Le club de Southampton, dans l’État de New York, accueille l’U.S. Open 2026 pour la sixième fois de son histoire, une distinction que très peu de clubs peuvent revendiquer. Mais avant d’être une scène de championnat, Shinnecock est une pièce d’histoire vivante, un terrain qui a façonné le golf américain tel qu’on le connaît aujourd’hui.
Fondé en 1891, Shinnecock Hills est l’un des cinq clubs à l’origine de la création de l’USGA, l’instance dirigeante américaine. Ses membres ont été les premiers aux États-Unis à faire officiellement partie du club, et dès 1896, Shinnecock accueillait à la fois l’U.S. Amateur et l’U.S. Open.
C’était simplement la deuxième édition de ces deux épreuves.
Visité et revisité
Le parcours lui-même a connu plusieurs vies. Les premiers tracés des années 1890, dessinés par les professionnels écossais Willie Davis puis Willie Dunn. Ils s’étendaient principalement au sud du club-house et croisaient même les voies ferrées du Long Island Railroad.
Après un passage sous le crayon de C.B. Macdonald et Seth Raynor dans les années 1910, c’est finalement l’architecte William Flynn qui, en 1931, a apposé le sceau définitif du parcours que nous connaissons aujourd’hui.
Celui-ci s’étend sur 80 hectares et serpente d’abord à travers une section qui s’apparente beaucoup à un links avec une végétation composée de fétuques et de sauge, avant de plonger dans un relief de dunes plus marqué sur le retour.
le par 5 le plus court du golf
Lee Trevino
Un morceau d’Écosse sur les côtes de Long Island
C’est peut-être la description la plus juste qui soit : Shinnecock Hills, possède les gênes des parcours links des iles britanniques.
Comme si un bout d’Écosse avait été déposé là, au bord de la baie de Peconic.
Les vents qui soufflent depuis la baie et l’océan Atlantique tout proche frappent différemment selon l’orientation des trous, et les scores se font et se défont sur des greens bombés et inclinés qui détournent impitoyablement les coups imprécis.
Ce caractère links n’est pas le fruit du hasard — il a même été accentué volontairement.
Depuis 2000, le club a progressivement abattu ses pins et autres arbres qui couvraient de larges sections du parcours. Résultat : le relief du terrain est désormais bien plus lisible, et surtout, le vent circule sans rencontrer d’obstacles sur l’ensemble du tracé, rendant les conditions encore plus exigeantes et le gazon plus ferme et rapide.

©USGA/Fred Vuich
Un parcours qui punit jusqu’au bout
Il y a des parcours qui font peur. Et il y a Shinnecock Hills. On a souvent cette impression à Shinnecock : plus on approche du trou, plus le golf devient difficile.
Les fairways sont généralement larges, mais les meilleurs angles d’approche sont réservés à ceux qui frappent assez loin pour atteindre les rares portions planes du terrain. Et une fois sur le green ? C’est là que le parcours montre vraiment les dents.
«C’est un parcours de golf exceptionnel car les fairways sont relativement accueillant en revanche les greens sont plutôt petits. L’USGA peut placer les drapeaux dans des coins et va adorer le faire. Depuis le départ il faudra réfléchir au bon angle pour le deuxième coup.» explique Rory McIlroy qui avait mordu la poussière lors de l’édition 2018. (cut manqué de deux coups)
Le survol trou par trou en vidéo
Les trous clés
Le 7, par 3 de 170 mètres est l’un des trous les plus difficiles de l’aller.
Le vent, la pente extrême du green et un terrible bunker positionné à droite ont fait exploser la moyenne de score (3,65) en 2004. Cette année-là il avait fallu arroser le green entre les parties pour éviter que celui-ci ne devienne complètement injouable.
Et que dire du 11, ce par 3 de d’un peu plus de 135 mètres a valu ce commentaire signé Lee Trevino : « le par 5 le plus court du golf ». Le coup de départ vers un green en hauteur, cerné de trois bunkers profonds, avec une pente arrière très prononcée rend l’approche-putt quasi impossibles.
En 2018, Brooks Koepka avait retrouvé sa balle dans le rough à 25 mètres derrière le green, et l’avait joué dans le bunker devant, avant d’en sortir et de rentrer le putt de 4 mètres pour le bogey. Certainement l’un des plus grands bogeys de l’histoire de l’US Open.
Le 16, par 5 de 565 mètres, est brutal mais principalement en raison de sa longueur. Si le vent est de face, personne ne peut l’atteindre en deux. Les bunkers de fairway, hors de portée lors du dernier passage en 2004, sont cette fois bien en jeu. A éviter à tout prix pour ne pas avoir à attaquer le green avec un long fer.
Vent prévu, score redouté
Pour cette édition 2026 notez qu’aucun nouveau départ n’a été créé et donc aucun trou n’a été rallongé.
En revanche les prévisions météo annoncent 30 à 50 km/h de vent tout au long de la semaine et cela fait dire aux observateurs que le score vainqueur devrait être compris entre le par et +2. En 2018 Brooks Koepka s’était imposé en 281 coups, soit un coup au dessus du par.
Vous l’aurez compris le parcours n’a pas besoin de se réinventer pour rappeler pourquoi il est l’un des cinq meilleurs du continent américain. Il est d’ailleurs d’ores et déjà acquis que les joueurs reviendront s’y frotter dans 10 ans.
©usga














