Le Golf National ouvre un nouveau chapitre de son histoire. Après près de deux ans de fermeture et un chantier hors norme lié à la construction de la ligne 18 du Grand Paris Express, le parcours de l’Albatros a rouvert ses portes à 7h30 ce mardi matin. Un parcours transformé, mais pas dénaturé, qui devra rapidement faire ses preuves puisque les meilleurs joueurs européens et mondiaux sont attendus à Guyancourt dans trois semaines pour le FedEx Open de France.
Frédéric Plisson, à Guyancourt
C’est un peu comme un vieux frère vous avait cruellement manqué… Et quand l’heure des retrouvailles a sonné, vous reprenez le cours de l’histoire, comme si de rien n’était. Et pourtant, depuis octobre 2024, l’Albatros, théâtre de tant de grandes histoires du golf, avait disparu de notre paysage.
Plus de départs matinaux, plus de parties disputées entre amis, plus de spectateurs le long des fairways, plus de professionnels venus se mesurer à ses redoutables dix-huit trous. À la place, des engins de chantier, des terrassements, des mouvements de terre et un immense chantier destiné à faire passer la ligne 18 du Grand Paris Express.
Semer des greens, c’est quelque part donner la vie
Lucas Pierré, greenkeeper du Golf National
« C’est une renaissance, lâche Lucas Pierré, greenkeeper heureux. Ce parcours, c’est un peu notre bébé, à moi et à mes équipes. Semer des greens, c’est quelque part donner la vie. »
Comme elle est loin l’inquiétude légitime à l’annonce de ce lifting forcé… « Oui, il y a eu vraie inquiétude au départ face à la responsabilité d’être obligé de relooker un site prestigieux, avoue Christophe Muniesa le Directeur Technique National de la ffgolf. Mais passé le coup de massue, tout le monde s’est mis au travail. Et voilà le résultat… »
Et on n’est pas déçu ! Près de deux années plus tard, le silence va enfin prendre fin. Mais les golfeurs qui avaient quitté le parcours à l’automne 2024 ne retrouveront pas exactement celui qu’ils connaissaient. Car la contrainte imposée par la ligne 18 a été transformée en opportunité.
« C’est bien ça, un mal pour un bien, poursuit le DTN. La fenêtre des travaux a permis de refaire les greens et de convertir la flore sur tout le parcours. De faire un choix risqué mais assumé avec les techniciens et les bureaux d’études, pour économiser plus de 50 % d’eau en passant d’environ 100 m³ à 50 m³ pour l’arrosage du site. C’est une démarche d’adaptation au changement climatique qui pourrait inspirer d’autres golfs. »
L’Albatros a donc été profondément remodelé. Trois trous ont été entièrement transformés, plusieurs greens ont été repensés, des bunkers ont changé de visage, de nouveaux départs ont été créés et l’ensemble du parcours a bénéficié d’un important travail agronomique.
Le décor change, mais l’identité demeure
Le trou n°4 était le plus directement concerné. Mais sa transformation a mécaniquement entraîné celle des trous 5 et 6.
Au départ, il était question d’une intervention essentiellement dictée par les travaux du métro. Mais très vite, la Fédération française de golf et les équipes du Golf National ont compris qu’une occasion unique se présentait : profiter de cette obligation pour améliorer le parcours. Le principe était simple : reconstruire sans trahir ! Une philosophie qui résume parfaitement la métamorphose de l’Albatros.
« Le passage du concept à la réalité physique a été un processus marquant, reconnaît Edouard Bréchignac, en charge du pilotage du projet. La transformation a débuté par des travaux de terrassement massifs, impliquant des bulldozers sur un site habituellement perçu comme immaculé. L’équipe a navigué entre des moments de doute, lorsque le chantier semblait chaotique, et des moments d’optimisme, lorsque les formes commençaient à émerger sous une belle lumière. Le moment le plus poignant fut la première partie jouée sur les trous 4, 5 et 6… l’aboutissement concret d’années de planification et de travail acharné. »
Les trous 4, 5 et 6 : le cœur de la révolution
C’est ici que le changement est le plus spectaculaire. Les trous 4, 5 et 6 ont été entièrement reconfigurés. Il ne s’agit donc pas d’un simple déplacement de quelques mètres d’un départ ou d’un green.
Le dessin, les reliefs et les surfaces de jeu ont été repensés. Le cabinet Talley Golf Design, dirigé par l’architecte britannique Russell Talley, a travaillé sur cette nouvelle séquence. Le budget spécifique dédié à ces trois trous avoisine les 3,6 millions d’euros. Alors ? Banco pour un état des lieux, clubs en mains…
Le trou n°4 reste un morceau, mais l’attaque de green est plus franche. Et la place pour claquer un drive sur la droite du fairway est conséquente. En revanche, les trous 5 et 6 n’ont plus rien à voir avec leur « douceur » d’antan.
Le 5 c’est un monstre ! Il était un trou plutôt mignon, il ne l’est plus du tout !
Grégory Havret
« Avant, même si on était dans le dur sur les premiers trous, on savait notamment qu’avec le 5 et le 6 on pouvait repasser dans la par, lance Gregory Havret. Le 5 c’est un monstre, il était plutôt un trou mignon. Il ne l’est plus du tout… mignon ! »
Déjà, la vision des back tees est vertigineuse… Après un drive solide qui évite les quatre bunkers de gauche, il vous reste en effet un coup de 150 mètres, souvent vent contre. Si vous n’avez pas réactualisé votre montre GPS, ce n’est pas 70 mètres qu’il vous reste, mais bien 80 de plus… avec un green considérablement surélevé. Martin Couvra et Tom Vaillant, présents en début de semaine dernière, ont joué drive et fer 5 pour tenter de jouer le plateau du haut du green.
Même chose sur le 6… Des départs reculés, un bunker pile dans l’axe qui vous oblige dès le départ à choisir le côté gauche ou le côté droit du fairway… une vraie importance stratégique. Sur un parcours de championnat, le positionnement d’un bunker ne sert jamais uniquement à compliquer la vie du joueur. Il l’oblige à choisir ! Prendre une ligne agressive ? Sécuriser ? Accepter une distance moins importante pour éviter le danger ? C’est bien ça le nouveau trou n°6. Aux oubliettes ce qui était jadis un moment de répis.
Sur l’Albatros, quelques mètres suffisent à changer une stratégie. Un bunker placé différemment, une zone de réception déplacée ou un green présentant une autre orientation peuvent transformer un trou familier en véritable énigme. C’est précisément ce qui attend les habitués. Ils connaissaient leurs lignes de jeu. Ils vont devoir les réapprendre.
Des greens qui changent eux aussi
La transformation ne s’arrête pas aux trois trous reconstruits. Plusieurs greens ont été remodelés : ceux des trous 1, 2, 9, 15, 17 et 18. Et croyez-nous, les mouvements du 1 notamment, sont une formidable réussite. Des bunkers ont également été retravaillés sur les trous 2, 9, 14 et 18. Et un nouveau départ, reculé, a été créé au 15. De quoi voir enfin certains pros sortir le driver… Ce sont des modifications parfois moins spectaculaires visuellement que celles des trous 4, 5 et 6. Mais c’est sans doute l’un des grands plaisirs de cette réouverture : redécouvrir un parcours que l’on croyait connaître par cœur.
Un Albatros plus résistant face au climat
Autre révolution, beaucoup moins visible mais essentielle : le travail réalisé sur les graminées. L’ensemble du parcours a fait l’objet d’une modernisation agronomique. Environ 20 hectares sont concernés par le programme de changement de flore, avec l’introduction de variétés plus résistantes et moins consommatrices en eau.
« La conversion des graminées avec la réduction du pâturin annuel ainsi que les autres travaux représentent une adaptation aux futurs défis environnementaux, reconnaît Lucas Pierré. Les racines des nouvelles graminées s’ancrent plus profondément, ce qui permet de réduire la fréquence d’arrosage et de rendre le gazon plus résistant à la sécheresse. Cela illustre l’évolution nécessaire du golf face aux contraintes climatiques et législatives. »
En tant que golf de la fédération, l’Albatros a le devoir de montrer la voie en matière d’évolution environnementale. Bien que les investissements et l’effort requis ne soient pas à la portée de tous les golfs, cette démarche est une opportunité et une nécessité pour l’avenir du golf.
Le Golf National veut ainsi disposer d’un parcours capable de maintenir des surfaces de jeu de très haut niveau tout en réduisant sa consommation en eau. La question est devenue centrale pour tous les grands parcours. Les épisodes de chaleur, les sécheresses et les restrictions d’eau obligent désormais les golfs à repenser leurs pratiques. L’Albatros n’échappe pas à cette évolution. Son nouveau visage devait donc également être plus résilient. Le système d’irrigation a lui aussi été optimisé, avec une gestion de l’eau davantage pensée sur le long terme.
Moderniser sans effacer…
C’est finalement la question essentielle. Car modifier un parcours aussi emblématique comporte toujours un risque. L’Albatros n’est pas un parcours comme les autres. Il accueille le FedEx Open de France depuis des années. Il a accueilli la Ryder Cup en 2018, puis les Jeux olympiques de Paris 2024. Il est devenu un morceau du patrimoine du golf français. Et surtout, il possède une personnalité très forte.
« Ce qui est génial sur ce spot là, c’est qu’il y a vraiment toute cette effervescence autour d’un site où on a des niveaux complètement différents, des âges différents, mais une passion commune qui est le golf, clame Philippe Pilato, le directeur du Golf National. Nos membres, les amateurs français, les joueurs du monde entier… la demande est très forte pour jouer l’Albatros. »
La réouverture de ce 1er septembre intervient toutefois dans un calendrier particulièrement serré.
Car trois semaines seulement après sa réouverture, l’Albatros accueillera de nouveau le gratin du golf européen et mondial. Le FedEx Open de France s’y déroulera du 24 au 27 septembre.
Viktor Hovland, Tommy Fleetwood, Ludvig Åberg et les autres vont découvrir le parcours relooké. Le retour du FedEx Open de France donne encore davantage de relief à cette réouverture. Et le véritable verdict appartiendra aux joueurs. Ce sont eux qui diront si les nouveaux trous sont plus stratégiques. Eux qui détermineront si les greens sont suffisamment exigeants. Eux qui révéleront les nouvelles lignes de jeu. Et eux qui permettront de savoir si l’Albatros a réussi son pari.
J’aimerais que les joueurs éprouvent davantage de curiosité, de plaisir et d’émotions
Edouard Bréchignac, en charge du pilotage du projet
« J’aimerais que les joueurs qui connaissaient l’Albatros avant les travaux aient d’abord le sentiment de retrouver leurs repères et de se sentir chez eux, avoue Edouard Bréchignac. Qu’ils reconnaissent le formidable défi que propose l’Albatros, tout en éprouvant davantage de curiosité, de plaisir et d’émotion lorsqu’ils réussissent un coup exigeant sur les trous ou les greens qui ont été modifiés.»
La réouverture du 1er septembre est donc davantage qu’une simple remise en service. Elle constitue le premier chapitre d’une nouvelle histoire….
Photos : ffgolf


















