The Open 2021

Morikawa, un avenir tout tracé

20 juillet 2021
Collin Morikawa Photo Matthew Lewis/R&A via Getty Images

A 24 ans, Collin Morikawa casse les records de précocité en alignant les grandes victoires. Le jeune Californien n’a peut-être pas l’aura d’un Tiger Woods, ni la flamboyance d’un Jon Rahm, ou le feu sacré d’un Jordan Spieth… Mais il est parti pour durer.

C’est Padraig Harrington, 49 ans, deux British Open au compteur, qui le dit : «On parle souvent de la nécessité d’avoir de l’expérience, mais plus vous avez de l’expérience, plus vous perdez votre insouciance. Je suppose que l’on pourrait créer un graphique où s’équilibreraient au fil des ans les courbes de l’expérience et celles de insouciance et de l’enthousiasme.»

D’expérience, Collin Morikawa n’en a guère, mais de l’enthousiasme, il en a à revendre. Et pour le moment la balance penche du bon côté.

Oui, il a bien remporté son deuxième majeur à seulement sa huitième apparition en Grand Chelem. Oui, il a bien triomphé le vénérable « The Open » à seulement 24 ans, et à sa toute première participation alors que ce Californien pur jus, d’origine japonaise par son père, n’avait quasiment jamais posé les pieds sur un links avant de disputer le Scottish Open la semaine précédant son avènement à Sandwich. Et encore, il n’avait guère goûté la découverte de ces fairways au « fescue » si particuliers, terminant au 71e rang.

Persuadé qu’il ne pourrait pas gagner à Sandwich dans ces conditions, il avait même décidé de changer son set de fers Taylor Made pour le « British ».

«Je n’étais pas satisfait de la façon dont mes coups de fers partaient avec ce sol sablonneux. J’ai donc décidé d’expérimenter autre chose. C’était comme un coup de dés. Je n’étais pas sûr que ça fonctionne

 

Parti pour rester

Pari osé, pari gagné pour celui qui est tout de même le leader de la saison 2021 sur le PGA Tour au “Stroke Gained” du Tee au Green. Ce changement de dernière minute montre à quel point Morikawa est un joueur à la fois talentueux, mais aussi extrêmement pointu, avide d’expérience.

En golf, gagner jeune n’est pas gage de réussite pour la vie. Le confort d’un triomphe sans pression en a trompé plus d’un et les practices du Korn Ferry Tour ou du Challenge Tour sont aujourd’hui remplis d’ex-terreurs des greens à la recherche d’une gloire évaporée…

Collin Morikawa, lui, on en est persuadé, va durer. Les raisons sont multiples.

 

Swing école

Pourquoi croire davantage dans un règne au long cours de ce jeune homme qu’en celui de Bryson DeChambeau (27 ans), qui a choisi l’option toute puissance, ou d’un des jeunes loups de sa génération que peuvent être Viktor Hovland (23 ans),  Matthew Wolf (22 ans) ou Joaquin Niemann (22 ans) ?

Il est très, très précis car il n’a pas beaucoup de rotation de la face de club dans sa zone d’impact.

Pete Cowen

D’abord parce qu’il est nanti d’un swing d’école qu’il répète à l’envi. Collin Morikawa a actuellement le meilleur grand jeu du monde. L’analyste de Golf Channel Brandel Chamblee l’a comparé à celui de Lee Trevino, l’un des meilleurs swings de l’histoire du jeu.

 

Quand certains s’extasient sur l’étonnante ressemblance, jusque dans les moindres petits détails (ici la position du bras gauche et des mains), avec  le maitre incontesté du jeu de fers Ben Hogan…

 

 

…d’autres, analystes ou enseignants réputés, tel l’incontournable Pete Cowen, récemment appelé à la rescousse par Rory McIlroy, encense sa technique irréprochable et ce, même si le nouveau n°3 mondial ne figure pas parmi les joueurs les plus longs du circuit (114e sur le PGA Tour en 2021 avec “simplement” 269 mètres de moyenne au drive).

«Collin possède tous les dénominateurs communs d’un bon swing, sa seule “originalité” est la position de son poignet un peu inclinée qui lui donne une maîtrise de l’impact encore plus performante, juge Cowen. Il n’est ni particulièrement long ni court mais il est très, très précis car il n’a pas beaucoup de rotation de la face de club dans sa zone d’impact

 

 

Pour clore sur le sujet du swing, on ne saurait trop vous conseiller de visionner ce coup de fer laser au trou n°8, dimanche, une merveille du genre. Rythme, stabilité, maîtrise de l’effet et de la distance, tout y est…

 

 

Confiance et appétit

Une autre raison qui doit permettre à Morikawa de s’inscrire dans le temps, c’est bien évidemment son mental. On ne gagne pas deux majeurs, un WGC et deux autres tournois sur le PGA Tour (5 au total en 2 ans chez les pros) aussi jeune sans avoir une tête bien faite.

Outre un mental de gagnant guidé par un appétit féroce de victoires, c’est sa faculté à analyser et à prendre les bonnes décisions qui impressionne. 

Pour preuve la façon dont le jeune homme, en proie à des problèmes de putting, est parvenu en partie à relever le défi. Notamment sous pression lorsque ça compte vraiment…

Et comme le souligne le journaliste de Golf Digest Daniel Rapaport, «si Collin se met à rentrer des putts, c’est un peu comme lorsque le grand Tiger Woods mettait sa balle sur le fairway : l’identité du vainqueur ne faisait aucun doute…»

Classé 170e au Stroke Gained Putting du PGA Tour en 2021, Morikawa a procédé à quelques ajustements sur l’équilibrage de son putter juste avant The Open. Un peu plus de poids en tête pour s’adapter à la relative lenteur des greens par rapport à ceux du PGA Tour, et un grip pince qui a fait merveille toute la semaine sur les putts courts. L’intéressé a apprécié.

«C’est définitivement l’une de mes meilleures semaines au putting, particulièrement sur les putts courts entre 0 et 3 mètres. Je ne sais pas pourquoi mais j’en rate assez peu à cette distance en majeur, peut-être parce que je suis vraiment focalisé sur ce compartiment du jeu, notamment les dimanches. Je crois que je vais utiliser ce qui a fonctionné aujourd’hui pour l’appliquer à l’ensemble des tournois

 

Le deuxième plus dur que le premier ?

Gagner un Grand Chelem bouleverse la vie d’un golfeur. Dans un passé récent, les Danny Willett, Henrik Stenson, Sergio Garcia, Francesco Molinari, Gary Woodland ou Jimmy Walker, tous considérés comme des joueurs confirmés, ont eu du mal à enchainer.

C’est comme faire partie d’une autre classe de joueurs.

Ernie Els après son 2e sacre en Grand Chelem

Après son éclatante victoire au Masters en 1997 même Woods a mis plus de 2 ans avant de remporter son deuxième majeur. On a coutume de dire que le 2e succès en majeur est plus difficile à atteindre que de décrocher son premier titre.

Sur les 221 différents vainqueurs en Grand Chelem 142 (64%) n’en compte qu’un seul. Comme l’a dit Ernie Els après son deuxième succès dans l’US Open en 1997

«C’est comme faire partie d’une autre classe de joueurs. Beaucoup de joueurs ont gagné un majeur, j’en ai gagné deux désormais.» 

 

Les raisons sont variées. Mais l’aboutissement ultime d’une quête chamboule forcément la tête d’un grand joueur. Collin Morikawa, lui, semble hermétique à ce type de considérations. Après sa victoire en août 2020 au PGA Championship sur ses terres californiennes, il ne lui a fallu qu’onze mois pour démontrer à nouveau qu’il avait l’étoffe des plus grands. 

Qu’il frappe son premier coup du tournoi ou qu’il remonte victorieusement le fairway du 18e trou d’un majeur, il reste calme, déterminé, dans l’instant présent. Au point même d’impressionner la légende Jack Nicklaus 18 majeurs au compteur qui lui aussi estime qu’il est “taillé pour durer”.

 

 

 

Enfin dernier indice qui nous fait dire qu’on n’a pas fini d’entendre parler du Californien, sa gourmandise est loin d’être rassasiée et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. 

«J’en veux plus, bien plus encore, disait-il au moment de partager ses émotions après avoir soulevé la Claret Jug. J’adore ces moments, même si je ne le montre pas beaucoup. Je veux apprendre à les goûter encore davantage, à les savourer peut-être quelques jours de plus. Mais surtout, je veux en revivre d’autres

Ses rivaux sont prévenus, Collin Morikawa, comme il l’avait annoncé dès ses débuts sur le PGA Tour, est là pour gagner. Une fois, deux fois, autant de fois qu’il pourra. 

 

 

 

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