Alors que le 154e Open britannique a consacré Ryan Fox, deux joueurs de premier plan qui figuraient parmi les favoris, Robert MacIntyre et Rory McIlroy, ont pointé du doigt le parcours de Birkdale et plus précisément le rough grillé et clairsemé qui, selon eux, ont complètement changé le défi que représente habituellement les links.
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. En l’occurence, la pièce manquante du puzzle, cette année dans The Open, n’était pas forcément le vent ou une météo hostile.
L’anémomètre est monté un peu plus dimanche pour corser l’affaire. Non, ce qui a vraiment manqué cette semaine pour que l’éminent Royal Birkdale montre ses griffes, c’est le rough.
Même si le vainqueur est considéré comme un joueur tout terrain, même si Ryan Fox a un profil de joueur créatif, Birkdale, considéré comme l’un des parcours les plus difficiles de la rotation de The Open, n’a pas été aussi difficile qu’à l’accoutumée. Sur ce sujet, Rory McIlroy et Robert MacIntyre partagent le même avis.
Sous l’effet d’un été particulièrement sec et brulant, les roughs de Southport ont perdu de leur mordant et transformé la manière d’aborder le parcours.
Fairways durs, balles qui roulent longtemps, rough clairsemé et finalement pas très pénalisant par endroits : autant d’éléments qui ont permis aux joueurs capables de porter la balle très loin de réduire certaines difficultés.
Avantage aux risque-tout
Robert MacIntyre a été l’un des premiers à faire ce constat et à le regretter.
L’Écossais, qui avait construit son premier tour en jouant souvent des fers au départ afin d’éviter les bunkers de fairway, a reconnu que certains joueurs pouvaient tirer profit de leur puissance.
« Vous avez des joueurs qui vont simplement prendre le driver et le frapper aussi loin que possible. Ils peuvent potentiellement s’en sortir puisque la balle roule, même dans le rough », expliquait-il après son premier tour en évoquant la stratégie à adopter sur ce Birkdale très particulier.
Pour MacIntyre, le parcours restait un formidable test mental, mais les conditions offraient une alternative aux gros frappeurs : prendre des risques sans craindre la catastrophe et être récompensé lorsque le coup était réussi.
Une analyse partagée par Rory McIlroy. Le Nord-Irlandais, pourtant l’un des joueurs ayant le plus profité de sa puissance au cours de sa carrière, a lui aussi estimé que le tracé ne ressemblait pas totalement à l’image traditionnelle d’un links d’Open britannique.
« Ce Birkdale n’était pas celui que j’ai connu auparavant », a-t-il jugé, soulignant l’absence de certaines difficultés habituelles.
Des difficultés gommées cette année
McIlroy a d’ailleurs illustré cette tendance dans son propre jeu.
Leader du tournoi en distance au drive et très performant depuis le départ, il a pourtant terminé loin de la victoire, notamment en raison de difficultés dans le petit jeu et le putting.
Mais son constat reste intéressant : les conditions permettaient à certains joueurs de tirer profit de leur puissance en jouant des wedges ou même des petits approches sur les par 4. Ce n’était certainement pas de cette manière que le R&A avait imaginé que le parcours se jouerait.
Parmi les prétendants à la victoire Cameron Young a souvent attaqué les greens avec des petits fers et donc avec davantage de contrôle.
À l’inverse, les joueurs moins longs, comme Tommy Fleetwood ou Robert MacIntyre, se retrouvaient fréquemment avec des longs fers ou des hybrides en main donc moins évident de garder la balle sur les greens, même si ceux-ci étaient moins secs qu’anticipé.
L’autre particularité de ce Royal Birkdale 2026 a été l’irrégularité des greens. Ils n’ont pas été décrits comme mauvais, mais en fin de journée, il faut bien le dire, les balles sautaient beaucoup. Leur irrégularité a corsé l’affaire pour le chipping également.
Le curseur stratégique a bougé
Le paradoxe de Birkdale cette année est donc que les greens, censés être l’un des grands juges d’un majeur, n’ont pas seulement récompensé le putting. Leur fermeté et leur irrégularité ont déplacé une partie du défi vers la capacité à contrôler la vitesse de balle et la qualité des approches.
Le curseur stratégique avait donc légèrement bougé. Un peu comme à Portrush l’an passé, où l’absence presque totale de vent avait favorisé le jeu « à l’américaine ».
Le dernier vrai « British », en mode mauvais temps, c’était peut-être à Troon en 2024 quand la tempête avait sévi, notamment le samedi. C’est aussi ça, les links : la météo décide de beaucoup de choses. Et en Angleterre, en Ecosse ou en Irlande, elle est vraiment imprévisible.
Photo Ben STANSALL / AFP












