Les dix représentants du LIV Golf présents cette semaine à Augusta – dont cinq anciens vainqueurs – ont vécu un jeudi très compliqué, alignant des scores plutôt brutaux à l’image du 76 (+4) et du 78 (+6) de Bryson DeChambeau et de Jon Rahm, pourtant récents lauréats sur le Circuit dissident saoudien. Une terrible « sortie de route » sévèrement commentée par les consultants vedettes de la télévision US.
L.V.
Peut-on d’ores et déjà annoncer que cette 90e édition du Masters s’apparente à une véritable « Berezina » pour la plupart des stars du LIV Golf présentes dans ce premier Majeur de la saison ? A en juger par les scores signés au recording, on n’est pas loin de le penser. Aucun d’entre eux n’a ainsi joué sous le par ce jeudi*, le total cumulé de leur score est +33 (!) certes dans des conditions de jeu difficiles, avec un parcours à la fois ferme et rapide.
Honneur toutefois à Sergio Garcia, vainqueur en 2017, qui est parvenu à jouer dans le par (72) – trois birdies et trois bogeys – et qui apparait à la 17e place du leaderboard, juste devant Dustin Johnson, lui aussi ancien lauréat (en 2020 à huis clos au mois de novembre en plein Covid), 33e à +1 (73) par la faute d’un ultime bogey sur le par 4 du 18.
10 greens manqués pour DeChambeau
Considérés comme des favoris puissance 10 à la victoire finale, Bryson DeChambeau et Jon Rahm, en revanche, sont totalement passés à côté de leur sujet. Le premier s’est contenté si l’on peut dire d’un 76 (+4) alors que le second a coulé à pic avec un horrible 78 (+6). Un réveil plutôt brutal pour deux joueurs « clés » du Circuit saoudien, pourtant en « grandes formes » puisque les deux compères ont remporté les trois derniers tournois du LIV Golf au calendrier 2026.
Le premier cité en Afrique du Sud (22 mars) et à Singapour (15 mars), l’Espagnol ayant dominé un peu plus tôt les « débats » à Hong Kong le 15 février.
On gardera longtemps en mémoire ce « naufrage » de BDC – 10 greens manqués au passage – sur le par 4 du 11 (le premier trou de l’Amen Corner) avec un triple bogey à la sortie, assaisonné de trois coups pour sortir d’un bunker. 51e sur 53e au Stroke Gained Approach lors du dernier tour du Masters 2025, le Californien était 72e ce jeudi soir dans ce compartiment du jeu.
C’est nul d’être dans cette position, de devoir fournir un effort herculéen les deux prochains jours pour me donner une chance de gagner.
Jon Rahm
Jon Rahm, veste verte en 2023, a quant lui joué son pire tour à Augusta. Le regard livide de l’Espagnol à la sortie de ce chemin de croix faisait presque peine à voir. Il est 73e au leaderboard après 18 trous.
« C’est un parcours de golf difficile, a-t-il déclaré, abattu. Certains joueurs ont peut-être pu gérer un tour respectable, mais quand vous n’avez aucun ressenti avec le swing, ce n’est tout simplement pas facile. C’est nul d’être dans cette position, de devoir fournir un effort herculéen les deux prochains jours pour me donner une chance de gagner. C’est juste frustrant. »
Ces deux-là ont dû entendre leurs oreilles siffler dans la soirée, au moment du débriefing, puisqu’ils n’ont pas été épargnés par les nombreux observateurs, notamment ceux faisant référence sur Golf Channel. Brandel Chamblee, qui n’a jamais tenu en grande estime le LIV Golf et ses représentants, a été particulièrement incisif.
Leurs stats sur le LIV ? Ça a le même poids que si vous demandiez à Stephen Curry de shooter des lancers francs vers un cercle de la taille d’un hula-hoop, et qu’il était à 100 % de réussite.
Brandel Chamblee
Aucune comparaison possible
« Jon Rahm ? C’est comme s’il avait oublié comment jouer au golf. À chaque départ, il tape le plus fort possible. C’est comme s’il participait à un concours de drive longue distance. Je n’ai jamais vu quelqu’un taper aussi fort sans retenue. Il n’y a aucune nuance dans son swing de golf. »
Et pourtant, l’Espagnol affiche des stats « impressionnantes » sur le LIV Golf avec 82 % de greens pris en régulation. Mais Augusta, ce n’est pas le LIV Golf. Sinon, ça se saurait ! Chamblee a, là encore, son explication.
« Ces gars-là ne sont pas mis au défi (sur le LIV Golf). Ils jouent sur des parcours de golf qui ne sont pas particulièrement difficiles. Ils ne sont pas très bien préparés et ils n’ont qu’à battre cinq ou six gars (pour gagner). Leurs stats sur le LIV ? Pour moi ça a le même poids que si vous demandiez à Stephen Curry (Ndlr, le basketteur vedette des Golden State en NBA) de shooter des lancers francs vers un cercle de la taille d’un hula-hoop, et qu’il était à 100 % de réussite.»
Là où il y a plus de rebond en termes de score, il faut rebondir en termes d’erreurs. Sur le LIV, on vise certainement 20-25 sous le par.
Paul McGinley
« Au fil du temps, ils sont devenus de plus en plus mauvais (Ndlr, DeChambeau a tout de même gagné l’U.S. Open 2024 à Pinehurst). Pour moi, c’était le pire jour dans un Majeur pour les joueurs du LIV. Pour tous les joueurs du LIV. »
Un son de cloche que partage Paul McGinley, capitaine victorieux de l’équipe européenne à la Ryder Cup 2014 et désormais dans le staff de Luke Donald qui a remporté deux fois de suite le trophée à Rome (en 2023) et à Bethpage (en 2025). « Sur le LIV, il n’y a pas de tension du premier au 72e trou. Il n’y a qu’à consulter les scores très bas sur le LIV. »
« Là-bas (sur le LIV), c’est un style de golf différent et c’est probablement pour cela qu’ils ont eu du mal lorsqu’ils viennent sur un parcours de golf comme celui-ci aujourd’hui, ajoute l’Irlandais. Il faut rebondir lorsque vous faîtes des erreurs alors que sur le LIV, on vise des scores de 20-25 sous le par. »
Jon (Rahm) devrait jouer plus régulièrement sur le DP World Tour.
Paul McGinley
Le modèle du LIV en cause
« Pour moi, c’est une dynamique différente, avance encore McGinley. C’est un modèle commercial différent, et c’est un environnement différent pour jouer au golf. Vous avez la musique qui joue tout le temps. Vous avez des parcours de golf conçus pour du spectacle. Le seul parcours qui pourrait être considéré comme peut-être ferme cette année, c’est Adelaide, où (Anthony) Kim a gagné et ça s’est gagné très bas. »
« Et puis quand vous venez ici, vous n’êtes pas mentalement préparé à vivre ça, à encaisser les coups, et à rebondir. Les erreurs, elles sont inévitables à Augusta. Pour moi, le défi de ces gars désormais, c’est de démontrer qu’ils sont bien meilleurs que ce que nous avons vu aujourd’hui (jeudi). Je pense que ce que nous avons vu de la part de ces joueurs, c’est une anomalie. »
Pour l’Irlandais la solution serait que le Basque dispute plus d’épreuves des circuits historiques. « Jon (Rahm) devrait jouer plus régulièrement sur le DP World Tour. Parce que cela l’aiderait à être un meilleur compétiteur quand il s’agira des tournois Majeurs. C’est mon avis. »
Je ne crois pas que cela a été pour eux la meilleure des préparations quand, dans le même temps, les joueurs du PGA Tour se sont frottés au TPC Sawgrass (Players Championship) quelques jours après Bay Hill (Arnold Palmer Invitational).
Sir Nick Faldo
Justement. La situation délicate que traverse Jon Rahm, notamment vis-à-vis du DP World Tour et de son éligibilité pour la prochaine Ryder Cup à Adare Manor est aussi – peut-être – une explication à ce premier tour complètement raté. C’est ce qu’avance en tout cas Sir Nick Faldo sur Sky Sports.
« Jon mène ses combats avec le DP World Tour concernant les affaires de la Ryder Cup, souffle le triple vainqueur de la veste verte. Peut-être que cela l’a affecté. Et puis ils débarquent de tournois sur le LIV où le score pour gagner tourne autour de -25. Ici, ce n’est pas possible. Je ne crois pas que cela a été pour eux la meilleure des préparations quand, dans le même temps, les joueurs du PGA Tour se sont frottés au TPC Sawgrass (Players Championship) quelques jours après Bay Hill (Arnold Palmer Invitational). »
*Sergio Garcia : 72 (par), 17e au leaderboard
Dustin Johnson : 73 (+1), 33e
Tyrrell Hatton : 74 (+2), 40e
Cameron Smith : 74 (+2), 40e
Charl Schwartzel : 75 (+3), 48e
Tom McKibbin : 75 (+3), 48e
Bubba Watson : 76 (+4), 56e
Bryson DeChambeau : 76 (+4), 56e
Jon Rahm : 78 (+6), 73e
Carlos Ortiz : 80 (+8), 82e
91 joueurs au départ de cette 90e édition du Masters













