Au golf, lorsqu’on parle d’étiquette, les mêmes recommandations reviennent toujours : relever ses pitchs, ratisser les bunkers, respecter le silence pendant le swing ou veiller au rythme de jeu. Pourtant, il existe une forme d’impolitesse beaucoup plus discrète, rarement évoquée, mais dont les conséquences se ressentent à chaque partie : choisir des départs qui ne correspondent pas à son niveau de jeu.
Il ne s’agit pas ici de critiquer le joueur qui célèbre bruyamment un birdie ou qui annonce son index à la première occasion. L’ego du golfeur amateur peut-être pénible de façon plus subtile. Cette tendance à vouloir jouer un parcours tel qu’on aimerait être capable de le jouer, plutôt que tel qu’on est réellement capable de le faire, est désobligeante… pour les autres.
L’exemple le plus évident est celui des départs. Combien de joueurs de handicap moyen, voire élevé, s’obstinent à partir des boules blanches ou jaunes parce que « c’est là que jouent les hommes » ou parce qu’ils ne veulent pas donner l’impression de reculer et donc de régresser ? Pourtant, les chiffres sont sans appel. La majorité des amateurs gagneraient en plaisir, en fluidité et souvent en score en avançant d’un départ. Partir des bleus lorsqu’on on a un handicap supérieur à 20 n’est pas une infamie. C’est plutôt un bienfait.
Rien d’infamant à partir des bleus
Ce n’est pas une question de niveau, mais de lucidité.
Un parcours de 6 500 mètres n’a pas été conçu pour être joué de la même manière par un professionnel qui porte sa balle à 280 mètres et par un amateur dont le drive moyen dépasse difficilement les 190 mètres. À vouloir imiter les meilleurs, beaucoup se condamnent à multiplier les longs fers, les bois de parcours ou les coups « impossibles » pour atteindre les greens en régulation. Ce qui reste l’essence du jeu. Même si les « bogeys players » sont tout à fait respectables.
Le résultat de cette erreur d’appréciation est qu’on joue plus lentement, qu’on perd davantage de balles et l’on prend moins de plaisir.
Et cela finit par avoir des conséquences sur les autres.
Les meilleurs partenaires connaissent leurs limites
Et il y a aussi d’autres formes d’ego nocives : faire attendre le partenaire pendant que l’on hésite entre un fer 5 et un hybride pour tenter un green inaccessible (parfois cela se transforme un un coup qui ne franchit pas la moitié du chemin envisagé), mesurer la force du vent pendant une bonne minute alors que les autres ont déjà joué, prendre 45 secondes pour renter un putt de 50 centimètres pour quadruple bogey parce que vous tenez à « finir ce maudit trou ».
L’étiquette consiste aussi à connaître ses limites et son niveau.
Il n’y a surtout rien de dévalorisant à choisir un départ plus avancé. Les fédérations du monde entier encouragent désormais les clubs à adapter les départs aux distances de jeu plutôt qu’au sexe ou à l’âge des joueurs. L’objectif est simple : jouer sur des parcours équilibrés, où chacun peut jouer taper les clubs pour lesquels les trous ont été imaginés.
Joue plus court ne signifie pas jouer moins bien
Cette évolution de comportement demande d’accepter une idée parfois difficile : jouer plus court ne signifie pas jouer moins bien. Au contraire.
Les meilleurs partenaires de jeu ne sont d’ailleurs pas ceux qui cherchent à impressionner. Ce sont souvent ceux qui connaissent leurs capacités, prennent des décisions raisonnables et rendent la partie agréable pour tout le monde.
Il existe une forme d’élégance dans cette modestie sportive. Elle permet de jouer plus vite, a priori de mieux scorer et de savourer davantage son parcours. Car personne ne remet une médaille au joueur qui a choisi les départs les plus reculés.
Photo David Jensen / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP













