Nous avons beaucoup communiqué sur les trous 4, 5 et 6, qui sont les changements les plus spectaculaires du nouvel Albatros. Mais la transformation du parcours du Golf National ne s’arrête pas là. Six greens remodelés, quatre bunkers redessinés, un nouveau départ au 15 et surtout une profonde évolution des graminées : derrière le nouveau visage du parcours, c’est tout son fonctionnement qui a été repensé. Tout cela au service des golfeurs amateurs qui rêvent soit de retrouver, soit de découvrir ce parcours iconique… mais aussi pour le plus grand plaisir des stars du golf européen et mondial qui s’affronteront dans quelques jours à l’occasion du FedEx Open de France (du 24 au 27 septembre).
F. P.
Il faudra que les premières parties du 108e Open de France de l’histoire s’élancent pour mesurer pleinement l’ampleur de la transformation du parcours iconique qu’est l’Albatros. Car si les nouveaux trous 4, 5 et 6 sautent immédiatement aux yeux, d’autres modifications se découvrent davantage club en main. Sur l’Albatros version 2026, plusieurs greens ont changé de forme et de mouvements, certains bunkers ont été redessinés et un nouveau départ arrière a été créé au 15. Des interventions moins spectaculaires, mais qui peuvent modifier sensiblement les stratégies de jeu.
« C’est une renaissance. Ce parcours, c’est un peu notre bébé, à moi et à mes équipes », nous a confié avec gourmandise Lucas Pierré, greenkeeper du Golf National. Une renaissance qui ne concerne donc pas uniquement le dessin du parcours, mais également tout ce qui se passe sous les pieds des joueurs.
Des greens remodelés pour changer les lignes de jeu
Neuf greens ont fait l’objet d’un remodelage : notamment ceux des trous 1, 2, 9, 15, 17 et 18. Une liste qui permet de mesurer l’importance du chantier sur les surfaces de putting. Le premier green, notamment, offre désormais des mouvements différents et de nouvelles zones de réception. Le voilà bien plus mouvementé… Le 18, ultime étape de l’Albatros, a lui aussi été retravaillé, augmentant les choix de positions de drapeaux. Et celui du 9, où la précision est toujours d’actualité, mais avec un peu moins de risque de glisser, surtout sur sa partie gauche.
Ces changements peuvent sembler minimes lorsqu’on les observe depuis le fairway. Ils ne le sont pas nécessairement lorsqu’il faut choisir une ligne d’attaque ou négocier un putt. Quelques mètres de déplacement d’une pente ou d’une zone de réception peuvent modifier la position idéale du drapeau et, par conséquent, la stratégie du joueur.
La rénovation a été bien plus importante que prévue.
Lucas Pierré, greenkeeper du Golf National
« La rénovation a été bien plus importante que prévue, s’apparentant presque à la création d’un nouveau parcours, poursuit Lucas Pierré. Des greens non prévus initialement (1, 2, 15, 18) ont dû être remodelés à la suite de complications avec la reconstruction des berlinoises, ce qui a pris plus de temps que prévu. Les greens remodelés sont moins plats qu’auparavant, ce qui permet désormais de créer de belles portées et d’offrir des positions de drapeau plus variées et stimulantes, contrairement aux anciens greens qui étaient plus simples. »

Albatros – Green du trou n°1
Même constat sur les bunkers. Ceux des trous 2, 9, 14 et 18 ont été retravaillés. Là encore, l’objectif n’était pas de bouleverser l’identité de l’Albatros, mais de redonner davantage de cohérence aux zones de jeu et de renforcer certaines options stratégiques.
Le 15 gagne encore en longueur
Autre modification : un nouveau départ reculé a été créé sur le trou n° 15, celui de l’entrée dans « l’Amen Corner ». Et nous verrons enfin le driver de sortie sur un trou que les joueurs attaquaient quasiment à l’unanimité avec un long fer. Sur un parcours destiné à accueillir les meilleurs joueurs européens, chaque possibilité supplémentaire de faire varier les distances compte. Le nouveau départ permet ainsi de repousser encore les limites du trou et d’offrir une configuration supplémentaire.
