf but Louder”*, est bel et bien mort.
Pour survivre, il va devoir revoir complètement sa copie.
Des pertes abyssales
Cent millions de dollars sont dépensés chaque mois, près de 600 millions sont partis en fumées en 2024 pour la seule entité britannique du LIV golf. La rentabilité ? Un doux rêve que Scott O’Neil, qui a pris la place de Norman l’an dernier, a repoussé à un horizon de cinq à dix ans. Une éternité !
Face à l’urgence, le LIV parle « d’évolution stratégique » avec la nomination de deux nouveaux administrateurs. Des pompiers qui tentent de sauver ce qui peut l’être.
L’idée est de vendre les 13 franchises à de (naïfs ?) investisseurs privés dans un « monde nouveau et courageux ». Un vœu pieux déjà formulé à la naissance du circuit et qui n’a aucune raison valable de se matérialiser dans les prochains mois.
Pourquoi ? Parce que les équipes du LIV, souvent identifiées à une star unique (et pour certaines, à aucune), peinent à exister comme marques autonomes. Euphémisme. Sérieusement, qui connaît les franchises du LIV ? Convaincre de nouveaux capitaux d’entrer dans un projet dont les dettes se comptent en milliard relève de la mission impossible.
Le modèle du LIV ne fonctionne tout simplement pas
Le scepticisme gagne du terrain
À cette équation déjà insoluble s’ajoute l’implacable réalité du monde du sport business.
Plusieurs investisseurs interrogés ces dernières jours dressent un constat brutal : « Le LIV est encore très loin du seuil de rentabilité. Le modèle ne fonctionne tout simplement pas », glisse ainsi un acteur impliqué en Formule 1, pointant l’impasse d’un projet fondé sur des pertes structurelles et cette hypothétique revente de franchises. Une thèse fragilisée par l’absence d’acheteurs crédibles.
Dans les cercles financiers, le diagnostic est encore plus sévère. « Le problème, c’est qu’il n’y a pas de voie vers la rentabilité », tranche un grand argentier du sport. « Vous pouvez réduire les coûts, repenser le produit, mais sans audience massive ni droits TV solides, il manque la base même du modèle économique. »
O’Neil coupé au montage
Une critique récurrente pour le LIV qui n’est jamais parvenu à transformer le peu d’intérêt qu’il suscite en revenus tangibles. Les audiences télés du LIV ont toujours été faméliques, pour ne pas dire catastrophiques.
Et ce scepticisme commence à être partagé en interne.
Dans une interview au Mexique après l’annonce de l’arrêt imminent du LIV, le CEO a lui-même reconnu une réalité difficile à masquer : « Vous êtes financés pour toute la saison, puis vous devez travailler comme des fous pour trouver un modèle pour continuer au milieu de cette saison ».
Une phrase qui sonne comme un aveu de fragilité, loin des certitudes affichées lors des premières années et qui a été retirée après diffusion ! Signe supplémentaire qu’il y avait déjà de la friture sur la ligne entre le Royaume et les exécutifs sur le terrain.
Quel LIV en 2027 ?
Dans ces conditions, qu’adviendra-t-il des épreuves du LIV après les 7 tournois** qu’il reste à jouer pour boucler la saison en cours ? Si tant est qu’ils aient vraiment lieu. En effet, l’étape prévue fin juin en Louisiane a déjà été reportée à une date ultérieure mais il parait peu probable qu’elle puisse se tenir.
Si les dirigeants et les fans du LIV continuent de s’auto-persuader qu’une nouvelle voie est possible, on peut d’ores et déjà affirmer que sans financement illimité, les fastes des débuts appartiennent désormais au passé. Place à la rigueur budgétaire.
On parle de quatre tournois par an, principalement à l’étranger, comme en Afrique du Sud ou en Australie où la démesure du LIV a semblé séduire les spectateurs de l’hémisphère sud.
L’idée de s’associer avec le DP World Tour pour promouvoir les Opens Nationaux est aussi une piste.
