On poursuit notre série d’articles consacrés au respect de l’étiquette en évoquant un comportement que l’on voit un peu trop dans les clubs de France et de Navarre : un club lancé dans les airs par un joueur frustré. Ce geste peut paraître sans conséquence quand l’objet du délit finit sa course sans abîmer le parcours, mais sans que l’on veuille se positionner en grand donneur de leçons, il est condamnable à plus d’un titre. Voici pourquoi.
Le golf aime se présenter comme un sport à part. Un sport où l’on s’arbitre soi-même, où l’on répare ses divots, où l’on replace les pitchs des autres et où un simple « joli coup » lancé à un partenaire peut suffire à préserver la paix sur plusieurs fairways.
Dans cet univers codifié, le jet de club reste pourtant une étrange survivance. Une sorte de réflexe primitif qui consiste à transformer un mauvais coup en démonstration publique de frustration. Comme si la balle partie dans lèvre bunker avait soudainement été la faute du fer 7. Comme si cette nouvelle virgule était due à ce maudit putter.
Car enfin, il faut reconnaître une chose : aucun club de golf n’a jamais pris seul l’initiative d’envoyer une balle dans l’eau.
Pourtant, le phénomène demeure. On voit encore des joueurs projeter leur club au sol, et pire encore le lancer quelques mètres devant eux ou le balancer rageusement dans leur sac. Souvent accompagné d’un commentaire dont la richesse lexicale ne figure généralement dans aucun manuel de l’étiquette.
Pas bien grave, vraiment ?
Pour certains, ce n’est « pas bien grave ». Après tout, personne n’est blessé, le club appartient au joueur et la colère retombe aussi vite qu’elle est montée. Et puis si le club s’abîme après ce geste technique mal maîtrisé, ce n’est gênant que pour son propriétaire.
Vraiment ?
Le problème n’est pas tant le geste lui-même que ce qu’il représente. Le golf repose sur la maîtrise de soi autant que sur la maîtrise technique. Accepter l’erreur, gérer la frustration, continuer à jouer malgré l’échec font partie intégrante du jeu. Le parcours est déjà suffisamment difficile sans avoir besoin d’y ajouter une crise de nerfs.
Le jet de club envoie également un message peu compatible avec l’esprit du golf. Aux partenaires de jeu d’abord, qui n’ont pas forcément envie de partager quatre heures avec quelqu’un qui semble à deux mauvais swings de demander une expertise psychiatrique. Aux jeunes ensuite, qui observent et reproduisent parfois les comportements des adultes. Enfin au personnel du club, qui n’apprécie généralement pas davantage les clubs plantés dans les greens ou à ses abords que les traces de chaussures dans les bunkers.
Dans certains cas, les conséquences peuvent d’ailleurs dépasser le simple regard réprobateur des partenaires. Les règlements intérieurs de nombreux clubs permettent de sanctionner des comportements jugés contraires à l’étiquette ou à l’esprit sportif. Un rappel à l’ordre, un avertissement disciplinaire, voire des sanctions plus sévères peuvent être envisagés lorsque les débordements deviennent récurrents ou mettent en danger les autres joueurs.
Des sanctions en Majeur, et dans les clubs, parfois
Car il existe une différence importante entre manifester sa déception et perdre le contrôle. Un club lancé n’est pas seulement un objet malmené ; c’est aussi un projectile potentiel. Et sur un parcours fréquenté, la frontière entre le geste d’humeur et l’incident regrettable peut parfois être mince.
Cette question est d’ailleurs en train de prendre une nouvelle dimension au plus haut niveau du jeu. Les instances dirigeantes du golf professionnel réfléchissent depuis plusieurs mois à renforcer les codes de conduite applicables aux compétitions majeures. L’idée est claire : certains comportements antisportifs, parmi lesquels les jets de clubs ou les démonstrations excessives de colère, pourraient être davantage sanctionnés, y compris par des coups de pénalité. Sergio Garcia, un spécialiste du genre, va devoir se tenir à carreau.
Le message est fort. Pendant longtemps, les écarts d’humeur ont été tolérés comme faisant partie du spectacle. Mais les organisateurs souhaitent désormais rappeler que l’excellence sportive ne se mesure pas uniquement au score affiché sur la carte. Si le Masters d’Augusta ou l’Open britannique peuvent servir d’exemple en la matière, c’est tant mieux !
La beauté du golf avant tout
Cette évolution traduit une tendance plus large. Le golf moderne cherche à attirer de nouveaux pratiquants tout en préservant les valeurs qui ont construit son identité. Or il devient difficile d’expliquer à un débutant qu’il doit respecter l’étiquette lorsque certains professionnels donnent parfois l’impression qu’un mauvais drive autorise toutes les réactions.
Les défenseurs du jet de club objecteront que la frustration est humaine. Ils ont raison. Elle l’est même profondément. Mais précisément, la beauté du golf réside dans cette lutte permanente contre soi-même. Réussir à sourire après un triple bogey est souvent plus difficile que réussir un birdie.
Au fond, le véritable exploit n’est peut-être pas de frapper un coup parfait. C’est de conserver sa dignité lorsque le coup est raté.
Et puis, si l’on y réfléchit bien, le club mérite sans doute un peu d’indulgence. Après tout, il n’avait probablement pas prévu de finir sa journée en vol plané au-dessus du fairway. D’autant que ça n’a jamais été sa fonction.
Photo Johan Rynners / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP














