Matthieu Pavon va disputer cette semaine son 9e Open de France. Le 8e au Golf National. Et son bilan n’est guère positif. Sur ses trois cuts franchis sur le par 71 de l’Albatros, son meilleur résultat demeure à ce jour une 30e place acquise en 2022. Mais il suffit d’une fois pour inverser la tendance. Pourquoi pas cette année sur un tracé fortement modifié…
Propos recueillis par Lionel VELLA, au Golf National
C’est tout près du putting green du Golf National, au calme, que Matthieu Pavon, arrivé samedi soir des Etats-Unis, nous a consacré un bon petit quart d’heure. Détendu, le Français du PGA Tour n’a occulté aucune question, aucun sujet. Du parcours de l’Albatros, fortement relooké, à son avenir toujours incertain sur le circuit US en passant par l’ambiance plus « décontractée » sur le DP World Tour, l’actuel 130e joueur à la FedEx Cup a joué cartes sur table.
GOLF PLANETE : On vous sent heureux de venir à l’Open de France… On se trompe ?
Matthieu PAVON : Non, bien sûr, c’est le rendez-vous un peu incontournable de l’année. C’est toujours une grande fierté de venir représenter son pays à son Open national, donc oui, je suis très content d’être là.
G.P. : Qu’est-ce que ça représente pour vous de venir chaque année prendre part au plus vieux tournoi d’Europe continentale (créé en 1906), chez vous en France ?
M.P. : Cela représente plusieurs choses, une fierté comme je l’ai dit mais aussi une obligation. Malheureusement, je n’ai pas eu de très bons résultats ici au cours des dernières éditions (voir ci-dessous), mais chaque année je me représente avec l’envie de faire mieux et de faire pencher un peu la balance dans l’autre sens. Donc voilà, c’est un peu le challenge à chaque fois.
G.P. : Comment expliquez-vous le fait que vous n’y arrivez pas sur ce parcours de l’Albatros, et quand c’est le cas, cela reste néanmoins toujours compliqué ?
M.P. : Je ne sais pas. Je n’ai jamais très bien joué ici, au Golf National, malheureusement. Je trouve le parcours challenging, il y a vraiment des trous qui sont difficiles, avec beaucoup de pièces d’eau… C’est un tracé qui ne m’a pas vraiment réussi.
Est-ce qu’on avait vraiment besoin de rallonger déjà le trou n°15 par exemple pour le rendre encore plus difficile ? Je ne suis pas sûr.
Matthieu Pavon
G.P. : L’avez-vous déjà joué dans sa nouvelle version, avec notamment ces trois nouveaux trous du 4 au 6 ?
M.P. : J’ai joué les neuf premiers trous ce matin (lundi 21 septembre). Il y a du changement, c’est certain mais après, je ne sais pas comment décrire tout ça. L’aspect est différent. Je pense qu’il y a du bon et du moins bon. Pour le coup, je suis un peu partagé sur ces nouveaux trous. Je trouvais que les trous qui étaient là avant étaient déjà des bons trous de golf. J’aimais vraiment beaucoup le trou numéro 5. C’était pour moi un super trou. Le look est un peu différent mais peut-être faut-il un peu de temps pour les apprécier à leur juste valeur.
G.P. : Le trou n°6, qui était considéré comme le plus facile avant les travaux, est devenu plus coriace. Vous confirmez ?
M.P. : Je suis d’accord. Il est plus intéressant à jouer maintenant. Je trouvais que la mise en jeu du 4 était déjà très bien à l’époque avec ses deux bunkers à gauche. Ils n’existent plus maintenant, donc je trouve la mise en jeu un peu fade aujourd’hui. Pour en revenir au 6, j’estime que c’est la meilleure modification avec une mise en jeu un peu plus serrée visuellement des bunkers. Cela habille bien le dessin de ce trou.
G.P. : Ce parcours peut-il donc être encore plus difficile à aborder qu’auparavant ?
M.P. : Oui, sûrement. De toute façon, quand les trous deviennent plus longs, le parcours devient généralement plus difficile. Après, est-ce qu’on avait vraiment besoin de rallonger déjà le trou n°15 par exemple pour le rendre encore plus difficile ? Je ne suis pas sûr. Ce qui est certain, c’est que ça devrait durcir un peu plus les choses (il sourit).
G.P. : Pouvez-vous nous confirmer que c’est votre dernière apparition sur le Tour européen cette saison ?
M.P. : Oui. Mon objectif, et j’en rêve depuis que je suis gamin, c’est de jouer sur le PGA Tour. Après l’Open de France, je vais me concentrer sur les tournois des Fall Series pour essayer de finir au mieux ma saison et garder un statut pour l’année prochaine.
C’est sûr que la tâche va être compliquée de rentrer dans le top 100, il ne faut pas se mentir.
Matthieu Pavon
G.P. : Avez-vous prévu de jouer les sept tournois des FedEx Cup Fall qui restent encore au calendrier ?
M.P. : Je ne sais pas encore. Il y a des points d’interrogation sur un ou deux tournois parce qu’il va y avoir un gros enchaînement (Ndlr, cinq tournois en cinq semaines entre le 22 octobre et le 22 novembre). Tout reste à confirmer mais je vais en jouer une grande majorité. Je sais que je n’irai pas au Japon (Baycurrent Classic du 8 au 11 octobre). Je ne rentre pas dans le champ…
G.P. : Vous êtes désormais 130e de la FedEx Cup et il ne vous reste plus que deux mois pour inverser la tendance. La pression va être importante, non ?
M.P. : C’est une grosse pression oui et non. C’est vrai que ça reste un super challenge à relever. Il y a des tournois qui sont vraiment sympas à jouer dans ces Fall Series, notamment au Mexique à Los Cabos (World Wide Technology Championship, du 5 au 8 novembre) qui est un endroit de rêve. Le RSM Classic, aussi, c’est super. Il y a de beaux tournois à jouer et encore une fois je ferai de mon mieux pour finir le plus haut possible à la FedEx Cup.
G.P. : Vous envisagez tous les cas de figure ?
M.P. : Pour l’instant, je n’envisage pas grand-chose. Encore une fois, je vais surtout jouer et faire de mon mieux. Et après, on verra. Les deux premiers tournois du PGA Tour en 2027 proposeront des gros champs, à plus de 150 joueurs. J’aurais des invitations pour jouer probablement ces tournois-là. Il y aura peut-être des ajustements à faire mais je pense vraiment que du moment où on termine dans le top 120, on a une grosse chance de jouer les 80 % du calendrier.
G.P. : Avec un droit de jeu partiel…
M.P. : Oui. C’est sûr que la tâche va être compliquée de rentrer dans le top 100, il ne faut pas se mentir. Il faudra rester le plus possible autour de cette zone. Je pense qu’en restant dans le top 120 (de la FedEx Cup), on aura 75 à 80 % de chances d’être au départ. Il faudra juste bien jouer au golf. Mais pour l’instant, je ne songe pas à ce cas de figure.
Je sens beaucoup plus de joueurs prêts à tout là-bas, alors qu’ici, entre guillemets, on partage davantage de choses entre nous.
Matthieu Pavon, sur le PGA Tour et le DP World Tour
G.P. : Que pensez-vous des calendriers 2027 et 2028 dévoilés par le PGA Tour et les déclarations de Rory McIlroy expliquant que les joueurs du DP World Tour qualifiés via la Race to Dubaï devraient directement aller sur le Championship Series et non pas sur le Challenger Series ?
M.P. : Pour moi, cette deuxième division américaine va quand même être très costaud parce qu’il y a une vraie densité de joueurs aux États-Unis qu’il n’y a pas forcément autant ici sur le Tour européen. Attention, il y a beaucoup de très bons joueurs en Europe, mais je pense que d’un point de vue densité, il y a une vraie différence. Mettre dix joueurs (du DP World Tour) sur le Championship Series, je trouve que c’est trop beau.
Si c’était moi, je mettrais probablement les trois à cinq meilleurs sur le Championship Series et les autres auraient accès sur le Challenger Series. Il ne faut pas oublier qu’il y aura 20 tournois challengers avec au minimum 4 millions de dollars de dotations. Ce qui est, en termes de rémunération et d’opportunité de jeu, plus intéressant pour moi que le DP World Tour. Donc, oui, il y a une vraie question à se poser sur le nombre de joueurs qui vont aller sur le Championship Series et sur le Challenger Series.