Mais ce LIV version « Low-Cost » n’aurait plus rien à voir avec le grand projet du Golf But Louder qu’ont défendu les joueurs recrutés à coup de plusieurs centaines de millions de dollars.
Rahm et DeChambeau pierres angulaires
Ainsi, on imagine mal les stars comme Jon Rahm et Bryson DeChambeau se satisfaire d’un circuit au rabais.
Le contrat pharaonique du Basque qui court jusqu’en 2029 pourra-t-il être honoré ? BDC, dont la renégociation n’a pas encore abouti, pense-t-il vraiment qu’à lui seul il peut sauver le LIV ?
Leur retour sur le PGA Tour, comme Brooks Koepka, ne sera pas aussi simple : la fenêtre de réintégration pour les récents vainqueurs de Majeurs imaginée par le boss du circuit américain, Brian Rolapp, s’est déjà refermée et rien n’indique qu’il soit prêt à la réouvrir.
Le risque d’un entre-deux, sans véritable refuge, est réel. Y compris pour ces joueurs phares.
Jon Rahm, par ailleurs toujours en conflit avec le DP World Tour, cristallise beaucoup d’animosité autour de sa personnalité sur le circuit américain. Son départ fin 2023 a été vécu comme une véritable trahison par les autres joueurs et il ne sera certainement pas le bienvenu.
Quant à Bryson DeChambeau, qui réfute avoir parlé avec le PGA Tour de son possible retour alors que des rumeurs indiquent que ses équipes se sont déjà rapprochées des têtes pensantes de Ponte Vedra Beach, il estimerait pouvoir jouer un rôle de sauveteur.
Figure centrale du projet LIV, BDC martèle son engagement : développer le golf en équipe, lancer des académies juniors, bâtir un héritage (sur ce dernier point, on peut en sourire…). Une vision qui tranche avec la pesante incertitude, alors même que des partenaires commerciaux pourraient se retirer et que des ajustements drastiques du produit sont à l’étude.
Un agent de joueurs résume le climat actuel en une phrase : « Avant, la question était »combien peut-on gagner avec LIV ? ». Aujourd’hui, c’est »est-ce que LIV sera encore là ? » ».
Tous les joueurs ont gagné beaucoup d’argent, mais le golf se retrouve dans une position difficile
Paul McGinley
Le golf grand perdant
Peut-être que le DP World Tour bénéficiera, à terme, d’un retour à la maison de quelques joueurs européens de renom. Si ceux-ci s’acquittent d’amendes réclamées par le circuit européen. Peut-être.
Mais là aussi pas sûr que les membres du circuit goûte le retour d’anciennes gloires comme Sergio Garcia, Ian Poulter ou Graeme McDowell.
Paul McGinley résume une forme de désillusion généralisée : « Les joueurs ont gagné. Les joueurs du LIV ont touché des sommes énormes, ceux restés sur les circuits traditionnels ont aussi vu leurs revenus s’envoler. Mais au final, le golf se retrouve dans une position très difficile, et précaire. » Une lecture froide d’un conflit où l’argent a coulé à flots, gonflant la bulle qui désormais menace d’exploser.
Au fond, le LIV n’a jamais été une simple ligue. Il fut au mieux un instrument géopolitique. Son fameux « héritage » ? Avoir fracturé durablement le paysage du golf mondial.
Le projet de créer une autre façon de consommer le golf est un échec. La guerre des circuits a fragilisé les fondations de l’institution en profitant de la vision court-termiste de joueurs avides. Les murs se sont craquelés, le modèle traditionnel s’est fissuré et, pris en tenaille, le golf a perdu un peu de son âme.
*Le golf mais plus fort
** LIV Virginia (7-10 mai), LIV Korea (28-31 mai), LIV Andalucia (4-7 juin), LIV UK (23-26 juillet), LIV New-York (6-9 août), LIV Indianapolis (20-23 août), LIV Michigan (28-30 août)
Photo : Angel Martinez / Getty Images