C’est l’une des caractéristiques de cette rénovation : l’Albatros n’a pas été pensé comme un parcours figé. Les différentes zones de départ et les nouvelles possibilités de positionnement doivent permettre d’adapter davantage le parcours au niveau des joueurs et aux exigences des compétitions.
Le chantier sous les fairways
Mais le changement le plus profond est sans doute celui que les joueurs ne voient pas. Pendant près de deux ans, les équipes du Golf National ont profité de la fermeture pour engager une véritable conversion agronomique du parcours. Environ 20 hectares ont été concernés par le changement de flore.
L’objectif : réduire la place du pâturin annuel et introduire des graminées mieux adaptées aux contraintes climatiques actuelles.
Une adaptation aux futurs défis environnementaux.
Lucas Pierré, greenkeeper du Golf National
« La conversion des graminées avec la réduction du pâturin annuel ainsi que les autres travaux représentent une adaptation aux futurs défis environnementaux », explique le greenkeeper.
Le choix des nouvelles variétés répond notamment à une problématique devenue centrale pour les grands parcours : comment conserver des surfaces de jeu de très haut niveau tout en utilisant moins d’eau ?
La réponse passe notamment par des graminées capables de développer des racines plus profondes. « Les racines des nouvelles graminées s’ancrent plus profondément, ce qui permet de réduire la fréquence d’arrosage et de rendre le gazon plus résistant à la sécheresse », poursuit-il.
Une évolution qui ne se voit pas nécessairement lors d’une partie, mais qui pourrait avoir des conséquences importantes dans les années à venir.
Moins d’eau, davantage de résistance
Le changement de graminées s’est accompagné d’une optimisation du système d’irrigation. La gestion de l’eau est désormais davantage pensée sur le long terme.
« La conversion en fétuque et les autres travaux représentent une adaptation aux futurs défis environnementaux, poursuit Lucas Pierré. Les racines des nouvelles graminées s’ancrent plus profondément, ce qui permet de réduire la fréquence d’arrosage et de rendre le gazon plus résistant à la sécheresse. Cela illustre l’évolution nécessaire du golf face aux contraintes climatiques et législatives. Le Golf National a un rôle de modèle à jouer pour la filière. »

Albatros – Green du trou n°2
Le chantier doit permettre de réduire fortement les besoins en eau du site. Christophe Muniesa, Directeur technique national de la ffgolf, parle, lui, d’un objectif de passage d’environ 100 m³ à 50 m³ pour l’arrosage du site, soit une économie annoncée de plus de 50 %.
Derrière ces chiffres se trouve une évolution profonde de la manière d’entretenir un parcours de championnat. Le changement climatique, les périodes de sécheresse et les contraintes réglementaires obligent désormais les grands golfs à rechercher des solutions permettant de maintenir la qualité des surfaces sans reproduire les modèles d’entretien du passé.
Un parcours qui doit vivre avec son époque
C’est finalement peut-être la grande nouveauté de cet Albatros 2026. Le parcours a conservé son identité, ses grands mouvements de terrain, ses obstacles d’eau et cette capacité à mettre les joueurs face à des choix permanents. Mais son fonctionnement a été adapté.
Les travaux ont également permis de moderniser les infrastructures de drainage et d’irrigation. Sur les trous 4, 5 et 6, le chantier a représenté à lui seul plus de 91 000 m² de surfaces modelées, avec 53 000 m³ de terre et de sable déplacés. Quelque 7,5 km de réseaux de drainage et 14,5 km de canalisations d’irrigation ont également été installés.
Une débauche de moyens qui explique pourquoi la fermeture de l’Albatros aura finalement permis beaucoup plus qu’une simple remise en état après le passage du chantier de la ligne 18 du Grand Paris.
Le résultat est désormais entre les mains des joueurs
Le champ du FedEx Open de France arrive dès ce lundi au Golf National. Il sera le premier à livrer un véritable verdict sportif sur cette nouvelle version. Les joueurs devront évidemment composer avec les trois nouveaux trous 4, 5 et 6. Mais ils découvriront donc également des greens modifiés, des bunkers remodelés et un parcours dont les surfaces de jeu ont été profondément renouvelées.
L’Albatros n’a donc pas seulement changé de visage. Il a changé de peau. Et certaines de ses transformations les plus importantes sont précisément celles que l’on ne voit pas.
Photos : FFGolf