G.P. : Dans le cas où ça ne se passerait pas comme prévu pour vous dans les Fall Series, vous seriez assuré de posséder une catégorie 12 sur le DP World Tour la saison prochaine. Est-ce que ce sera peut-être une solution de repli ?
M.P. : Oui bien sûr, je ne suis fermé à aucune option. Comme je le disais, mon but est de jouer un maximum de tournois sur le PGA Tour parce que c’est pour moi les tournois les plus relevés, où l’on affronte les meilleurs joueurs chaque semaine, où les parcours sont les plus difficiles… Mon but est d’essayer d’être toujours compétitif au plus haut niveau. Après, s’il y a des tournois sur lesquels je ne pourrais pas jouer, bien sûr qu’il faudra que je revienne faire quelques bons tournois ici en Europe, en retrouvant, pourquoi pas, un statut si ça ne se passe pas aussi bien là-bas.
G.P. : Vos dernières sorties sur le DP World Tour ont plutôt été encourageantes (24e au Nexo Championship, 37e au British Masters). C’est peut-être le début d’une réponse, non ?
M.P. : C’est vrai. La grosse différence, elle est surtout mentale. Ici, sur le Tour européen, on est constamment avec les copains, on est constamment une dizaine de joueurs sur chaque tournoi, on partage les parties de reconnaissance ensemble, on partage les repas, on rigole beaucoup entre nous, donc on arrive vraiment à sortir un peu de ce cadre très professionnel, discipliné, du sport individuel. Et ça fait beaucoup de bien. C’est là-dessus que j’ai du mal à équilibrer un peu avec ma vie aux États-Unis. Cela fait trois ans quand même que je suis là-bas mais on se sent esseulé. C’est cet équilibre un peu émotionnel qui est difficile à maîtriser.
Cela fait donc toujours du bien de revenir ici et de partager ces moments avec les copains. Là-bas, on se sent en terre hostile, faut pas oublier qu’on vient du DP World Tour, qu’on est Européen. Alors oui, j’ai quand même pas mal de copains maintenant aux Etats-Unis mais ça reste vraiment un job. Les gars sont là pour gagner un tournoi, pour faire de l’argent, c’est vraiment une mentalité différente. Je sens beaucoup plus de joueurs prêts à tout là-bas, alors qu’ici, entre guillemets, on partage davantage de choses entre nous, même si nous sommes tous très concentrés sur la compétition.
Récupérer des joueurs du LIV Golf, des bons joueurs qui ont de la notoriété… Ce sera une vraie valeur ajoutée pour le DP World Tour.
Matthieu Pavon
G.P. : Avec le recul, si vous deviez aujourd’hui changer quelque chose à l’issue de votre victoire au Farmers Insurance Open en janvier 2024, ce serait quoi ?
M.P. : Je dirais avoir arrêté avec mon coach. Mark Blackburn n’était pas mon premier choix. Je voulais à la base travailler avec Chris Como. Il avait des profils de joueurs qui étaient intéressants, notamment Xander Schauffele… Mais il m’a dit très gentiment que ce n’était pas possible du fait du nombre de joueurs qu’il avait déjà. On a donc opté pour une autre solution. Mais j’adore Mark, il a essayé de m’aider au mieux mais voilà, ça n’a pas fonctionné. C’est ça, à mon avis, qui m’a fait un peu de mal.
G.P. : Au fait, pensez-vous que le LIV Golf version 2.0 va continuer d’exister ?
M.P. : Je pense que ça devrait naturellement s’arrêter. Est-ce que ce sera l’année prochaine ou dans deux ans, je ne sais pas. Ils ont perdu leur partenariat avec l’Asian Tour, qui s’est rapproché du Tour européen et du PGA Tour. On sent que ces trois tours ont envie de travailler ensemble. On sent une alliance plus globale, et on sent le LIV Golf un peu plus esseulé. Et quand on est un peu tout seul dans une grosse industrie comme ça, c’est difficile d’être compétitif contre les autres cadors.
G.P. : Peut-on dire que c’est plutôt bon signe pour le DP World Tour qui devrait récupérer des joueurs actuellement sur le LIV Golf ?
M.P. : Oui, ce serait la meilleure chose à faire. Récupérer des joueurs du LIV Golf, des bons joueurs qui ont de la notoriété… Ce sera une vraie valeur ajoutée pour le DP World Tour.
Photo : Raj Mehta / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP















